Libre-arbitre, intelligence, conscience : comment apprendre à vivre sans ! Théorie neuronale de la Cognition Claude Touzet Table des matières 4 Avertissement 5 1. Qui sommes-nous ? 6 2. Dans quel Monde vivons-nous ? 7 3. Qu'est-ce que notre cerveau ? 10 4. Qu'est-ce que la Théorie neuronale de la Cognition ? 19 5. Enfance, adolescence : des passages obligés ? 24 6. La motivation, source de nos comportements ? 26 7. Faire attention : pourquoi, comment ? 32 8. Pourquoi 6 700 langues sur cette planète ? 35 9. La conscience : une simple verbalisation automatique ? 37 10. Où a disparu le libre-arbitre ? 39 11 - L'intelligence existe t-elle ? 41 12. Qu'est-ce que la joie, la peur ? 43 13. Faire de l'humour 100% efficace ? 45 14. L'amour, c'est quoi ? 47 15. Comment rester en couple ? 49 16. Comment caresser avec brio ? 50 17. D'où viennent les lois, les tabous, les préjugés ? 53 18. Raisonner sans logique ? 57 19. Est-ce qu'on vieillit ? 60 20. Quelles sont les bases neuronales des maladies mentales ? 63 Dépression 64 Troubles de l'attention 67 Dyslexies 68 Autisme 68 Sommeil 70 TOC 71 Traumatisme crânien 72 AVC 73 Maladies neurodégénératives (Alzheimer) 74 21- Pourquoi le Bouddhisme à 3 000 ans d'avance ? 79 22. Comment obtenir un disque d'or ? 81 23 - Pourquoi certains se suicident ? 84 24 - Quelle est la différence entre un homme et une femme ? 86 25. Le sexe, c'est quoi ? 90 26. La neuro-éthique : retour de la censure en Science ? 91 27. Pourquoi les extra-terrestres s'en foutent ? 92 28. Sommes-nous immortels ? 94 29. Comment construire un artefact cognitif ? 95 30. Quel est notre futur ? 97 31. Comment être plus heureux ? 100 Index personnalisé Figure 2.1 – Chaque situation que nous vivons est un point dans un espace multidimensionnel. 9 Figure 2.2 – Les situations que nous vivons ne sont pas réparties de manière homogène, mais regroupées dans certaines régions de l'Espace multidimensionnel en fonction de notre environnement personnel. 10 Figure 2.3 – Pour estimer les distances dans un Espace multi-dimensionnel non cartésien, nous pouvons utiliser le nombre de données (situations) qui séparent deux données particulières. 10 Figure 3.1 – Le cortex (1.5 m2) est replié sur lui-même pour tenir dans la boite crânienne (IRM) 11 Figure 3.2 – Le cortex est organisé en centaines de cartes corticales. Chaque carte corticale contient des centaines de milliers de colonnes corticales, chacune comprenant des milliers de neurones. 12 Figure 3.3 – Carte d'orientation spatiale des stimuli présentés sur la rétine au sein du cortex visuel primaire. Chaque colonne corticale répond de manière préférentielle à une orientation précise, en un point précis de la rétine 12 Figure 3.4 – L'Homoncule (de Penfield) est la carte corticale représentant notre corps. Les informations tactiles construisent l'Homoncule sensoriel (hémisphère gauche), tandis que les informations envoyées aux muscles construisent l'Homoncule moteur (hémisphère droit) 13 Figure 3.5 – Une carte auto-organisatrice est le résultat de la projection d'un espace multi-dimensionnel sur un sous-espace de dimension 2 (la carte). Cette projection respecte le voisinage, ce qui est voisin dans l'Espace est voisin sur la carte. 14 Figure 3.6 – Chaque mot de 5 lettres de ce livre est une donnée dans un espace de dimension 5. 15 Figure 3.7 – Carte auto-organisatrice (5 x 5 neurones) après apprentissage des mots de 5 lettres de ce livre. Seuls les mots les plus fréquents sont représentés. Remarquez que les mots « voisins » sont voisins sur la carte. 16 Figure 3.8 – L'apprentissage est une modification de la connexion (synapse) entre deux neurones. Chronologie des événements : 17 Figure 3.9 – (a) Entre deux neurones appartenant à la même carte, il y a des connexions latérales inhibitrices. (b) Entre deux neurones appartenant à des cartes différentes, il y a des connexions directes et des connexions réciproques. 18 Figure 3.10 – Le cortex est constitué de multiples cartes auto-organisatrices interconnectées. Les cartes les plus proches des capteurs sensoriels sont organisées avant les autres. Elles constituent les cortex primaires (vision, audition, tact, etc.) 18 Figure 3.11 – Organisation de la carte des mots de 5 lettres au cours de l'apprentissage. Les données les plus fréquentes (a) sont apprises avant les autres (b). 18 Figure 3.12 – La carte auto-organisatrice est une mémoire associative. Pour obtenir une réponse, il faut fournir une partie de cette réponse. 19 Figure 4.1 – Deux cartes auto-organisatrices (l'une après l'autre) permettent d'extraire des relations complexes entre les données (par exemple des relations non linéaires). C'est le cas du ou‑exclusif11, un cas d'école. 20 Figure 4.2 – Trois cartes auto-organisatrices permettent la fusion de données. Il suffit que les données traitées par chacune des deux première cartes appartiennent à des modalités différentes (par exemple, la vision et l'audition), et qu'elles alimentent la troisième carte. C'est cette dernière carte qui réalise la fusion de données. 20 par exemple, 20 Figure 4.3 – Sept niveaux de cartes auto-organisatrices sont nécessaires pour passer de l'image sur la rétine à la reconnaissance orthographique d'un mot. 21 Figure 4.4 – Un « concept » implique l'activation de neurones au sein de multiples cartes. 22 Figure 4.5 – La méthode d'apprentissage de la lecture dite « globale » fait disparaître deux étapes supervisées. L'acquisition de la lecture devient alors pratiquement impossible à l'apprenti lecteur. 24 Figure 5.1 – Il y a un ordre et un timing précis dans l'organisation des cartes auto-organisatrices. Les cartes s'organisent en fonction des régularités qu'elles perçoivent dans les données reçues. Certaines cartes doivent s'organiser avant un âge limite (7 ans pour les cartes liées au langage et à la socialisation). 25 Figure 6.1 – Comportement d'évitement d'obstacles construit à partir d'un but à atteindre «aucun d'obstacle en vue». 28 Figure 6.2 – Le but « être riche » définit votre comportement. 29 Figure 6.3 – Les actions réalisées : celles garantissant les changement des situations désirés. 30 Figure 6.4 – Un comportement complexe : Une somme de comportements élémentaires. 31 Figure 7.1 – Activation des éléments appartenant à un concept (mémoire associative). 33 Figure 7.2 – Connexion neuronale et inter-neurones inhibiteurs. 33 Figure 7.3 – Prédiction de l'évolution de la situation courante. 33 Figure 7.4 – Attention générée par les connexions réciproques. 34 Figure 7.5 – Attention endogène et attention exogène. 34 Figure 7.6 – Synergie des processus atentionnels. 34 Figure 7.7 – Modélisation neuronale des processus attentionnels. 35 Figure 8.1 – Activation des éléments liés à une situation, incluant la prononciation (tant pour l'écoute que la verbalisation). 36 Figure 8.2 – Réduire l'erreur en production de la parole : un comportement dirigé. 36 Figure 8.3 – L'une des cause d'erreurs de prononciation lors de l'acquisition du langage. 37 Figure 9.1 – Verbalisation automatique. 38 Figure 11.1 – Un trait d'intelligence : un relation entre deux objets jusqu'à lors dissociés. 42 Figure 12.1 – Les émotions : des effets de bord des représentations corticales. 44 Figure 12.2 - Une situation nouvelle induit une émotion que la répétition de la situation fera disparaître. 44 Figure 13.1 – Parmi les 6 dimensions disponibles pour créer de l'humour, au moins 2 sont nécessaires. 46 Figure 16.1 - La caresse apaisante doit respecter la continuité de la représentation du corps sur le cortex. 52 Figure 17.1 – Bras de robot et carte auto-organisatrice. 56 Figure 17.2 – Absence de codage pour les obstacles dans l'espace du robot. 56 Figure 18.1 – Comparer 2 informations avec une même carte corticale. 58 Figure 18.2 – Compléter une information avec une carte corticale. 59 Figure 18.3 – Transformation des données avec une carte « motrice ». 59 Figure 18.4 - Les raisonnements déductif, inductif et causal mettent en jeu 3 cartes corticales. 60 Figure 18.5 – Le raisonnement analogique met en jeu 2 cartes corticales, dont une « motrice ». 60 Figure 19.1 - Répartition des sujets âgés sains (Control) et des sujets souffrants de troubles cognitives légers (MCI) avant (A) et après (B) l’entraînement (1 heure par semaine durant 3 mois). 62 Figure 20.1 – Un comportement incohérent pour un observateur : changer trop rapidement de buts. 64 Figure 20.2 – La dépression : une absence de buts. 65 Figure 20.3 – Eventuels lieux impliqués dans l'hyperactivité. 68 Figure 20.5 – TOC : problème d'effacement des buts atteints 72 Figure 20.6 – Le traumatisme crânien affecte en priorité les fibres « longues ». 73 Figure 20.7 – Compensation après AVC ( Accident Vasculaire Cérébral). 74 Figure 20.8 - Passage d'un potentiel d'action au niveau de la membrane de l'axone 76 Figure 23.1 – Génération de comportement par des buts à éviter (non-buts). 85 Figure 29.1 – Architecture d'une conscience artificielle. 96 Figure 30.1 – La carte des « buts » définit le caractère de l'individu. 99 Avertissement Ce livre changera votre vie, c'est pourquoi ce paragraphe est intitulé « avertissement » et non pas « avant-propos ». J'ai longuement hésité avant d'écrire pour le grand public les réponses qu'offre la Théorie neuronale de la Cognition à des questions comme « Qui sommes-nous ? » et « Quel est notre futur ? ». Pourquoi avoir hésiter ? Parce que cette théorie fournit des explications claires que chacun peut comprendre et que comprendre c'est accepter... Pourquoi l'avoir publier ? Parce que cette théorie est « dans l'air ». Elle va petit à petit se cristalliser. Certes ici et maintenant c'est une chose nouvelle, mais d'autres que moi sont sur cette piste. En fait, toute civilisation suffisamment évoluer ne peut pas éviter cette connaissance, alors n'hésitons plus.... Pour ceux qui continuent la lecture, je voudrai donner quelques clefs pour une compréhension optimale des pages qui suivent. Les 10 premiers chapitres sont à lire dans l'ordre, après c'est à vous de voir. Ce livre ne contient aucune équation, non pas qu'il soit impossible d'en placer quelques unes deci-delà, mais je me crois capable de tout vous expliquer sans y recourir. Enfin, cet ouvrage n'est pas destiné à mes collègues scientifiques, ce n'est PAS une publication scientifique – mais une oeuvre de vulgarisation. Enfin, ce livre n'aurait pas existé sans quelques personnes qui m'ont apportées beaucoup, et beaucoup qui m'ont apporté un peu. Je suis une partie de chaque personne que j'ai croisée – et la réciproque est vraie. J'en suis heureux. S'agissant d'un livre « scientifique », je ne peux passer sous silence ceux qui m'ont appris mon métier ou fourni des clefs importantes. Malgré tous les étudiants que je pourrai former, je resterai toujours l'étudiant du Professeur Norbert Giambiasi (LSIS, Marseille), un Grand Professeur, spécialiste de modélisation. La robotique autonome est née lorsqu'il n'a plus été nécessaire d'avoir un fer à souder à la main pour faire une expérience avec un robot, ni d'être millionnaire. C'est mon ami Francesco Mondada (EPFL, Suisse) qui a rendu cela possible. J'ai jeté les prémisses de ma théorie lors de mon séjour dans le laboratoire du Dr Jacob Barhen aux USA, un chercheur et une personne d'exception. Depuis ma migration vers les Neurosciences, je collabore avec le Dr Béatrice Alescio-Lautier (LNIA, CNRS), pour le meilleur et sans le pire. Elle est mon joker en neuropsychologie. Sur le plan « humain », j'ai la chance d'avoir rencontré beaucoup de personnes et de compter nombre d'entre eux parmi mes amis. Impossible de les citer tous ici, mais qu'ils se rassurent tous : j'ai une très bonne mémoire – en fait, je ne suis qu'une mémoire ! Enfin, je m'investis plus que de raison dans mes recherches, avec la tolérance et la bienveillance de ma famille, qu'ils en soient tous remerciés ici. 1. Qui sommes-nous ? Voilà une question que nous nous sommes tous posés, plus souvent durant l'adolescence qu'à la l'âge adulte. En vieillissant, cette question devient moins fréquente : de plus en plus de gens trouvent une réponse qui leur suffit. Bien évidemment, les réponses trouvées sont très variées et aucune n'est scientifiquement fondée. La Science, sur ce sujet, n'est pas bavarde. Certes, depuis 4 000 ans les philosophes font proposition sur proposition – mais aucun consensus ne se dégage. Je vous propose d'aborder la question sous un angle nouveau : ce que nous sommes est certainement commun à tous les hommes, pourquoi ne pas s'intéresser à ce que nous partageons tous ? Par exemple, nous posons encore et toujours une même question jusqu'à obtenir une réponse. Dès que nous avons une réponse, nous l'apprenons, puis nous passons à la question suivante qui devient aussitôt notre nouveau point de fixation. Ce comportement rappelle celui d'une mémoire. Sommes-nous une mémoire ? Oui, car nous apprenons des informations et nous sommes capables de les retrouver. Notre cerveau est une mémoire associative : il trouve les réponses aux questions par association. Question et réponse sont associées, impossible d'avoir l'une sans l'autre. En fait, la question est un morceau de l'information mémorisée et la réponse cherchée est un autre morceau. Question et réponse sont une portion – pas obligatoirement le tout – d'une information apprise. Par exemple, si je cherche la date de naissance de mon aîné, je me pose une question telle que : Alexandre est né le ? Cette question contient plusieurs données : le prénom « Alexandre », le verbe « né ». La réponse qui m'intéresse à cet instant est une date, mais avec cette même question j'ai aussi accès au lieu de sa naissance, aux circonstances de l'accouchement et à plein d'autres informations associées elles aussi à cet événement. Notre cerveau est une mémoire associative biologique, ce qui le différencie d'une mémoire d'ordinateur. Une mémoire biologique est vivante, elle est donc capable de se réparer – mais elle subit aussi les assauts du temps. Notre cerveau est constituée de cellules nerveuses que l'on appelle des neurones. Les scientifiques pensent que la mémoire réside dans les connexions qui lient les neurones les uns aux autres. Ne sommes-nous qu'une mémoire ? Vous répondez vraisemblablement non à cette question – car comment une mémoire peut-elle être intelligente, avoir une conscience, faire preuve de libre-arbitre, être capable de raisonner, éprouver de la joie ou de la peur, faire de l'humour, être amoureuse ou se suicider ? Dans ce livre, j'explique comment une mémoire peut faire tout cela en étant seulement une mémoire. Mon premier objectif est d'apporter un argument scientifique à l'appui du fait que vous et moi sommes seulement et uniquement une mémoire ! Ce constat induit des répercussions considérables sur notre vie. Nous pouvons nous en servir pour vivre plus sereinement, plus agréablement, arrêter de vieillir, comprendre les différences entre les hommes et les femmes, entre les enfants et les ados, entre les ados et les adultes, entre les adultes et les seniors, entre les peuples. Nous pouvons aussi nous en servir pour savoir à quoi pensent les extra-terrestres, construire des robots doués d'une conscience, et connaître notre futur. Mon second objectif est de vous instruire sur ces divers points, tous abordés dans ce livre. Bonne lecture. 2. Dans quel Monde vivons-nous ? Au chapitre précédent, j'ai écrit que nous étions une mémoire, et que mon propos dans la première partie de ce livre serait de vous montrer comment une mémoire peut donner l'illusion de la conscience et du libre-arbitre. La première chose à laquelle nous devons nous intéresser est le Monde dans lequel nous vivons, celui qui est à notre échelle de taille (à partir du millimètre) et à notre échelle de temps (à partir de la milliseconde). Premier constat : notre Monde est continu. Entre deux instants successifs, peu de choses varient. Si nous réduisons l'intervalle de temps entre ces deux instants, alors les variations sont encore moins nombreuses et plus petites. L'évolution de la situation actuelle à la situation prochaine (dans quelques millisecondes) modifie seulement un petit nombre d'aspects de la situation. Par exemple, si nous regardons une voiture qui roule vers nous, une seconde plus tard elle est un peu plus grosse, mais toujours de la même couleur, toujours dans la même direction, et les arbres n'ont pas changé de place, ni le bitume de texture. Dans le contexte d'un échange verbal, c'est la même chose. A un instant donné de la conversation, le nombre de mots candidats pour être le prochain mot prononcé est réduit – à tel point que certaines personnes se font une spécialité (agaçante) de tenter de terminer les phrases de leur interlocuteur. Second constat : le Monde est cohérent. Les choses restent stables et se répètent de la même façon (sauf exception). Le Monde réel est constitué de régularités. Troisième constat : notre perception du Monde est multidimensionnelle. Une situation donnée est perçue par nos cinq sens, que l'on appelle aussi modalités : vue, ouïe, odorat, tact, goût. Mais dans chaque modalité, il y a plusieurs dimensions supplémentaires. Par exemple pour la vision, quelques unes des dimensions supplémentaires sont : la couleur, la position, la forme, la texture, la netteté, la vitesse de changement d'une de ces valeurs, voir la vitesse de changement de la vitesse de changement que l'on appelle l'accélération, etc. Il y a aussi maints aspects de la réalité que nous ne percevons pas1. Chaque situation que nous vivons est composée de multiples aspects : les éléments que nous voyons, ceux que entendons, ceux que nous sentons, etc. Chaque élément est perçu à travers une valeur dans une ou plusieurs dimensions. Par exemple, je vois une voiture, elle est rouge, sa forme est celle d'une Porsche, je ne l'entends pas, mais j'entends par contre le bruit des cigales dans les arbres. Il y a de nombreuses couleurs possibles pour une voiture. Ici et maintenant c'est « rouge », mais cela aurait pu être jaune ou noire. La situation actuelle est donc une parmi de multiples situations possibles – des milliers sans doute. Mais toutes les situations de ce type ne sont pas équiprobables. Il est extrêmement rare de voir une Porsche verte à pois bleu, et beaucoup plus commun de voir une Porsche de couleur noire. Une situation réelle (du Monde) est donc décomposée par nos sens en de multiples dimensions. Pour chaque dimension, il existe un grand nombre de valeurs possibles, mais une seule à un instant donné. De fait, nous dirons que le Monde est multidimensionnel, et qu'à chaque situation (du Monde) correspond un point dans cet espace multidimensionnel. Cet espace est l'espace Cartésien avec les 3 dimensions de l'espace (les coordonnées x, y, z de la position où je me trouve), plus une dimension pour la date (t), plus d'autres dimensions pour coder la position de chacun des éléments inclus dans la situation, leurs couleurs, les sons en provenance des différents objets, leurs odeurs, leurs formes, etc. (fig. 2.1) Figure 2.1 – Chaque situation que nous vivons est un point dans un espace multidimensionnel. (a) Le Monde est continu : entre deux instants successifs (t=1 et t=2), la situation change peu. (b) Il est donc possible de discerner des trajectoires qui sont des successions de situations. Du fait de la continuité du Monde, entre deux instants successifs, les points représentatifs des situations perçues par un même observateur au sein de l'espace multidimensionnel sont soit identiques (rien n'a changé), soit voisins (peu d'éléments ont changé). Cet espace multidimensionnel est pratiquement vide, puisqu'il est capable de coder tout ce qui peut arriver comme situations. Petit calcul explicatif (très en dessous de la réalité), mais qui éclairera notre propos : 10 goûts x 10 couleurs x 10 températures x 10 formes x 10 vitesses x 10 accélérations x 1000 positions en X x 1000 positions en Y x 1000 positions en Z x 1000 dates t x 10 odeurs x 100 sons x 10 textures x 10 pressions = 100 000 milliards de milliards, soit 1023). Pourtant, nous ne vivrons pas plus de quelques centaines milliards de situations au cours de notre vie : admettons 10 situations par seconde pendant 100 ans = 100 x 365 x 24 x 3600 x 10 = 31 milliards, soit environ 1014. D'après ce calcul, il y a 1 situation vécue pour 1 milliard de situations possibles. Un espace n'existe que par ce qu'il contient. S'il est totalement vide, il n'existe pas ! Dans le cas qui nous intéresse ici, nous appellerons « données » les points représentatifs des situations. Une propriété importante de l'espace est sa topologie, c'est à dire sa forme. Comme un espace n'existe que par les données qu'il contient, alors la forme d'un espace se définit par la localisation de ses données (fig. 2.2). Où sont-elles ? Comment sont-elles agencées les unes par rapport aux autres ? Pour répondre à ces questions, il faut disposer d'une métrique, c'est à dire d'un moyen de mesurer des distances dans cet espace. Figure 2.2 – Les situations que nous vivons ne sont pas réparties de manière homogène, mais regroupées dans certaines régions de l'Espace multidimensionnel en fonction de notre environnement personnel. Ce sont ces régions qui définissent notre Monde personnel, le reste n'existe pas (pour nous) ! Mesurer des distances à l'aide d'un double-décimètre est seulement adapté dans le cas d'un espace « cartésien », c'est à dire celui dans lequel nous nous déplaçons. Si l'espace qui nous intéresse contient des données qui sont des odeurs, alors la distance entre 2 odeurs ne mesure pas en centimètres. Une manière de mesurer la distance entre 2 données est de compter le nombre de données qui les séparent. Dans le cas d'un espace de dimension 1, c'est très facile puisque toutes les données sont alignées sur un fil (cf. fig. 2.3a). Chaque donnée a 2 voisins et 2 voisins seulement – à droite et à gauche (sauf pour les première et dernière données qui n'ont qu'un seul voisin). A partir du nombre de « voisins » qui séparent 2 données, nous pouvons en déduire si ces données sont proches ou lointaines. Dans le cas d'un espace à 2 dimensions, chaque donnée est entourée de 4 voisins (haut , bas, droite, gauche) comme le montre la fig 2.3b. Dans la suite de ce livre, j'emploierai souvent le terme « information », en lieu et place du terme « donnée ». Figure 2.3 – Pour estimer les distances dans un Espace multi-dimensionnel non cartésien, nous pouvons utiliser le nombre de données (situations) qui séparent deux données particulières. (a) Dans le cas d'un espace de dimension 1. (b) Dans le cas d'un espace de dimension 2. Résumé : Nous percevons le Monde décomposé dans de nombreuses dimensions, et à chaque instant cette décomposition (situation) correspond à un point dans l'espace multidimensionnel. Comme le Monde est continu, les situations que nous vivrons dans un futur proche sont voisines de la situation actuelle. Il est donc très utile (pour notre survie par exemple) de pouvoir trouver automatiquement et à chaque instant quelles sont effectivement les situations voisines. C'est ce que sait faire notre cerveau ! Comment ? C'est que nous le verrons dans le chapitre suivant « Qu'est-ce que notre cerveau  ? ». 3. Qu'est-ce que notre cerveau ? Notre cerveau est constitué de plusieurs centaines de milliards de neurones. La moitié d'entre eux sont dans une structure appelée cortex (« écorce » en grec). Par rapport à notre taille, notre cortex est le plus développé du règne animal terrestre (les champions toutes catégories sont les dauphins). Il mesure environ 2 mm d'épaisseur pour une surface de 1,5 m2, ce qui explique qu'il soit plissé pour tenir dans notre boite crânienne (fig. 3.1). Figure 3.1 – Le cortex (1.5 m2) est replié sur lui-même pour tenir dans la boite crânienne (IRM). Brain MRI Vector representation, Nevit Dilmen, 2006, licence Creative Commons Attribution ShareAlike 3.0. (Wikipedia). Les six couches de neurones du cortex sont arrangés en colonnes. Cet arrangement est inné : il est automatiquement construit par le programme génétique. Dans un cerveau en bon fonctionnement, les colonnes corticales voisines sont assemblées au sein de « cartes » qui traitent un même type d'information (fig. 3.2). Les cartes corticales2 sont très nombreuses On connaît la fonction de certaines d'entre elles. 1 colonne : 0.1 mm si 1000 cartes alors 160 000 colonnes par carte Figure 3.2 – Le cortex est organisé en centaines de cartes corticales. Chaque carte corticale contient des centaines de milliers de colonnes corticales, chacune comprenant des milliers de neurones. Par exemple, certaines cartes sont spécialisées dans le traitement visuel et extraient de l'image rétinienne les contours, les déplacements, les contrastes, les couleurs, les orientations (fig. 3.3). La découverte du fonctionnement du cortex visuel vaudra le prix Nobel de Médecine (1981) aux chercheurs David Hubel et Torsten Wiesel3. Figure 3.3 – Carte d'orientation spatiale des stimuli présentés sur la rétine au sein du cortex visuel primaire. Chaque colonne corticale répond de manière préférentielle à une orientation précise, en un point précis de la rétine. De la même façon, d'autres cartes traitent les informations provenant de nos autres sens. L'Homoncule de Penfield4 (Wilder Penfield, 1891-1976) est la représentation au niveau du cortex de l'ensemble des informations tactiles de notre corps, notamment en provenance des capteurs de pression localisés dans notre peau (fig. 3.4). D'autres cartes sensorielles codent les informations en provenance de notre nez (olfaction), de notre langue (goût), de notre ouïe, etc. Figure 3.4 – L'Homoncule (de Penfield) est la carte corticale représentant notre corps. Les informations tactiles construisent l'Homoncule sensoriel (hémisphère gauche), tandis que les informations envoyées aux muscles construisent l'Homoncule moteur (hémisphère droit). D'après W. Penfield, T. Rasmussen, The cerebral cortex of man, Macmillan, New York, 1950, pp. 214-215. Les cartes corticales sont auto-organisées, c'est à dire que les comportements individuels des neurones qui les composent s'ajustent automatiquement, et que le résultat de cet ajustement montre une organisation à l'échelle de la carte tout entière. Cette organisation est inévitable. Il suffit que des informations du Monde parviennent à nos sens (capteurs sensoriels) pour quelles soient relayées vers le cortex. Ces informations modifient le comportement des neurones des colonnes corticales générant de facto un ajustement des cartes. Ces cartes représentent les informations reçues en respectant deux critères : leur fréquence et leur similarité. Par exemple, pour l'Homoncule (fig. 3.3) la surface occupée par une partie du corps dépend directement, et uniquement, du nombre de capteurs qu'elle contient. Le pied contenant autant de capteurs sensoriels (i.e., informations) que l'ensemble du dos, leurs surfaces respectives sont équivalentes sur l'Homoncule. Conserver fréquence et similarité signifie qu'il est possible de savoir, rien qu'en regardant l'organisation d'une carte, quelles ont été les situations les plus fréquentes et celles qui l'étaient moins (fig. 3.5). On peut aussi être assuré que des situations « similaires » sont représentées par des colonnes corticales voisines. Les mathématiciens parlent d'une « projection de données multidimensionnelles sur un sous-espace fini à 2 dimensions, laquelle projection respecte la distribution des données et la topologie de l'espace » (sic5). Figure 3.5 – Une carte auto-organisatrice est le résultat de la projection d'un espace multi-dimensionnel sur un sous-espace de dimension 2 (la carte). Cette projection respecte le voisinage, ce qui est voisin dans l'Espace est voisin sur la carte. (a) Une carte corticale avec ses colonnes (fig. 3.2) sera dorénavant représentée par son voisinage : à chaque intersection, il y a une colonne. Il y a 4 colonnes voisines (sauf sur les bords : 3 voisines, et dans les coins : 2 voisines). De plus, comme le comportement des neurones d'une colonne sont cohérents, nous ne dirons plus « colonne », mais « neurone » (ce neurone en représente quelques milliers). Par exemple, si l'on considère le cas de l'espace des mots de 5 lettres qui composent ce livre, alors une carte auto-organisatrice6 peut être utilisée pour représenter en deux dimensions seulement (une feuille de papier par exemple) le maximum de mots en veillant à deux choses : 1/ Les mots à l'orthographe voisine sont voisins sur la feuille, 2/ Si les mots sont trop nombreux pour être tous écrits sur la feuille, alors ceux qui seront écrits seront les plus fréquents du livre. Rappel : les mots de 5 lettres sont des données à 5 dimensions. La première dimension correspond à la première lettre du mot. Cette lettre est une des 26 lettres possibles de l'alphabet (on ne tient pas compte ici des caractères accentués). La deuxième dimension correspond à la seconde lettre du mot. Comme la valeur de la seconde lettre ne dépend pas du choix de la première lettre, on dit alors que ces deux dimensions sont indépendantes. Chaque mot de 5 lettres est donc une donnée d'un espace de dimension 5 (fig. 3.6). Figure 3.6 – Chaque mot de 5 lettres de ce livre est une donnée dans un espace de dimension 5. Selon l'objet du livre, le style de l'auteur, etc., les mots choisis, ainsi que leurs fréquences relatives, sont différents. C'est l'apprentissage qui associe à chacun des neurones de la carte un mot de 5 lettres (fig. 3.7). Cette association est construite petit à petit. Comme pour un nouveau-né, avant l'apprentissage les neurones ne sont pas (auto-)organisés. Lorsque le premier mot du livre est présenté à la carte. Tous les neurones de la carte reçoivent la même information : les 5 lettres qui composent ce mot. A partir de cet instant, le premier neurone qui sera excité empêchera les autres de l'être aussi pendant quelques instants – le temps que l'information présentée disparaisse. Comme il a été excité, le neurone doit modifier sa structure physique. La modification réalisée garantit que la prochaine fois que ce mot sera présenté, il gagnera avec encore plus de facilité. Les neurones immédiatement voisins sont eux-aussi affectés par l'apprentissage et modifient eux-aussi leurs structures physiques, mais dans une moindre mesure. Ce faisant, ils deviennent eux-aussi plus excitables – plus réceptifs – pour ce mot en particulier (mais dans une proportion moindre que le neurone gagnant). Puis, le processus est répété pour tous les mots du livre qui sont présentés à tour de rôle aux neurones de la carte. Figure 3.7 – Carte auto-organisatrice (5 x 5 neurones) après apprentissage des mots de 5 lettres de ce livre. Seuls les mots les plus fréquents sont représentés. Remarquez que les mots « voisins » sont voisins sur la carte. Certains neurones sont associés à plusieurs mots ; d'autres ne sont associés à aucun (ils sont voisins de deux mots – qui eux ne sont pas voisins). Les cartes construites pour des livres différents sont certainement différentes. La présentation de tous les mots du livre une fois constitue une itération d'apprentissage. Relire le livre, c'est faire une seconde itération d'apprentissage. Plus le nombre d'itérations augmente, meilleure est la qualité de la représentation des informations. Cependant, même une carte ayant très bien appris, continue à apprendre car un neurone est incapable de fonctionner sans tenir compte de son fonctionnement. Nous devons à Donald Hebb (biologiste américain) d'avoir proposé (en 1942) la célèbre loi de Hebb7 qui modélise les effets résultant d'une interaction entre deux neurones. Il existe de multiples versions de la proposition de Hebb, celle que nous utiliserons dans ce livre est la suivante (Table 1) : « Si deux8 neurones A et B interconnectés sont actifs dans une même fenêtre temporelle, alors la force des connexions entre A et B, et aussi entre B et A, est renforcée ». La durée de la fenêtre temporelle est de l'ordre de quelques millisecondes. Cette fenêtre temporelle signifie que l'ordre d'activation (A actif avant B, ou B actif avant A) n'a pas d'importance. Il est très facile (à condition de disposer d'un microscope électronique) de voir les modifications physiques qui affectent les connexions entre neurones, en un lieu appelé « synapse ». La synapse est l'espace qui sépare deux neurones et inclut les extrémités de chacun des neurones (fig. 3.8). L'information arrive par l'axone du neurone A, traverse l'espace intersynaptique et repart sur la dendrite du neurone B. L'information est un signal électrique véhiculé par l'axone, qui libère dans l'espace intersynaptique des molécules chimiques de neurotransmetteur. Ces molécules traversent la fente synaptique et modifient la polarisation électrique de la dendrite. Si la dépolarisation est assez forte, alors le neurone B devient « excité ». Un neurone excité envoie un signal électrique via son axone à tous les neurones auxquels il est connecté. Une synapse qui a été active de manière répétée augmente de taille. De cette manière la quantité de neurotransmetteur larguée (par le neurone A) dans la fente synaptique est plus grande et les récepteurs au neurotransmetteur (neurone B) sont plus nombreux. Les connexions réciproques du neurone B vers le neurone A, que ce soit en direct ou par l'intermédiaire d'un inter-neurone sont aussi renforcées (fig. 3.9). Figure 3.8 – L'apprentissage est une modification de la connexion (synapse) entre deux neurones. Chronologie des événements : a) Arrivée d'un potentiel d'action en provenance du neurone A. b) Libération et diffusion du neurotransmetteur dans l'espace intersynaptique. c) Ouvertures des canaux ioniques au niveau de la dendrite du neurone B (dues aux molécules de neurotransmetteur). d) Génération d'un potentiel évoqué excitateur pour le neurone B. d') Génération d'un potentiel évoqué inhibiteur. Les synapses inhibitrices empêchent la génération de potentiel d'action pour le neurone B. e) Fermeture des canaux ioniques, élimination ou recapture du neurotransmetteur. Environ 70% des neurones du cerveau libèrent dans l'espace intersynaptique un neurotransmetteur dont l'effet sur les dendrites est inhibiteur – c'est à dire qu'il tend à retarder, voire à empêcher, la survenue d'une excitation. A noter qu'un même neurone peut tout à fait être inhibiteur vis à vis de ses proches voisins et excitateur à plus longue distance. Figure 3.9 – (a) Entre deux neurones appartenant à la même carte, il y a des connexions latérales inhibitrices. (b) Entre deux neurones appartenant à des cartes différentes, il y a des connexions directes et des connexions réciproques. Chaque neurone établit environ 10 000 synapses avec d'autres neurones. Une unique synapse a donc peu d'effet sur le comportement du neurone. Il faut un « consensus » d'un grand nombre de synapses pour obtenir une excitation ou une inhibition du neurone. Le nombre de synapses entre deux mêmes neurones est de quelques centaines ou milliers. Un neurone est donc connecté à quelques dizaines ou centaines de neurones – au maximum ! L'ensemble de notre cortex est constitué de très nombreuses cartes auto-organisatrices, qui organisent et échangent des informations (fig. 3.10). Une carte reçoit des informations d'un organe sensoriel (oeil, oreille, etc.) ou d'une ou plusieurs autres cartes – et elle est obligée d'en tenir compte. La carte apprend et s'organise dès que des informations lui parviennent. Ces informations proviennent d'un Monde cohérent, constitué de régularités (cf. chapitre précédent). Les régularités les plus fréquentes sont les premières informations apprises par la carte. Puis, les régularités un peu moins fréquentes trouvent aussi leurs places sur la carte, et ainsi de suite. Les événements peu fréquents, ne sont pas mémorisés par cette carte, ils le seront par d'autres cartes de niveaux d'abstraction plus élevés. Figure 3.10 – Le cortex est constitué de multiples cartes auto-organisatrices interconnectées. Les cartes les plus proches des capteurs sensoriels sont organisées avant les autres. Elles constituent les cortex primaires (vision, audition, tact, etc.). Dans le cas du cortex visuel, notamment la carte représentant les couleurs, les premières couleurs mémorisées sont les plus fréquentes : les couleurs primaires (rouge, vert, bleu), plus le noir et le blanc. Plus tard, et plus tard seulement, les couleurs secondaires seront elles aussi représentées sur la carte, puis les couleurs tertiaires. Ceci explique pourquoi les jouets pour bébé sont si colorés, et en même temps si pauvres en nuances de couleurs. La carte mémorise des informations tout au long de notre vie. Chaque couleur vue par notre oeil est projetée sur la carte, induit une compétition entre les neurones et impose un renforcement des connexions du neurone gagnant avec les neurones d'entrées (oeil). Dans le cas ou l'apprentissage est celui des mots de 5 lettres composant ce livre, les mots appris les premiers sont les plus fréquents, puis viennent les mots moins fréquents (fig. 3.11). Figure 3.11 – Organisation de la carte des mots de 5 lettres au cours de l'apprentissage. Les données les plus fréquentes (a) sont apprises avant les autres (b). C'est une bonne idée que l'apprentissage des cartes auto-organisatrices soit permanent (sauf cas particulier impliquant une période critique) : cela nous permet de changer d'environnement et de nous y adapter. Les esquimaux disposent de 27 mots pour qualifier la neige. Ils distinguent donc 27 qualités/couleurs de « blanc ». Les explorateurs polaires ayant hivernés dans ces contrées lointaines sont parvenus (après plusieurs mois) à distinguer aussi les diverses qualités de la neige. D'autres peuples, vivants dans d'autres environnements, ne connaissent pas les mêmes couleurs que nous. Le Bassa, parlé au Libéria ne distingue que deux couleurs: « ziza », rouge/orange/jaune et « hui », qui fait vert/bleu/violet. En Nouvelle-Guinée, la langue Dan ne distingue que les choses claires « mola » et foncées « mili ». Sur un échantillon de 240 langues, seules 9 d'entre elles ont un mot pour blanc et noir, et 21 langues n'ont que blanc, noir et rouge comme couleurs9. Nous pouvons en conclure que déménager en Nouvelle-Guinée n'entraîne aucun travail pour notre carte codant les couleurs, ce qui n'est pas le cas si nous décidons de nous installer au Pôle Nord. Les cartes auto-organisatrices sont des mémoires associatives. Elles fournissent des réponses à des questions en utilisant les informations contenues dans la question. Par exemple, si l'on veut savoir quel est le mot de 5 lettres se terminant par « s », il suffit de fournir à la carte l'entrée « - - - - s ». Le neurone qui gagnera la compétition est celui qui code ce mot (fig. 3.12). Figure 3.12 – La carte auto-organisatrice est une mémoire associative. Pour obtenir une réponse, il faut fournir une partie de cette réponse. Ici, si la réponse cherchée est le mot de 5 lettres le plus fréquent de ce livre se terminant par la lettre « s », la question est en (a), le neurone gagnant la compétition en (b). Il suffit alors de savoir quel est le mot associé à ce neurone. En combinant plusieurs cartes auto-organisatrices ensembles, il est possible de créer des représentations très précises du Monde. La Théorie neuronale de la Cognition, présentée au prochain chapitre, montre comment. 4. Qu'est-ce que la Théorie neuronale de la Cognition ? Le chapitre précédent a montré que notre cortex constitué de milliers de cartes auto-organisatrices (fig. 3.2). La Théorie neuronale de la Cognition (TnC) montre comment l'assemblage de ces cartes auto-organisatrices permet l'émergence de la Cognition. La Cognition est l'ensemble des activités « mentales » : parler, lire, penser, jouer, rire, avoir peur, respecter la loi ou la contourner, apprendre de nouvelles choses ou les oublier, mentir, fantasmer, trahir, aimer, se sacrifier, donner, prendre, etc. Lorsque deux cartes auto-organisatrices sont placées l'une après l'autre, la seconde carte représente des données plus complexes, par exemple des combinaisons de caractéristiques extraites par la première carte. Si la première carte code10 les couleurs apparaissant dans l'image rétinienne, alors la seconde carte peut coder les proportions relatives : « c'est plutôt vert », ou « vert et rouge à part égal », etc (fig. 4.1). Figure 4.1 – Deux cartes auto-organisatrices (l'une après l'autre) permettent d'extraire des relations complexes entre les données (par exemple des relations non linéaires). C'est le cas du ou‑exclusif11, un cas d'école. Avec trois cartes auto-organisatrices, il devient possible de réaliser ce que les chercheurs nomment la « fusion de données ». Il s'agit en fait de fusionner des données issues de modalités différentes comme la couleur et la forme, ou la vison et l'audition. Par exemple, prenons une carte codant les couleurs, une seconde codant les formes des objets vus et une troisième carte qui reçoit les connexions des neurones des deux premières. Si, dans l'environnement, il existe des objets de forme ronde et de couleur bleue, d'autres de forme triangulaire et rouge, et aucun carré vert, alors certains neurones de la troisième carte seront actifs uniquement pour des ronds bleus, d'autres pour des triangles rouges et aucun neurone ne sera actif lorsque l'image d'un carré vert sera montrée (fig. 4.2). Figure 4.2 – Trois cartes auto-organisatrices permettent la fusion de données. Il suffit que les données traitées par chacune des deux première cartes appartiennent à des modalités différentes (par exemple, la vision et l'audition), et qu'elles alimentent la troisième carte. C'est cette dernière carte qui réalise la fusion de données. La carte codant les objets d'après leur forme et leur couleur est d'un niveau d'abstraction plus élevé que la carte des couleurs ou la carte des formes. Il est donc possible d'établir une hiérarchie en fonction du niveau d'abstraction. Pour connaître le niveau d'abstraction d'une carte, il suffit de compter le nombre de cartes entre elle et les capteurs sensoriels. Dans le cas de la lecture d'un mot, les recherches actuelles montrent que la carte sur laquelle les mots sont codés est d'un niveau d'abstraction égal à 712. Les étapes de traitement de l'information depuis l'oeil sont les suivantes : centre on-off, barre, angle, forme, lettres, bigrammes, mots (fig. 4.3). Figure 4.3 – Sept niveaux de cartes auto-organisatrices sont nécessaires pour passer de l'image sur la rétine à la reconnaissance orthographique d'un mot. D'après Dehaene. Les mots écrits, les mots entendus, les odeurs, la vision d'objets inanimés ou de visages font partie de notre quotidien. Ils activent nos sens et sont traités par le cortex. Il existe donc une carte pour les mots écrits, une autre pour les mots entendus, une troisième pour les odeurs, une quatrième pour les objets inanimés, une cinquième pour les visages, etc. Bref, beaucoup de cartes codant énormément de dimensions de la réalité. Il y a des cartes supplémentaires, de niveau d'abstraction plus élevé, qui reçoivent les informations de toutes ces cartes et les fusionnent. Les neurones de ces cartes de niveau supérieur sont notamment activés dans des cas précis. Par exemple, certains neurones sont activés lorsque nous nous trouvons dans une situation où il y a, en même temps : le mot « arbre » écrit, le mot « arbre » entendu, un arbre visible, une odeur de forêt et le visage de la personne qui nous a fait découvrir ce mot là. Ces neurones sont aussi activés lorsqu'une partie seulement de ces informations est disponible, par exemple uniquement à la vue d'un arbre. C'est une parfaite illustration de la capacité de généralisation des mémoires associatives. Les neurones codant la situation « arbre » peuvent être interprétés comme codant le concept d'« Arbre ». Qu'est-ce qu'un concept ? C'est une abstraction qui rassemble sous la même dénomination les instances d'un même objet ou d'une même idée (fig. 4.4). Le concept de « Arbre » est activé dès qu'un arbre - quelque soit son espèce (chêne, sapin, mimosa, ginko, etc.) - est vu, ou que le mot arbre est lu ou entendu, ou qu'un arbre est dessiné, mimé, évoqué, sous-entendu... Figure 4.4 – Un « concept » implique l'activation de neurones au sein de multiples cartes. Mes neurones codant pour le concept « Arbre » ont été construits à partir d'expériences vécues qui me sont personnelles et uniques Pour moi, un arbre est d'abord un cerisier. Il est dans le jardin de mes grands-parents. Son tronc est incliné et ses feuilles ne sont pas si nombreuses. Bien évidemment je suis capable de généraliser et de reconnaître tout arbre pour ce qu'il est. Je suis certain que votre définition d'un arbre est tout aussi personnelle que la mienne. En fait, c'est le cas pour chacun et chacune d'entre nous. Nous devons donc en conclure qu'il n'existe pas13 de sémantique universelle partagée par tous. La sémantique est individuelle ! Pas étonnant que nous nous comprenions si peu, puisque nos définitions pour les mots et les concepts sont personnelles. Nous avons vu comment des neurones représentent des concepts ou des objets définis selon plusieurs dimensions sensorielles chez un individu. Du fait que nous sommes des individus vivants en société, nous partageons en permanence avec autrui ce que nous avons en tête. Le langage est né de ce partage comme nous le verrons au chapitre « Pourquoi 6 700 langues sur cette planète ? ». La carte auto-organisatrice est un formidable outil pour représenter un espace multidimensionnel en 2-D tout en respectant les principales caractéristiques de fréquence d'apparition et distribution des informations. Pourtant, des informations liées les unes aux autres peuvent être représentées sur des neurones éloignés les uns des autres sur une même carte., ou appartenir à des cartes différentes. La hiérarchie de cartes auto-organisatrices permet de regrouper les informations liées. Au bas de la hiérarchie, il s'agit d'une simple fusion de données (rond bleu), tandis que vers le haut il s'agira de labelliser des situations et créer des concepts (« Arbre » ou « la Justice »). Le filtre de nouveauté que réalise chaque carte auto-organisatrice (cf §attention) permet à des situations très rares de parvenir à l'étage de traitement adapté afin d'auto-organiser cette carte. Il y a un ordre dans l'organisation hiérarchique des cartes : les cartes du niveau inférieur doivent être organisées avant que l'information issue de ces cartes puissent organiser le niveau suivant (les formes et les couleurs avant les formes colorées). L'exemple de la lecture globale, que nous verrons à la page suivante, est particulièrement édifiant. Les corrélations fréquentes sont apprises plus vite (et donc plus tôt) par les niveaux les moins élevés. A chaque niveau hiérarchique, la carte est organisée par des informations moins fréquentes (dans le Monde) que le niveau précédent. Comme il faut toujours autant de données pour organiser une carte, l'apprentissage prendra plus longtemps. Le chapitre suivant « Enfance, Adolescence, des passages obligés ? » est un bon exemple dans ce domaine. Lorsque l'information parvient au niveau hiérarchique le plus haut, soit : l'information correspond à ce niveau de représentation et l'activation générée au sein de cette carte va disparaître par le jeu des boucles de rétro-action (filtre de nouveauté), (cf. chapitre « Attention ») l'information est de plus haut niveau encore que le niveau courant et l'activation engendrée par cette information ne disparaît pas, mais continue vers les cartes suivantes (de niveau d'abstraction supérieur) afin de les organiser. L'information devient persistante (le terme « rémanente » est plus exact) puisqu'elle ne disparaît pas (absence de synchronisation). Si le plus haut niveau actuel permet la verbalisation, alors nous parlons. Un spectateur dirait que nous en avons conscience ! (cf. chapitre « Conscience ») Plus le temps s'écoule avec cette information rémanente dans nos circuits neuronaux, plus d'hypothèses sont testées pour y répondre. Le moment où l'activation rémanente disparaît du fait des boucles de rétro-action correspond à l'instant où la réponse à la question a été trouvée. Cette réponse est d'une certitude plus ou moins grande en fonction de l'activation résiduelle dans les circuits neuronaux. Une certitude totale fait disparaître complètement l'activation résiduelle. Tant que la « réponse » n'a pas été trouvé, elle est cherchée. Au départ, ce sont les circuits neuronaux les plus « proches » (les plus évidents), puis au fur et à mesure que le temps passe, des circuits plus lointains, dont le potentiel croît plus lentement, vont à leur tour être activés. Tant que rien de nouveau ne vient remplacer cette information, nous cherchons consciemment une solution. Lorsqu'une nouvelle information arrive elle aussi au plus haut niveau (sans avoir été arrêtée), elle semble prendre le pas sur l'information précédente puisque nous nous mettons à y penser consciemment. La recherche précédente (ancienne) n'est PAS abandonnée pour autant, elle est seulement masquée par la nouvelle. La « solution » à cette ancienne question peut arriver plus tard, voir le lendemain matin par exemple. Ce que nous appelons « réfléchir » ou « méditer », sont des actions qui créent des situations virtuelles - similaires à des situations qui n'arrivent pas ou très rarement. Ces situations virtuelles augmentent la fréquence d'apparition de ces mêmes situations (normalement rarissimes) et permettent aux cartes de s'organiser. Ces cartes, parce qu'elles représentent plus correctement ces informations (normalement rares), fournissent une réponse plus adaptée lorsque la situation se présente à nouveau. Une réponse, c'est un acte moteur, perçu par autrui comme un comportement. Le chapitre « la motivation, source de nos comportements ? » explique comment nos comportements sont produits. L'échec lamentable de la lecture « globale » est un « cas d'école » vis à vis de la nécessité de respecter un ordre dans l'apprentissage (les régularités de bas niveaux avant celles de hauts niveaux) et d'aider à la découverte des régularités par un apprentissage supervisé. Les enfants devaient retrouver seuls que les lettres existent, qu'elles se regroupent par syllabe, que ces syllabes font les mots, que les mots ont des déclinaisons, etc. Autant de cartes corticales à organiser, qui ne peuvent l'être que si l'on fourni les bons exemples d'apprentissage : les lettres individuellement, les syllabes individuellement, les mots individuellement, les déclinaisons d'un mot à la fois, etc., le tout dans un ordre chronologique et logique (fig. 4.5). Figure 4.5 – La méthode d'apprentissage de la lecture dite « globale » fait disparaître deux étapes supervisées. L'acquisition de la lecture devient alors pratiquement impossible à l'apprenti lecteur. Pour en convaincre le lecteur, un petit calcul de complexité. Il y a environ 10 barres et arrondis pour créer n'importe quelle lettre (A = 3 barres, B = 1 barre et 2 arrondis, etc.). Il y a 26 lettres, ce qui donne environ 70 syllabes fréquentes, qui permettent l'accès aux 8 000 mots (en moyenne 3 syllabes par mot : 70 x 70 x 70 = 350 000) dont nous avons besoin pour être un lecteur « expert » (bien qu'il y ait 40 000 mots dans un dictionnaire de la langue française). Donc, à retenir pour la carte des lettres : 26, pour la carte des syllabes : 70, pour la carte des mots : 8 000. Si l'apprentissage est « global », alors l'enfant est confronté de prime abord avec les mots. Certes, on commence petit : 300 mots au CP, 700 mots au CE1, 1 200 mots au CM1, 8 000 mots à partir de la classe de sixième. Mais comme il n'y a pas eu d'organisation hiérarchique dans l'apprentissage de la lecture, les enfants doivent reconnaître les mots directement depuis barres et arrondis. La longueur moyenne d'un mot est de 5 lettres. Il y a 10 positions de barre par lettre et autant pour les arrondis. Si on considère qu'une lettre ne contient qu'une barre et qu'un arrondi (ce qui est peu), alors il y a 10x10 = 100 « lettres » possibles, et (100)5 (100 puissance 5, soit 10 milliards) mots de 5 lettres. Chaque mot est indépendant des autres, il faut apprendre 8 000 parmi 10 milliards de possibles. Tâche nous en conviendrons beaucoup beaucoup plus ardue que 8 000 parmi 350 000 possibles. Impossible donc de gronder ou pester après l'orthographe inexistante des trentenaires d'aujourd'hui qui ont eu le privilège de « découvrir » la lecture d'une manière globale ! Leur représentation des mots est discontinue, puisqu'ils ne disposent que d'un nombre de données très réduit (8 000 par rapport à 10 milliards, soit 1 mot sur 1 million). La situation est bien plus favorable aux « syllabistes » qui, avec 1 mot sur 40 possibles utilisent le voisinage orthographique pour la lecture. 5. Enfance, adolescence : des passages obligés ? Le chapitre précédent « Qu'est-ce que la Théorie neuronale de la Cognition ? » a mis en évidence un ordre dans l'organisation des cartes auto-organisatrices : 1.Les cartes du niveau inférieur doivent être organisées avant que l'information issue de ces cartes puissent organiser le niveau suivant : les formes et les couleurs avant les formes colorées, les lettres avant les syllabes, les syllabes avant les mots, etc. 2.Les corrélations fréquentes sont apprises plus vite (et donc plus tôt) par les niveaux d'abstraction les moins élevés. A chaque niveau, les cartes sont organisées par des informations moins fréquentes (dans le Monde) par rapport au niveau précédent. Comme le nombre d'expériences nécessaire pour organiser une carte est constant, l'apprentissage prendra plus longtemps si les régularités à mémoriser sont « subtiles » (i.e., rares). Tous les hommes (les animaux aussi), ceux d'aujourd'hui comme ceux d'hier, ont une enfance. C'est une période de leur développement durant laquelle ils ne sont pas autonomes. L'enfant a besoin de sa mère, ou d'une mère de substitution, pour grandir correctement et devenir un adulte à part entière. Le cas des enfants-loups illustre ce qu'il advient lorsque l'enfant grandit sans l'entourage d'un adulte de son espèce. Il y a énormément de cas litigieux (voire d'escroqueries), d'autres pour lesquels il semble que l'enfant présentait déjà des troubles mentaux lors de l'abandon. Les cas les plus récents – et donc les moins sujets à caution – sont (par exemple) ceux de : Oxana Malaya (Ukraine, trouvée en 1991) qui a vécu avec des chiens entre 3 et 8 ans, dans l'arrière cour de la maison de ses parents alcooliques. Saturday Mthiyane (province du Kwazulu-Natal en Afrique du Sud, trouvé en 1987 à l'âge de 5 ans) qui a passé au moins un an au milieu des singes. John Ssebunya (Ouganda, trouvé en 1991, à l'âge de 5 ans) qui a passé 3 ans avec des singes. Tous ces enfants éprouvent des grandes difficultés à maîtriser le langage et à établir des relations sociales par la suite. Ceci accrédite l'hypothèse qu'il y a un moment avant 7 ans (l'enfance) dans le développement de l'individu où certaines choses doivent avoir lieu, sinon il sera très (trop) difficile pour les acquérir après. L'enfance est donc cette période critique durant laquelle l'apprentissage du langage et de la socialisation est facile (fig. 5.1). Figure 5.1 – Il y a un ordre et un timing précis dans l'organisation des cartes auto-organisatrices. Les cartes s'organisent en fonction des régularités qu'elles perçoivent dans les données reçues. Certaines cartes doivent s'organiser avant un âge limite (7 ans pour les cartes liées au langage et à la socialisation). Lorsque la différence entre le comportement attendu d'un adulte et celui d'une personne est réduite, alors cette dernière est considérée comme se comportant comme un adulte. Lorsque nous faisons peu attention à autrui, alors même si quelques détails ne sont pas typiquement adultes, comme nous ne les remarquons pas, autrui est facilement adulte. A l'inverse, pour les gens qui font attention à nous, les détails infantilisant sont rapidement repérés et vous restez enfant. Vous devenez adulte pour des personnes qui vous connaissent peu, bien avant d'accéder au même statut de la part de votre entourage proche. Eventuellement, si vos parents font trop attention à vous, vous ne serez jamais totalement adulte pour eux. L'enfance est donc un qualificatif peu précis et dépendant de l'intérêt que vous portez à la personne observée. Pour ma part, je trouve plus juste de dire que l'enfance correspond à la période durant laquelle s'organisent les premières cartes corticales impliquées dans les comportements motivés, le langage et les relations sociales (cf. §« La motivation, source de nos comportements ? »). L'adolescence suit l'enfance et précède l'âge adulte. C'est la période du « non » des enfants. C'est une période difficile puisque l'opposition de l'adolescent entre en conflit avec les desiderata des parents. Nous verrons au chapitre « Où a disparu le libre-arbitre ? » que ce n'est la faute, ni aux parents, ni aux adolescents. Comme l'enfance, l'adolescence est universelle sur cette planète et se moque bien des époques ou des cultures. C'est une étape fondamentale de l'organisation du cortex, plus précisément des cartes auto-organisatrices codant des « concepts clefs » tels que : liberté, droit, devoirs, existence autonome, etc. Lorsque ces concepts sont découverts, ils sont ipso facto utilisés pour analyser le Monde. Les situations du Monde sont bien évidemment complexes et il y a toujours au moins un aspect de celles-ci qui n'est pas conforme à la définition du concept clef impliqué. Cet aspect induit l'attention (cf. le chapitre « Faire attention : pourquoi, comment ? »). Il est normal que l'adolescent veuille agir pour changer la situation et la rendre plus conforme à son attente. Ce faisant, il viole par définition l'ordre établit. Son comportement découle de fait d'une analyse trop simple de la situation vis à vis de critères trop nouveaux et encore trop manichéens. Avec l'augmentation du nombre de situations vécues, son codage des concepts clefs devient plus précis. Du coup, il y a moins d'aspects dans la situation qui retiennent l'attention, et donc moins de sujets de disputes. L'adolescence est un passage obligé de la construction d'une personne capable de comprendre les concepts clefs. La durée de l'adolescence dépend, non pas du temps qui passe, mais du nombre de situations vécues impliquant lesdits concepts. La différence entre l'idéalisation initiale associée à la découverte de ces concepts clefs et la réalité génère un surcroît d'activité neuronale chez l'adolescent, qui induit fatigue et stress. Il est normal qu'il se comporte alors de manière à réduire ce surcroît d'activation et qu'il essaie de changer le cours des choses (rébellion) afin de les adapter à sa compréhension (simplette) et donc à ses attentes. Nous verrons dans le prochain chapitre (§motivation) comment nos comportements dépendent des buts que nous nous fixons. 6. La motivation, source de nos comportements ? Un comportement, c'est une succession d'actions qui paraissent liées les unes aux autres. Chacune de nos actions appartient de fait à un ou plusieurs comportements. Les comportements possibles sont nombreux, chaque verbe décrit au minimum un comportement (manger, boire, courir, marcher, sauter, attaquer, rire, aimer, parler, discuter, marchander, etc.). Au sein d'un comportement, les actions réalisées ne sont jamais choisies au hasard. Elles peuvent toutes être justifiées par rapport à un but. Si à partir d'un certain moment ce n'est plus le cas, c'est que le comportement a changé et les actions deviennent justifiables par rapport à un nouveau but. En fait, nos comportements sont construits par le but que nous nous fixons. Par exemple14, avoir pour but « rien autour » génère un comportement d'évitement d'obstacles très efficace. Ce but correspond à une situation précise (situation-but) où il n'y a « rien autour », et donc à un neurone particulier activé sur la carte codant les situations (le neurone-but). La situation actuelle – où il y a par exemple un obstacle en face – active un autre neurone de cette carte. Si, à chaque instant, parmi toutes les actions possibles, l'action choisie (et réalisée) est celle qui modifie la situation actuelle en la rapprochant autant que faire ce peut de la situation « rien autour », alors la situation-but sera finalement atteinte. L'observateur interprètera la succession d'actions comme un comportement d'évitement d'obstacles très efficace (fig. 6.1), dont nous savons maintenant qu'il est construit à partir de la situation-but « rien autour ». Figure 6.1 – Comportement d'évitement d'obstacles construit à partir d'un but à atteindre «aucun d'obstacle en vue». Passer d'une situation à la suivante, c'est au niveau de la carte auto-organisatrice passer d'un neurone à son voisin. Cette mise en correspondance entre situations et neurones est possible parce que la carte auto-organisatrice respecte la topologie de l'espace des situations (cf. « Dans quel Monde vivons-nous ? »). Des situations voisines dans le temps (quelques instants d'écart) sont très similaires car le Monde est continu. Les neurones codant pour ces deux situations temporellement proches seront des neurones voisins sur la carte, voire éventuellement le même neurone. Si, comme pour l'exemple précédent, la situation-but est « rien autour » - mais que nous sommes poursuivis – alors notre comportement sera celui de quelqu'un qui fait tout ce qu'il peut pour ne pas être attrapé. Chaque action nous éloigne de notre poursuivant (ce dernier est considéré comme un obstacle). La même situation-but peut donc générer des comportements différents, ici évitement d'obstacle ou fuite. En choisissant une autre situation-but , telle que « un obstacle à droite », alors le comportement obtenu sera celui de quelqu'un qui recherche un mur et le suit en le maintenant à droite... Chaque neurone de la carte auto-organisatrice est susceptible d'être représentatif d'une situation-but, à l'origine d'un ou plusieurs comportements. En choisissant un but sur une carte codant le niveau sonore, le comportement généré est celui de trouver et maintenir le niveau sonore désiré, en s'éloignant ou en se rapprochant de la source sonore, tant pour tenir compte des fluctuations de la source (notre interlocuteur parle plus ou moins fort) que de celles d'éventuelles sources parasites (les autres conversations dans la pièce). En montant dans la hiérarchie des niveaux d'abstraction, il est possible de sélectionner, au sein d'une carte de haut niveau, un but tel que « être riche ». Les actions choisies par l'individu sont alors celles qui rapprochent sa situation financière actuelle de la situation « être riche » (fig. 6.2). Bien évidement, ce comportement a une durée dans le temps extrêmement longue. A moins de gagner très vite à la loterie, cela peut prendre une vie entière, voire plus. Ce comportement sera donc interrompu par d'autres en fonction des situations vécues, car la priorité doit souvent être donnée à des comportements moins abstraits comme « manger » ou « éviter de se cogner ». Vous vous demandez peut‑être quelles sont les actions à réaliser pour aboutir à la situation « être riche » ? Cela dépend de votre histoire personnelle. Dans une situation où il faut acheter quelque chose, les uns choisiront de marchander, d'autres d'acheter en gros pour revendre le reste au détail, ou de reporter leur achat, voire d'inventer quelque chose d'équivalent qu'ils fabriqueront et vendront à leur tour, etc. Figure 6.2 – Le but « être riche » définit votre comportement. Nous parlons d'actions - c'est nouveau - car jusqu'à présent toutes les cartes auto-organisatrices présentées codaient des situations. Il existe cependant des cartes modélisant l'espace des actions et codant des actions. Ces cartes forment le cortex moteur, d'où elles envoient des informations vers les muscles afin de les contracter. A chaque instant, depuis notre naissance, nous agissons. Comme le Monde est cohérent, l'effet d'une action sur le Monde est toujours le même. Si j'avance vers l'obstacle, il s'approche, et cela est vrai aujourd'hui, mais aussi hier, et quand bien même l'obstacle serait bleu ou vert, etc. Comme le Monde est continu, une action d'une courte durée va peu modifier la situation actuelle. Cette petite modification est à mettre au compte de cette action. Des cartes vont donc s'auto-organiser pour représenter les actions associées à leurs effets sur la situation, un effet par action (fig. 6.3). Cet effet est la variation entre une situation et la suivante. Figure 6.3 – Les actions réalisées : celles garantissant les changement des situations désirés. Cartes des situations et cartes des actions travaillent en synergie : 1.La première carte (des situations) fournit la différence entre la situation actuelle et la situation voisine la plus proche (dans la direction de la situation-but) à la seconde carte. 2.Cette seconde carte (des actions) fournit l'action à accomplir, qui est réalisée. 3.Ceci a pour effet de modifier la situation courante : retour à l'étape 1. (Le nouveau neurone voisin dans la direction du neurone-but est trouvé, qui permettra d'obtenir la nouvelle action, et ainsi de suite). Un comportement est réalisé jusqu'à ce que la situation-but soit atteinte. A cet instant, une nouvelle situation-but peut émerger, générant un nouveau comportement. Ce que nous appelons « un » comportement est souvent la combinaison de plusieurs comportements élémentaires. Par exemple le comportement de « boire » implique de : 3.me lever, 4.aller jusqu'à la cuisine, 5.trouver un verre, 6.ouvrir un robinet, 7.mettre le verre sous le jet d'eau, 8.fermer le robinet quand le verre est plein, 9.porter le verre à mes lèvres, 10.boire. La situation-but de chaque comportement élémentaire est facile à identifier. Ce qui est moins facile à comprendre c'est comment se construit automatiquement la succession des buts intermédiaires (fig. 6.4). Figure 6.4 – Un comportement complexe : Une somme de comportements élémentaires. Des capteurs internes identifient un manque d'eau, c'est la soif. A partir de cette information, l'objectif est de faire disparaître cette activation neuronale. Le fait de boire a, par le passé, été efficace. Dans la situation actuelle (assis à mon bureau dans l'appartement), comment faire pour boire ? Je bois plusieurs fois par jour. J'ai donc vécu et mémorisé de nombreuses situations de ce type. La situation actuelle (lieu : à mon bureau, date : 10 h du matin) ajoutée à la soif forme une combinaison d'informations spécifique qui initie instantanément une recherche en mémoire. Cette recherche trouve les situations passées qui sont, à la fois, les plus proches de la situation actuelle et aussi les plus fréquentes. Il s'agit d'une optimisation prenant en compte deux facteurs : exactitude ET fréquence. Le premier souvenir trouvé est celui où quelqu'un m'a gentiment apporté à boire à mon bureau (inutile aujourd'hui car je suis seul à la maison), le second est celui où j'avais été prévoyant avec une bouteille d'eau à portée de la main sur mon bureau (cela n'a pas été le cas aujourd'hui). Un troisième souvenir est lié à la cuisine, c'est celui qui déclenche le comportement en positionnant un but dans la carte. En continuant à réfléchir à la situation, je me serai aussi rappelé qu'il y a un robinet dans la salle de bain – laquelle est plus proche que la cuisine. Mais je bois beaucoup moins souvent dans la salle de bain que dans la cuisine, j'ai moins de souvenirs et donc cette quatrième solution émergera plus tard. Le but final est donc de boire dans un verre à la cuisine. Entre la situation finale et la situation actuelle, il y a de nombreux buts intermédiaires, chacun générant un comportement élémentaire : n° Situation-but Comportement élémentaire 12 verre plein d'eau à mes lèvres porter le verre à ses lèvres 11 arrêt du robinet tendre la main et fermer en tournant vers la droite 10 verre plein sous le robinet maintenir le verre sous le jet d'eau 9 ouverture du robinet tendre la main et ouvrir en tournant à gauche 8 verre vide sous le robinet avancer le verre sous le robinet 7 position devant robinet se déplacer du placard à l'évier 6 verre dans placard attraper un verre dans le placard 5 ouverture placard avancer la main et tirer la poignée du placard 4 position devant placard avancer jusqu'au placard 3 position cuisine avancer jusqu'à la cuisine 2 position couloir sortir de la chambre 1 station debout se lever de la chaise L'enchaînement 1 à 12 est construit automatiquement. Au niveau de la carte représentant les lieux dans la maison, quel est le neurone voisin de celui qui code la situation actuelle « bureau », dans la direction du neurone codant la situation finale « cuisine » ? Il s'agit de celui codant pour la situation « couloir ». Nous disons donc que la situation voisine de la situation actuelle dans la direction de la situation finale est « le couloir ». La variation entre la situation actuelle (assis au bureau) et le couloir est tellement grande, qu'il n'existe aucune action permettant de passer directement de la chaise du bureau au couloir. La carte des actions ne fournit aucune réponse : l'activation ne se stabilise sur aucun neurone, il n'y a pas résonance entre les deux cartes. C'est normal puisque pour gagner le couloir, il faut faire 2 mètres dans la direction de la porte du bureau. Pour faire ces 2 mètres, il faut marcher. Pour marcher, il faut être debout. Pour être debout, il faut se lever de la chaise. C'est donc au minimum 3 actions différentes qui doivent être réalisées (se lever, être debout, marcher). Sans résonance, il n'y a pas d'activation spécifique au sein de la carte motrice, et donc aucune action n'est réalisée par les muscles. De fait, la situation actuelle ne change pas. Comme la soif est toujours là, l'activation du neurone voisin codant le couloir persiste. Les activations « assis au bureau » et « couloir » activent d'autres neurones sur d'autres cartes. Parmi les autres cartes alimentées par cette information, la carte spatiale (i) qui modélise les positions des objets selon des coordonnées égo-centrées (direction et distance par rapport à soi). Cette carte indique pour le « couloir » : 2 mètres en arrière. Cette information, envoyée à une seconde carte motrice (ii) rend « faire demi-tour et marcher ». Cette action n'est pas immédiatement possible. La carte des positions du corps (j) envoie à une troisième carte motrice (jj, codant variations de positions de corps et action associée) la différence entre la situation actuelle « assis » et la situation « demi-tour ». Il y a alors résonance : l'activation correspondant à l'action de se lever est envoyée aux muscles. Les autres actions suivront dans l'ordre. Les seules actions codées sur les cartes motrices sont celles qui existent, déjà réalisées maintes fois auparavant. De ce fait, dès que la variation entre deux situations est trop grande (discontinuité) alors aucune action n'est trouvée. La situation actuelle ne change donc pas, ce qui laisse le temps à d'autres cartes de situation et d'action de raffiner le traitement de l'information. Il s'agit d'utiliser la propriété de continuité du Monde en retrouvant au niveau des cartes la continuité d'actions permettant de passer d'une situation à l'autre. (fig.) En résumé, nos comportements sont toujours motivés puisque construits par les buts que nous nous fixons. Nous verrons cependant que ces buts nous sont imposés (cf. chapitre « Où a disparu le libre-arbitre ? »). Auparavant, dans le chapitre suivant « Faire attention : pourquoi, comment ? », nous allons découvrir comment nous faisons attention à certaines choses et pas à d'autres. 7. Faire attention : pourquoi, comment ? La vision d'un arbre produit une activation neuronale dans une succession de cartes auto-organisatrices jusqu'à l'activation finale d'un neurone représentatif du concept « Arbre » (cf. §TnC). Dans le même temps, il y a activation de tous les éléments formant ce concept, notamment le son (mot prononcé). Ceci est dû aux connexions réciproques qui alimentent les cartes de niveaux d'abstraction précédents (fig. 7.1). Figure 7.1 – Activation des éléments appartenant à un concept (mémoire associative). Sachant que les connexions entre deux cartes existent dans les deux sens, nous comprenons mieux la nécessité de la fenêtre temporelle lors de l'apprentissage (loi de Hebb). Si le neurone A active le neurone B, les connexions de A vers B sont renforcées – mais les connexions réciproques de B vers A sont aussi renforcées. Les connexions réciproques peuvent être directes ou indirectes. Dans ce dernier cas, elles impliquent des neurones intermédiaires appelés inter-neurones. Une connexion inhibitrice sur un inter-neurone inhibiteur est l'équivalent fonctionnel d'une connexion excitatrice entre deux neurones (fig. 7.2). Pour votre information : 70% des neurones du cerveau sont des inter-neurones inhibiteurs. Figure 7.2 – Connexion neuronale et inter-neurones inhibiteurs. Selon les cartes et selon les moments, la situation perçue active un neurone. Comme le Monde est continu, entre deux instants successifs la situation évolue très peu. Le neurone actif actuellement est soit le même que celui qui était actif à l'instant précédent (aucune variation de la situation), sinon c'est un de ses voisins (petites variations dans la perception de la situation). Il est possible d'appliquer le même raisonnement récursif pour la situation précédente, et aussi celle d'avant, etc. Lorsque l'on regarde les activations successives sur la carte au fur et à mesure que la situation évolue, nous distinguons une trajectoire continue. Cette trajectoire permet de prédire l'évolution future de la situation. Ce qui va dans une direction devrait continuer à le faire, tandis qu'il ne devrait pas y avoir de virages brusques ou de ruptures (assimilables à des discontinuités) (fig. 7.3). Figure 7.3 – Prédiction de l'évolution de la situation courante. La prédiction est réalisée automatiquement. L'activation d'un neurone active de facto ses voisins. L'un des voisins du neurone actif l'a déjà été à l'instant précédent, il est donc maintenant dans une période réfractaire pour quelques instants. C'est aussi le cas pour le neurone actuel. Du coup, le nombre de candidats pour une préparation « à l'avance » est réduit. Il y a de très grandes chances que l'évolution de la situation passe effectivement par une des situations prédites (i.e., un des neurones préparés), auquel cas il n'y aura pas de transmission d'information vers les étages supérieurs. Grâce aux connexions réciproques, l'inverse est aussi possible. Si vous êtes attentif à la situation actuelle (parce qu'elle a activé vos cartes de plus hauts niveaux), alors la préparation de la « possible » situation future permet d'être informer plus vite lorsque cette situation a effectivement lieu (fig. 7.4). Cette préparation est différente de celle impliquée dans le paragraphe précédent. Ici, la quantité de neurotransmetteurs nécessaire pour passer dans l'état excité sera réduite (et non pas absence de transmission). Figure 7.4 – Attention générée par les connexions réciproques. Les connexions depuis les entrées sensorielles préparent la survenue d'une situation inattendue (1) ; tandis que les connexions réciproques préparent l'arrivée d'un événement attendu (2) (fig. 7.5). Figure 7.5 – Attention endogène et attention exogène. 1. Une situation «inattendue» est une situation qui n'a pas été prédite. Elle est donc traitée par des neurones qui n'ont pas été préalablement préparés. Ces neurones transmettent l'information aux neurones des cartes du niveau suivant, qui doivent en tenir compte. Si l'information reçue n'a pas été correctement prédite à ce niveau d'abstraction aussi, alors elle est transmise au niveau d'abstraction supérieur. Ce processus a reçu le nom d'attention exogène et explique pourquoi et comment des choses nouvelles attirent notre attention. A contrario, des choses qui se déroulent comme d'habitude ne génèrent pas d'attention de notre part. Dans ce cas, le processus à l'oeuvre a reçu le nom de filtre de nouveauté. Il est extrêmement utile, car à chaque instant ce sont des centaines de sensations qui nous assaillent. 2. Une situation est « attendue » lorsqu'elle appartient à l'activation multi-cartes impliquée par le concept actuellement actif (ce à quoi l'on pense à ce moment). Ce processus a reçu le nom d'attention dirigée (ou attention endogène) et explique pourquoi et comment nous faisons automatiquement attention aux choses dont nous avons conscience (cf. §conscience). L'attention endogène et exogène ne sont pas mutuellement exclusives. Au contraire, la plupart du temps, ces deux processus travaillent en synergie. Par exemple, l'attention exogène sélectionne quelque chose de nouveau et le fait « monter » vers les cartes de plus hauts niveaux, tandis qu'en parallèle l'attention endogène génère, à chaque niveau atteint, des retours vers les cartes précédentes afin de vérifier que ce qui est perçu est bien ce qui a été mémorisé. Ces allers-retours entre niveaux permettent de raffiner le traitement de la situation, de trier les « possibilités » (fig. 7.6). Figure 7.6 – Synergie des processus atentionnels. Rappelez-vous que la vitesse de traitement des neurones dépend de leur niveau d'activation initial et que tous les aspects d'une même situation ne sont pas d'égale intensité. Certains aspects vont donc exciter très rapidement certains neurones. Les aspects plus discrets mettront plus de temps à réunir une excitation suffisante – à moins que les connexions réciproques leurs facilitent le travail. Au final, les aspects nouveaux de la situation parviendront aux cartes de plus hauts niveaux après que les éléments familiers de la situation soient parvenus. La figure 7.7 montre une réalisation neuronale possible des processus attentionnels (endo et exo-gènes). L'action d'un neurone sur son voisin dans une même carte passe par un/des inter-neurone(s) inhibiteur(s). L'attention exogène est un processus localisé, puisque entre neurones obligatoirement voisins. A l'inverse, l'attention endogène implique les connexions réciproques excitatrices depuis les niveaux supérieurs vers les couches inférieures. C'est un processus diffus. Figure 7.7 – Modélisation neuronale des processus attentionnels. Le chapitre suivant « Pourquoi 6 700 langues sur cette planète ? » traite du langage, un cas d'école dans l'utilisation des attentions endogène et exogène. 8. Pourquoi 6 700 langues sur cette planète ? Comment est né le langage ? Première constatation, il est né souvent car il y a aujourd'hui 6 700 langues parlées dans le monde. Seconde constatation, il peut naître entre seulement deux individus. C'est le cas lorsque deux jumeaux inventent un langage à eux. Nous en concluons que le processus à mettre en place est simple. En fait, la partie « symbolique » est simple. Deux individus à côté l'un de l'autre vont vivre de facto la même situation. Si l'un d'eux génère un son à cet instant là, l'autre l'entend et ses neurones l'associent à cette situation. Plus tard, si dans une situation similaire, le même son est produit, alors il s'agit d'une régularité du monde réel qui sera mémorisée. A partir de ce moment, il suffit d'entendre ce son pour qu'il active les neurones codant la situation complète (son + image + odeur, etc) qui est donc immédiatement évoquée (fig. 8.1a). Figure 8.1 – Activation des éléments liés à une situation, incluant la prononciation (tant pour l'écoute que la verbalisation). Réciproquement, en vivant à nouveau la situation (image, odeur, etc.), le son devient disponible, il est émis (fig. 8.1). Si vous êtes seul, vous parlez tout seul. Si vous ne faites pas de bruit, alors vous vous parlez intérieurement. Si vous êtes accompagné, vous conversez. Bien évidemment, les mots que vous apprenez sont ceux dont vous vous servirez, ce sera votre langue maternelle. Comment le son devient-il disponible à partir de la seule vue d'un objet ? Au chapitre §TnC, nous avons montré comment à la vue d'un arbre, une succession de cartes auto-organisatrices s'activent et généralisent jusqu'à l'activation finale du neurone représentatif du concept « Arbre ». Nous avons vu au chapitre §Attention (attention endogène) que des connexions réciproques existent, qui partent de la carte de plus haut niveau d'abstraction pour alimenter la carte de niveau inférieur et activer les éléments fondateurs du concept – notamment le son associé. Auto-organisation et supervision Le langage est acquis – comme la lecture – en impliquant deux types d'apprentissage : l'auto-organisation et l'apprentissage supervisé. L'auto-organisation extrait les régularités des données qui parviennent à la carte, tandis que l'apprentissage supervisé réduit l'erreur entre la production de l'individu et celle de son entourage confronté à la même situation. La production (forme verbale) est entendue par celui qui parle. S'il y a sur la carte des sons entendus à cet instant deux foyers d'activation, alors il y a une différence entre le son mémorisé associé au concept et celui prononcé. Cette différence est une erreur. Au chapitre §comportement, nous avons vu comment deux cartes sont en synergie pour réaliser un comportement. Réduire l'erreur génère un comportement (celui de l'apprentissage supervisé) dont l'objectif est d'atteindre la situation but : le mot prononcé comme tout le monde ( (fig. 8.2). Figure 8.2 – Réduire l'erreur en production de la parole : un comportement dirigé. L'entrée sur la carte des actions est l'erreur entre les deux prononciations. La réponse de la carte sera la modification à réaliser pour que la prononciation soit plus juste. Il y a donc répétition de la prononciation jusqu'à ce que le but soit atteint : un seul cluster d'activité sur la carte des sons entendus. A chaque répétition de la prononciation, il y a modification des connexions entre mot entendu et mot prononcé (apprentissage). Cet apprentissage est automatique et auto-organisé, bien que l'on puisse le voir comme celui de l'apprentissage supervisé. Quelle est la nature des erreurs que fait l'enfant à ce stade ? L'arrangement spatial de la carte « concepts » pré-existe pour partie à l'action de l'apprentissage supervisé et l'une des erreurs réalisés par l'enfant est de se tromper de prononciation de mot et donc prononcer un mot de sens voisin (et non pas de consonance voisine) comme illustré sur la figure 8.3. Figure 8.3 – L'une des cause d'erreurs de prononciation lors de l'acquisition du langage. 9. La conscience : une simple verbalisation automatique ? Le chapitre sur l'attention (cf. § « Faire attention : pourquoi ? Comment ? ») explique pourquoi et comment les faits « nouveaux » génèrent une activation sur des cartes auto-organisatrices codant des niveaux d'abstraction élevés, tels que mots ou concepts. Nous pouvons en déduire qu'un fait « nouveau » est automatiquement associé à une activité neuronale sur la carte des mots (un neurone est activé). Comme cette carte est aussi associée à la prononciation des mots, il y a donc immédiatement prononciation ou verbalisation (fig. 9.1). Figure 9.1 – Verbalisation automatique. Un observateur dirait que c'est un réflexe appris au contact de nos congénères parce que dès notre plus jeune âge, notre entourage nous commente les situations que nous vivons ensemble et nous raconte ses activations internes (ce qu'il pense). Nous savons que la vraie raison est plus simple : les exemples qui ont organisés nos cartes de haut niveau (celles des mots) contenaient à la fois la situation et le mot prononcé. Nos cartes auto-organisatrices étant des mémoires associatives, chaque situation déclenche automatiquement le son associé (le mot). Cette « verbalisation » est automatique et découle des exemples qui ont organisés notre apprentissage. Associer un mot à une situation est la base de notre cognition. Ceci est particulièrement bien mis en évidence dans l'autobiographie de Helen Keller15. H. Keller est sourde-muette et aveugle, ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir un doctorat et donner des conférences dans le monde entier. Elle raconte avec beaucoup de précision et d'émotion l'instant où elle a dépassé une attitude « animale » vis à vis des situations vécues pour débuter une compréhension « humaine ». Nous pourrions a priori appeler cet instant magique de « prise de conscience ». Cet instant est celui où (après de multiples efforts de son professeur) H. Keller a compris le lien qui existait entre un code qui était tapoté dans la paume de sa main et une situation déterminée (dans ce cas précis il s'agissait de l'eau). Cette association « mot-situation » a été un révélateur et lui a permis d'accéder à la conscience, au langage, à la cognition. D'après ce que nous avons décrit, la conscience est une verbalisation automatique des situations parvenant à nos cartes des concepts ou des mots. Cette explication ôte toute incertitude à la notion de conscience, terme qu'il vaudrait mieux remplacer par celui de verbalisation. Une « verbalisation » est très différente de la définition que nous fournit le dictionnaire à la page « conscience ». Nous pouvons en déduire que la conscience est une illusion découlant de notre ignorance – ce que savaient déjà les Bouddhistes il y a 3 000 ans (cf §Bouddhisme). Nous verbalisons aussi bien les situations perçues du monde extérieur issues de l'attention exogène (cf. attention), que nos propres situations « intérieures » issues de l'attention endogène. Dans ce dernier cas, notre verbalisation reflète exactement nos pensées. La verbalisation consiste à plaquer sur une situation les mots qui la décrivent. Un discours est une succession de mots qui s'enchaînent. Au sein de notre cortex, des cartes auto-organisatrices ont mémorisées des séquences complètes de mots. Les séquences voisines dans le temps (c'est à dire dans le discours) sont codées par des neurones voisins de la carte. Faire un discours revient à activer des neurones voisins l'uns après l'autre, en choisissant à chaque fois le voisin le plus proche du but fixé (cf. Comportement). Il est donc normal que je ne sache pas quels mots je vais employer avant de parler – bien que je connaisse à l'avance le but de mon discours. Manipulation Nous sommes tous manipulables et manipulés. Notre mémoire activera plus facilement des mots qui ont déjà été prononcés ou entendus, et l'enchainement des mots que nous utilisons est conforme à l'enchainement des mots habituel dans notre environnement (entourage, TV, média). Cet enchaînement n'a rien à voir avec la logique, sauf si votre métier de professeur de logique vous met au contact d'exemples de logiques 18 heures par jour. Les vendeurs sont des spécialistes dans ce domaine et un argumentaire commercial bien construit se doit d'utiliser les bons termes, aux bons moments. Cette explication de la conscience fournit une base biologique à la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), un domaine injustement mal considéré par les scientifiques. Nos buts Il est important de prendre conscience que les buts constituent des phares de signal qui orientent toutes nos actions dans leurs directions. Ces buts (mode, pouvoir, beauté, argent, etc.) sont « artificiels » au sens où ils sont issus du hasard16 (chaque civilisation montrent des buts différents, voir opposés). La sélection « naturelle » a retenu les peuples dont les buts étaient les plus efficaces – pas les plus nobles ou les plus respectueux de la nature, ni même les plus agréables à vivre (ces buts pourraient même entraîner notre perte à tous). 10. Où a disparu le libre-arbitre ? Parvenu à ce chapitre, vous êtes convaincu que les comportements sont pilotés par des neurones, et que l'excitation de ces neurones dépend des entrées qu'ils reçoivent à travers les connexions qui les alimentent. Vous savez aussi que les connexions reliant deux neurones peuvent être peu nombreuses ou très nombreuses, excitatrices ou inhibitrices. Vous admettez de facto que l'excitation des neurones dépend du schéma de câblage qui les relie les uns aux autres et de la situation vécue actuelle telle qu'elle est perçue par les capteurs (qui sont les entrées du cerveau). Faisons une expérience fictive et imaginons que vous disposez du : 1.schéma de câblage de votre cerveau complet où chaque connexion entre deux neurones est décrite avec sa force et son signe (+ ou -), et que l'on vous donne aussi : 2.l'état d'activation électrique de votre cerveau maintenant (quels neurones sont excités, quels neurones sont hyperpolarisés, lesquels sont au repos), et 3.l'excitation neuronale correspondant à la perception de la situation dans laquelle vous allez vous trouver dans une seconde. Avec ces trois informations, vous êtes capable de savoir exactement quels neurones seront finalement actif après traitement de la future (dans une seconde) situation. Vous savez donc ce qui vous aller faire, dire, penser. Si vous savez cela à l'avance – une seconde avant – c'est que vos « décisions » dépendent uniquement du câblage, et de l'état d'activation résultant de la situation vécue. Je n'y vois aucun libre-arbitre et donc le libre-arbitre n’existe pas ! A chaque instant, les connexions entre les neurones actifs se modifient d'après la règle d'apprentissage proposée par D. Hebb. Grâce au schéma de câblage, il est facile de savoir quels vont être les neurones actifs et quelles connexions vont être mises à jour et de combien – pour peu que l'on sache exactement qu'elle est la situation perçue. Si nous sommes capables de connaître à l'avance les modifications à venir du schéma de connexions d'un cerveau, et que ces modifications dépendent uniquement de la situation vécue, alors nous disposons d'un schéma de câblage mis à jour pour la situation suivante, et la suivante de la suivante et ainsi de suite. Ceci peut être répété à l'infini. Si l'on admet que le foetus à la naissance ne sait pas grand chose (schéma de câblage vierge), alors la connaissance de la première situation vécue par celui-ci détermine la modification du schéma, lequel détermine le traitement de la deuxième situation vécue, qui modifie à nouveau le schéma de câblage, etc. En résumé, si nous connaissions exactement toutes les situations vécues par quelqu'un, alors nous pourrions disposer d'une copie exacte de son schéma de câblage neuronal à chaque instant de sa vie, et donc nous saurions à l'avance comment il va réagir. Cette personne n'aurait pas de libre-arbitre au sens où nous l'entendons. Cette personne, c'est vous – et moi aussi ! Nous sommes une cristallisation de nos expériences vécues. Ces expériences nous étant fournies par notre environnement, nous sommes donc la cristallisation de notre environnement. Notre cerveau n’est qu’une mémoire. Il se souvient de tout ce qu’il a rencontré et seulement de ça. Nous sommes donc quelque part une mémoire ambulante de ce qui s’est passé. Et nous perpétuons ce passé car que peut faire d’autre une mémoire ? Nous agissons donc sur notre environnement quotidien en référence avec ce passé. Comment une mémoire – même ambulante – peut-elle inventer et découvrir des choses nouvelles, faire preuve d'intelligence ? C'est ce que nous verrons dans le prochain chapitre « L'intelligence existe t-elle ? ». Je sais, parce que vous n'êtes pas la première personne à qui je présente ces conclusions, que l'absence de libre-arbitre choque. Le chapitre « §éthique » découle d'ailleurs de ce constat. En fait, la plupart d'entre nous sommes prêts à accepter l'idée que notre comportement dépend uniquement de notre passé – mais nous n'acceptons pas l'absence de libre-arbitre ! Lorsque nous réfléchissons avant de prendre une décision, c'est la preuve flagrante de notre libre-arbitre (même si nous sommes d'accord pour dire que la résultat de notre réflexion est prévisible pour celui qui dispose de notre schéma de câblage). Je propose donc de modifier la définition de libre-arbitre pour la rendre dépendante du temps de réflexion. Un individu fait preuve de libre-arbitre lorsque la décision qu'il prend nécessite un délai tel qu'obligatoirement des cartes de haut niveau d'abstraction, comme celles liées à la verbalisation, sont impliquées (cf. §conscience). L'implication des cartes de haut niveau d'abstraction signifie que la décision de l'individu peut être différente de la décision standard. La « décision standard » est la décision prise par une majorité d'individu placés devant le même choix. Sans cette implication des cartes de haut niveau – et donc des souvenirs personnels construisant les concepts par exemple – l'individu ne pourrait se démarquer de la décision standard. En d'autres termes, la décision standard découle d'un vécu commun partagé par une majorité, tandis que le libre-arbitre est associé à un vécu personnel. Le libre-arbitre dépend du niveau de connaissance dont dispose l'observateur (qui peut être nous-même) sur notre vécu. C'est parce que cette connaissance n'est pas complète que nous faisons appel à la notion de libre-arbitre. Le libre-arbitre en tant que tel n'existe pas ! C'est juste le témoin d'une méconnaissance. Qu'y a t-il après le libre-arbitre ? La capacité à mieux se comprendre et donc d'optimiser notre quête de bonheur personnel (cf. chapitre §heureux). 11 - L'intelligence existe t-elle ? A quel moment nous exclamons-nous : « Vaou ! Ca s'est intelligent ! » ? Ceci nous arrive de temps à autre, lorsque nous apprenons quelque chose de nouveau, comme une relation entre deux concepts que nous n'avions pas imaginée jusqu'à lors. Si nous partageons ce moment avec quelqu'un d'autre, il peut être en total désaccord avec nous, soit qu'il n'ai rien compris, soit qu'il le sache déjà depuis longtemps. En bref, nous faisons preuve d' « intelligence » en fonction du niveau de connaissance de l'observateur. Nous ne sommes pas intrinsèquement intelligent ou idiot ! Impossible alors d'acheter un kilo d'intelligence de plus afin de briller en société. Par contre, si vous choisissez de frayer avec des individus ignares dans votre domaine de compétence, il y a de bonnes chances pour que vous soyez qualifié d' « intelligent ». Comme le dit si bien le dicton : « au pays des aveugles, les borgnes sont rois ». Vouloir paraître « intelligent » est louable. Pour ce faire, il faut faire découvrir une nouvelle relation entre deux objets à votre interlocuteur, relation qu'il ne connaissait pas, mais qu'il comprendra et admettra. Vos connaissances sur le sujet doivent être plus détaillées, plus nombreuses et plus précises que les siennes. Sachant où vous voulez en venir (lien entre deux objets), et d'où vous partez (estimation de ses connaissances sur le sujet), il est facile de calculer un chemin sur votre carte des « connaissances ». Selon ses connaissances, vous décidez si vous devez passer par chacune des situations intermédiaires (connaissances intermédiaires) ou si vous pouvez en sauter quelques unes, voire la plupart. A chaque instant, vous vérifiez si la situation intermédiaire est atteinte (si la connaissance est acquise). Si ce n'est pas le cas, il vous faut recommencer, affiner, détailler... Ce processus n'est pas sans rappeler la réalisation d'un comportement à partir de la définition d'un but (cf. chapitre « La motivation, source de nos comportements ? »). C'est normal, c'est le même processus. Dans un cas, les situations sont celles du Monde extérieur perçues par vos capteurs ; dans l'autre cas, il s'agit de situations du monde des connaissances extrapolées à partir des informations que vous envoie votre interlocuteur (ses mimiques, ses questions, etc.). La mise en relation des deux objets jusque-là indépendants passe par la création sur une carte de niveau supérieur d'un neurone actif pour l'un et l'autre objet en même temps (fig. 11.1). A l'avenir, l'activation de l'un des neurones (objet 1) activera automatiquement l'autre neurone (objet 2). La découverte de la relation est un moment extra-ordinaire puisqu'il y a réduction de l'activation neuronale du fait de la synchronisation entre les activations générées par l'objet 1 et celles dues à l'objet 2. Cette réduction d'activation est une discontinuité dans notre fonctionnement neuronal qui automatiquement laisse place à la verbalisation, puisqu'il n'y a pas d'autres activités que celle du neurone codant la relation. Cette mise en relation est à la base des processus impliqués par le raisonnement et la logique (cf. §18). Figure 11.1 – Un trait d'intelligence : un relation entre deux objets jusqu'à lors dissociés. Tests de QI Ces tests mesurent uniquement ce que nous savons faire. Par définition, eu égard au fait que nous sommes une mémoire, si nous savons le faire c'est que nous l'avons déjà fait. Ces tests couvrent un large éventail de capacités « intellectuelles ». Les « jeunes » obtiennent de meilleurs scores que les personnes plus âgées, pourquoi ? Le cerveau vieillit (cf. Vieillissement), mais ce n'est pas la cause essentielle. Comme le cerveau est une mémoire, il est représentatif de notre expérience, notre vécu : Dans le cas des « jeunes » cette expérience est très limitée. Ne sachant rien faire de précis (ils sont encore à l'école ou en sortent à peine), ils montrent un profil de performances moyen partout. A l'inverse les « âgés » ont derrière eux une longue expérience, un métier dans lequel ils excellent. Dans les domaines liés à leur métier (ou à leur hobby), ils sont excellents – par contre dans tous les autres domaines, leurs performances sont mauvaises. Plutôt que « bonne » et mauvaise », il est plus utile de considérer leurs performances selon le critère de l'utilité par rapport à leur vie quotidienne. Dans ce cas, les « âgés » montrent des performances optimales : doués dans ce qu'ils font tous les jours, mauvais dans ce qu'ils ne font jamais. Avec cet éclairage, les « jeunes » - moyens partout – ne sont adaptés à rien de particulier (mais heureusement capables d'apprendre). En bref, plus votre QI est élevé, plus vous êtes jeune et incapable (pour ceux qui n'y verraient pas une pointe d'humour, rendez-vous au §Humour). Faciliter les éclairs de génie : Le stress (cf. §maladie) induit une libération d'Adrénaline qui a pour effet de faciliter l'activation des neurones et donc le nombre de neurones impliqués à un instant donné. C'est l'occasion de découvrir de nouvelles relations entre divers éléments. 12. Qu'est-ce que la joie, la peur ? Les colonnes corticales sont organisées en carte. Il y a de très nombreuses cartes, chacune extrayant les régularités présentes dans les informations qui lui parviennent. Les neurones voisins d'une même carte représentent des informations voisines. Ces cartes sont de taille finie, ce qui signifie que le nombre de colonnes corticales qui les composent est limité. Il y a donc des bords aux cartes corticales, c'est à dire des zones où les colonnes corticales n'ont plus 4 voisins, mais seulement 3 ou 2 (fig. 12.1). Figure 12.1 – Les émotions : des effets de bord des représentations corticales. Les neurones qui sont sur les bords d'une carte représentent donc la limite de ce qui a été mémorisé à ce niveau. Une situation « ordinaire » activera un neurone « central » de la carte, une situation extra-ordinaire (c'est à dire qui n'est encore jamais arrivée) activera un neurone appartenant au bord de la carte. Ce neurone ne codera pas exactement la situation telle qu'elle se présente, mais ce sera certainement le neurone codant la situation la plus proche de la situation extra-ordinaire (parmi toutes celles mémorisées). Il y aura donc une erreur considérable dans le codage de la situation réelle, ceci ne peut être évité. Avec l'expérience, c'est à dire la répétition de la présentation de cette situation extra-ordinaire, des neurones vont se spécialiser dans son codage et l'erreur va se réduire. Il y aura apprentissage au fur et à mesure que cette situation extra-ordinaire cessera de l'être (fig. 12.2). Figure 12.2 - Une situation nouvelle induit une émotion que la répétition de la situation fera disparaître. La situation extra-ordinaire excite des neurones sur le bord des cartes auto-organisatrices. Cette situation étant nouvelle, à aucun moment l'excitation neuronale qui lui est associée ne se synchronise avec un « souvenir ». L'excitation neuronale associée parvient donc aux plus hauts niveaux, et de là aux cartes sensori-motrices pilotant les muscles. L'activation initiale étant par définition extra-ordinaire (c'est à dire anormale), il en va de même de l'excitation du cortex sensori-moteur. Si vous observez quelqu'un vivant une telle situation anormale (pour lui), vous constaterez que sa bouche s'ouvre, ses yeux se plissent et son corps est agité de soubresauts. Si vous ne l'entendez pas, il vous sera impossible de dire s'il pleure ou s'il rit. Il pourrait même s'agir d'un rire nerveux, du genre de celui qui vous prend en plein milieu d'une oraison funèbre et qui vous fait souhaiter disparaître dans un trou de souris. Nous en concluons que dans une situation extra-ordinaire, le corps se comporte toujours de la même manière extra-ordinaire. La différence entre la joie et la peur se fait par rapport au contexte. Un contexte dangereux et c'est la peur. Un contexte rassurant et c'est le rire. Le rire est une composante de l'humour, mais ce dernier résulte d'un processus plus complexe, comme nous le verrons dans le chapitre suivant « Faire de l'humour 100% efficace ? ». Parmi les grandes peurs, il y a la mort. Mais cette peur-là nous pouvons nous en débarrasser (cf. « Sommes-nous immortels ? »). Pour éprouver de la joie, il faut donc vivre des situations qui sont hors limite par rapport à celles dont nous avons l'habitude, et il faut être serein. Parmi les gens les plus sereins de la planète, il y a les Bouddhistes. Au chapitre « Pourquoi le Bouddhisme à 3 000 ans d'avance ? », nous saurons pourquoi. Le dernier chapitre « Comment être plus heureux ? » propose un cahier des charges à respecter pour augmenter nos occasions d'être heureux et de rire. Les enfants rient beaucoup, les adultes moins et parfois les personnes âgées plus du tout. Ceci s'explique par le fait que : 1.Les enfants créent leurs cartes et les étendent. Partis de rien, ils sont toujours « hors limite ». 2.Les adultes ont leurs cartes bien organisées, mais ils s'accordent des moments de vacances pendant lesquels ils font autre chose que ce qu'ils font d'habitude. Ces moments-là sont donc particulièrement propices à l'apparition de situations hors-limites : ils découvrent de nouveaux lieux, entretiennent des relations avec de nouvelles personnes, changent d'habitude. 3.Les personnes âgées – nombre d'entre elles hélas – protègent leur corps en installant des routines17 et en respectant des habitudes précises. Bien évidemment, il s'agit d'éviter la nouveauté et donc le risque, mais elles y perdent leur autonomie et la joie (cf. « Est-ce qu'on vieillit ? »). 13. Faire de l'humour 100% efficace ? Pourquoi est-ce que nous rions parfois ? Scott Adams, célèbre et prolifique cartooniste américain, est le père de « Dilbert ». Dans un de ses livres18, il nous donne sa méthode pour réussir un trait d'humour. Il définit 6 dimensions : 1.mignon (cuteness) 2.méchant (meanness) 3.bizarre (bizarreness) 4.reconnaissable (recognizability) 5.sale (naughtiness) 6.malin (cleverness) et son axiome est que si ce que vous proposez est une exagération dans 2 parmi ces 6 dimensions alors ce sera perçu comme drôle (fig. 13.1). Une seule dimension n'est pas suffisante, tandis que trois n'apportent rien de plus. Figure 13.1 – Parmi les 6 dimensions disponibles pour créer de l'humour, au moins 2 sont nécessaires. Fort de notre compréhension de la TnC, nous pouvons voir que si la situation que vous imaginez est une exagération dans une seule de ces dimensions, alors elle sera perçue telle quelle, Elle sera en dehors de la carte, mais vous pourrez sans problème discerner ce qui a été exagéré, et aussi localiser le point de départ. Par contre, si la situation met en jeu 2 dimensions, alors il y a 2 cartes et 2 exagérations. A priori, l'une et l'autre n'ont aucun rapport et vous ne pouvez pas trouver de "chemin" explicatif qui partant de l'une, fasse apparaître l'autre comme normale. Vous êtes donc surpris et désarçonné ! La réponse comportementale à la surprise est ici le rire. Dans d'autres cas, c'est la fuite, la peur, l'attaque, l'intérêt... Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ici ma blague préférée (héritage de mon directeur de thèse) afin de mettre en lumière notre nouvelle connaissance. Dans marigot de la jungle équatorial, écrasé sous le soleil, rien ne bouge tellement il y a de lumière et de chaleur, pas une ride sur l'eau, pas un bruit, rien ! Deux hippopotames font la sieste côte à côte, lorsque l'un dit à l'autre : « je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'on est déjà mercredi ». D'après notre grille d'analyse, cette blague contient une exagération des dimensions : (2) : des animaux plutôt mignons (hippopotames) parlent, (4) : leur préoccupation (le temps file trop vite) ressemble à des choses que nous avons déjà entendues, mais certainement pas dans ce contexte. Si nous enlevons les animaux pour y mettre des hommes, la blague ne fonctionne plus. Si nous enlevons le caractère reconnaissable du discours (en remplaçant par quelques chose de typiquement animal comme « j'ai faim »), ça ne fonctionne plus également. Dans cet exemple, deux dimensions exagérées sont effectivement nécessaires pour obtenir un trait d'humour 14. L'amour, c'est quoi ? Nous sommes la mémoire de notre environnement. Comment une mémoire peut-elle avoir des sentiments amoureux ? Répondre à cette question, c'est prendre une grande responsabilité. Doit-on oser démystifier l'Amour ? L'Amour est considéré comme l'un des grands objectifs d'une vie d'homme. C'est une apothéose. L'Amour se différencie du mariage, ce n'est pas un contrat mais une émotion, un sentiment. Si nous y accordons autant d'attention, c'est que l'état amoureux est considéré comme très agréable et que la recherche du bonheur est un droit19. Pour un observateur, quelqu'un d'amoureux prête énormément d'attention à l'objet aimé. Il le regarde, l'écoute, se rappelle ce qu'il dit ou fait. Il envisage le futur à ses côtés, acquiesce aux désirs de l'autre et met une sourdine à ses propres envies. Il essaye de devancer ses besoins et essaie par tous les moyens de rendre la vie de l'autre plus agréable (ce qui inclut le sexe). La personne qui se livre à ce type de comportements est-elle réellement amoureuse ? En tant qu'observateur, nous n'en savons rien. Parfois, la différence de niveau des comptes en banque respectifs nous laisse croire à la vénalité d'un des deux protagonistes... Toujours est-il que l'inverse – une personne qui ne fait pas attention à l'autre – définit l'absence d'amour. Le chapitre sur l'attention exogène (cf. §8) nous a expliqué pourquoi et comment une situation extra-ordinaire, ou imprévisible, attire irrémédiablement notre attention. Parmi toutes les personnes que je croise, je vais faire attention à ceux qui me surprennent parce qu'elles ne font pas partie de mon quotidien. Mais dans le même temps, cette situation (la personne) parvenue au plus haut niveau de mes cartes corticales doit entrer en résonance avec mon vécu – de la même façon que nous découvrons de nouveaux liens entre deux objets jusqu'à lors séparés (cf. « Intelligence »). En effet, s'il n'y a pas synergie et baisse concomitante de l'activation neuronale, alors la personne rencontrée est effectivement un étranger sans autre intérêt pour nous. Si la rencontre d'une personne nouvelle se solde par un « Vaou ! », alors ce que vous voyez en elle résonne avec des choses que vous avez mémorisées dans le passé. Cela s'appelle un « coup de foudre ». Premier constat : les coups de foudre sont prévisibles pour qui connait votre histoire. Ils impliquent une personne qui n'appartient pas à votre quotidien. Par exemple, les grandes blondes flashent sur les hommes petits et bruns – plutôt rares au pays des Vikings. Ils impliquent aussi une personne dont certains aspects rappellent ceux de votre quotidien, puisqu'il doit y avoir résonance avec votre vécu. Un conseil pour les dragueurs : avoir l'air différent tout en étant classique ! Il est facile de comprendre comment une personne peut avoir l'air différente de toutes autres : look, allure, taille, couleur, manières, etc. Il est tout aussi facile de comprendre pourquoi une personne résonne en nous et pas les autres : la voix me rappelle... la couleur de ses cheveux est la même que... son sourire m'évoque... Une mémoire peut donc avoir un coup de foudre. Comment faire maintenant pour qu'elle montre un comportement amoureux ? Facile : votre « coup de foudre » obtient de fait votre attention, et comme l'activation neuronale que génère sa « différence » est en permanence réduite par son adéquation avec votre « attente », le processus se renforce. Plus je fais attention à l'autre et plus je me sens bien ! Vous voyez l'autre de plus en plus souvent, et donc de plus en plus de vos neurones sont partie-prenante de situations (souvenirs) qui l'impliquent. Bientôt, je pense continuellement à l'autre, qu'il soit présent ou absent. En effet, les neurones associés à des souvenirs l'impliquant sont nombreux et ils ont besoin de s'activer de temps à autres. Lorsqu'ils le font, ce sont des souvenirs liés à l'autre qui surgissent à ma conscience (plus exactement, que je verbalise – cf. §conscience). Evidemment, en pensant ou vivant continuellement avec l'autre, je vis de très nombreuses situations l'impliquant. Ces situations modifient certaines de mes cartes corticales, qui deviennent très précises dès lors qu'il s'agit d'analyser l'autre. Avant n'importe qui, je saurai s'il/elle va bien ou pas. Je saurai mieux que quiconque, ce qui lui plaît ou ne lui plaît pas, etc. Ce genre de capacités nous permet d'être extra-ordinairement prévenant avec l'autre, à un niveau auquel il/elle ne peut pas être habitué(e). Nos actions entreront en synergie avec ses attentes. Il/elle y trouvera du plaisir, il/elle y fera attention, ce faisant il/elle fera plus encore attention à nous et l'amour que nous lui prodiguons nous sera donc rendu. Il y a un risque associé à une telle fusion : en cas de disparition de l'autre, celui qui reste peut être sujet à une dépression réactionnelle (cf. §maladies). L'amour peut-il résister au temps ? C'est ce que nous verrons dans le prochain chapitre « Comment rester en couple ? ». 15. Comment rester en couple ? Bonne question, surtout que je suis un spécialiste : je viens de divorcer. Mais, si vous faites ce que je dis et non pas ce que je fais... Pour vivre en couple, il faut de l'amour. Nous avons vu au chapitre précédent que l'amour est fait d'attention. Il faut donc faire persister cette attention d'un jour sur l'autre. C'est difficile puisque nous sommes une mémoire, et que nous faisons attention à ce qui est nouveau – pour aussitôt le mémoriser. Par définition, ce qui est nouveau aujourd'hui ne le sera plus demain. Pour garantir une attention renouvelée chaque jour, nous devons donc innover chaque jour dans nos actions vers l'autre. Comment ? Ce n'est pas si difficile, il suffit de se rappeler que nous apprenons tous les jours, et donc nous changeons un peu tous les jours. Ce qu'il faut donc c'est montrer que nous avons (un peu) changé. Je ne pense pas au physique, mais plutôt au « mental ». Les choses qui nous faisaient peur, ne nous font plus peur. Les choses qui nous passionnaient, ne nous passionnent plus. Les choses qui nous étaient indifférentes, nous intéressent, etc. Evidemment, il faut maintenir certaines régularités dans notre comportement, et surtout les attentions que nous portons à l'autre. Mais si lui aussi fait des efforts pour évoluer, ce sera facile. Il y aura toujours quelque chose à découvrir, à mettre à jour, à oublier. Bref, point n'est besoin de se renier pour changer. L'idée n'est pas de se transformer jusqu'à ne plus se ressembler. Il s'agit juste d'admettre l'idée que nous apprenons tous les jours, que nous changeons, et que ce changement est la garantie d'un intérêt renouvelé de l'autre pour nous. Il est important de noter que c'est un jeu qui se joue à deux. Si l'un change et pas l'autre, la relation devient déséquilibrée. Cela ne veut pas dire que celui qui ne change pas ne fait pas d'effort pour l'autre, juste que l'autre ne pourra pas naturellement être autant impliqué. Il devra se forcer pour faire attention, ce qui n'est pas de bonne augure. 16. Comment caresser avec brio ? Je viens de terminer un petit fascicule sur le sujet20, dont je vous livre ici la substantifique moelle. Il y a deux objectifs à la caresse, soit l'apaisement, soit l'excitation. Celle qui demande le plus de connaissance est la première. Comme vous êtes désormais informé de l'organisation corticale (cf. §3), vous allez facilement comprendre les bases neuronales impliquées. L'Homonculus est la représentation sur le cortex sensoriel du corps (fig. 3.5). Cette représentation respecte la densité des capteurs, c'est pourquoi les régions très sensibles du corps (lèvres, doigts) occupent une plus grande surface corticale que les régions moins sensibles (dos, jambe). De plus, la représentation corticale respecte la continuité : ce qui est voisin au niveau du corps est voisin au niveau du cortex. Depuis les travaux de W. Penfield en 1950, qui a découvert la représentation corticale du corps (Homonculus) à l'occasion d'opérations de neurochirurgie, nos connaissances ont progressé et permis de corriger quelques petites erreurs. Ainsi la représentation corticale des organes génitaux (pénis et clitoris) qu'il a cru complètement à part, sont en fait là où nous les attendons : entre le haut des cuisses et le bas du ventre. Seconde correction, la jonction (au niveau cortical) entre la face le reste du corps a lieu entre les lèvres et le pouce – rappelez-vous que déjà dans le ventre de sa mère le foetus suce souvent son pouce. Ces deux sensations sont donc associées très tôt. Il est normal qu'elles soient voisines au niveau du cortex. La caresse est perçue comme apaisante lorsqu'elle réduit l'activation neuronale globale du cerveau. Le toucher attire l'attention (attention exogène) et stimule les neurones correspondant au niveau de l'Homonculus. Les neurones voisins sont activés en retour (attention endogène) et permettront une remontée d'information plus rapide – nous pouvons considérer l'attention endogène comme une prédiction. Si le toucher s'est déplacé et a effectivement atteint la région de la peau prévue, alors il y a synchronisation entre la prédiction et la perception. L'activation neuronale impliquée par la caresse s'arrête. Si la personne qui est caressée s'endort, c'est normal car le moment est propice : son cerveau traite moins d'information que d'habitude. A chaque instant, le cerveau prédit que la prochaine région touchée sera une région voisine de celle actuellement caressée. Si votre caresse respecte cette prédiction, alors elle est apaisante. Pour bien faire, votre vitesse de déplacement sur le corps de votre partenaire doit tenir compte de la surface occupée au niveau du cortex. Le nombre de neurones représentant le pouce est équivalent à celui des neurones représentant le dos. Le nombre de neurones « voisins » est donc équivalent. La prédiction implique de passer par tous les voisins : il faut donc que vous mettiez autant de tant à caresser le pouce que ce que vous mettez à caresser le dos ! La caresse apaisante est celle qui respecte la prédiction réalisée par le cortex. Quelques détails qui ne sont pas visibles sur l'Homonculus : - Chaque côté du corps (droit et gauche) est connecté à l'hémisphère cérébral opposé (respectivement gauche et droit). Ceci signifie que si votre caresse passe d'un côté à l'autre du corps, la stimulation neuronale change d'hémisphère. La continuité de la représentation corticale n'est pas respectée. Pensez à caresser un seul côté à la fois. - Pour caresser le dos, il faut partir de dessus du gros orteil, puis le dessus des autres doigts de pied, le dessus du pied, le devant de la jambe, le genou, le côté extérieur de la cuisse, la fesse, le dos, l'épaule, l'extérieur du bras, le coude, l'avant-bras, le dessus de la main, le petit doigt, les autres doigts, le dessus du pouce, les lèvres, le visage (fig. 16.1a, gros pointillés). - Pour caresser le ventre, il faut partir de l'intérieur du pouce, ou de dessous le pied (fig. 16.1, petits pointillés). a b Figure 16.1 - La caresse apaisante doit respecter la continuité de la représentation du corps sur le cortex. (a) Homme nu les bras écartés. (b) Homme debout, vue de dos. Léonard de Vinci (vers 1507), Windsor, Royal Library La caresse excitante est celle qui est destinée à « réveiller » le partenaire. Il s'agit donc de créer le plus possible d'excitation neuronale. Nous sommes aidés par la prédiction (attention endogène), qui place les neurones voisins (prédits) dans un état d'excitation préparatoire. Si nos caresses ne respectent pas continuité et vitesse, alors les neurones excités seront ceux où notre main est passée, plus les neurones prédits. Quelques astuces pour être imprévisible : sauter d'un côté du corps à l'autre (droite/gauche et vice versa), sauter d'une zone à l'autre (du pied au ventre, du ventre à la main, etc.), accélérer ou ralentir sans respecter le rythme suggéré par la densité des capteurs des zones concernées Avec des caresses variées, il est possible de multiplier le nombre de neurones actifs par rapport à ceux effectivement touchés. Attention, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. La caresse excitante a pour but de réveiller, stimuler et synchroniser les partenaires. Comme l'homme et la femme sont différents, au niveau physique comme au niveau mental, il faut en tenir compte. Le chapitre « Quelle est la différence entre un homme et une femme ? » explique ceci en détail. Pour l'instant, ce qu'il faut savoir dans le cadre d'une caresse excitante, c'est que l'objectif final est le sexe (cf. « Le sexe, c'est quoi ? ») et que l'homme et la femme ne sont pas identiques. Il faudra beaucoup plus de temps pour exciter une femme qu'un homme, car l'homme sera très sensible à la localisation de la caresse, tandis que la femme sera très sensible au timing et à l'imprévu. Madame ou Mademoiselle devra donc cibler ses caresses, tandis que Monsieur se devra de prendre tout son temps et veillera à être toujours imprévisible dans ses caresses. Le chapitre suivant « D'où viennent les tabous ? » peut nous aider à une sexualité plus harmonieuse, nous y découvrirons comment une mémoire peut inventer et respecter des tabous et autres formes de censure. 17. D'où viennent les lois, les tabous, les préjugés ? Dans notre vie, il y a des choses que nous ne devons faire ou ne pas faire. Selon la proportion de la société qui adhère à l'interdit ou à l'obligation, nous distinguons la loi, le tabou et le préjugé. Les lois évoluent continuellement, elles sont spécifiques d'une société à un instant. Elles sont la plupart du temps en retard sur le consensus local et ne font qu'entériner des situations de fait. Ce qui était interdit hier devient autorisé, et ce qui était autorisé devient interdit. Passez la frontière et les choses changent. Les lois sont faites par les Hommes afin de garantir la paix sociale. Il s'agit d'assurer la pérennité de la société, en évitant les troubles. Les troubles sont des « discontinuités » au sein de la société qui sont inévitables puisque les Hommes changent (cf. vivre en couple). Hommes et femmes changent parce qu'ils sont des mémoires. Comme ces mémoires apprennent, elles se modifient continuellement. Leurs motivations et leurs moyens d'actions dépendent de leur mémoire (cf. comportements motivés), laquelle cristallise un environnement en perpétuelle évolution. Certains changements ont lieu plus tôt ou plus vite dans certains milieux sociaux. Selon que les résultats sont des discontinuités de taille réduite (que l'on peut qualifier d'évolutions), ou des discontinuités de taille importante (que l'on peut qualifier de révolutions), la loi s'adaptera aux premiers et évoluera pour éviter autant que faire ce peut les seconds. Les lois sont faites par les hommes, par leur cortex en fait. Le législateur, spécialiste des situations de crise, recherche les actions qui permettront de passer de la nouvelle situation «socialement instable » à une situation-but « socialement calme ». Son objectif est la « paix sociale ». Si la distance est grande entre la situation actuelle et la situation-but (parce que la loi évolue lentement ou que l'environnement évolue rapidement) alors il faudra passer par des situations intermédiaires. Ce n'est plus un nouvel article de loi qui est promulgué – mais un arsenal de lois. Les lois n'ont pas de lien direct avec les concepts de Justice ou d'Equité. Elles dépendent de l'expérience de ceux qui les écrivent et les votent. Si leur vécu étaient différents, les solutions retenues (les lois) seraient différentes. Les lois dépendent aussi de l'évolution de la société. Cette évolution est soumise au hasard. Certaines découvertes engagent la société dans une direction, certains accidents géologiques ou climatiques nous poussent dans une autre direction, etc. Bref, les lois des Hommes sont destinées à maintenir le status quo dans une société d'individus doués de mémoire en interaction avec un environnement changeant. Pas de doute que les lois soient mal faites et qu'il faille souvent revenir à l'Esprit de la Loi, plutôt qu'à la version littérale, pour être efficace. Les tabous sont des choses que nous ne faisons pas, parce que personne ne les faits. Nous n'en connaissons pas les causes, mais nous le respectons « par habitude ». Certains tabous sont universels – tel que celui de l'inceste, dont nous savons aujourd'hui qu'il permet de réduire les risques liés à la consanguinité (augmentation des maladies génétiques). Certains tabous peuvent être repris par la loi qui renforce ainsi leurs efficacités (l'inceste est puni par la Loi française). La différence entre un tabou et un préjugé est limitée au fait qu'un préjugé est personnel et ne représente pas ce que pense la majorité, tandis qu'un tabou est commun à une société, parfois à toutes (exemple : l'inceste). Peut-on s'affranchir des tabous ? Pour pouvoir le faire, il faut déjà reconnaître qu'il s'agit d'un tabou. Ce n'est pas si facile car si personne ne fait la chose interdite par le tabou, comment savez-vous qu'une telle chose est possible ? Il faudrait avoir de l'imagination, puis se rendre compte que la chose – bien que non dangereuse – est interdite. Tabou robotique Une expérience avec un bras de robot couplé à une carte auto-organisatrice peut nous aider à illustrer ce point. L'un des problèmes de la robotique est que le robot atteint une position à partir de mouvements d'articulation réalisés par les moteurs (r1, r2, r3), tandis que nous visualisons l'espace en coordonnées cartésienne (x, y et z). Il faut donc transformer les coordonnées cartésiennes données par l'opérateur en coordonnées « robot ». Pour la robotique, ceci implique des calculs complexes (inversions de matrices). La solution de la biologie est différente. Il suffit d'apprendre en laissant le bras de robot se déplacer aléatoirement la correspondance entre les coordonnées (r1, r2, r3) et (x, y, z). Par exemple, ce qui a été fait, c'est d'accrocher une ampoule lumineuse au bout du bras de robot et 3 cellules photovoltaïques sur les murs (fig. 17.1). Selon la position de la lampe, chaque cellule reçoit plus ou moins de lumière. Chaque position dans l'espace ne correspond qu'à une configuration de valeurs (x, y, z). Pour obtenir les coordonnées (r1, r2, r3), on ajoute aux moteurs un capteur d'angle de rotation. A chaque instant, la carte auto-organisatrice est alimentée par les 6 coordonnées (x, y, z, r1, r2, r3) de la position. Après quelques heures d'apprentissage pendant lesquelles le robot se déplace aléatoirement, il est possible d'obtenir la correspondance entre coordonnées cartésiennes et robot. Si vous changez la position de l'ampoule, l'extrémité du robot va suivre. Si vous observez la carte auto-organisatrice, vous voyez les trajectoires que fait le robot (fig. 17.2). S'il y a un obstacle dans l'espace de travail du robot durant l'apprentissage, alors le robot n'a pas pu y aller et la carte auto-organisatrice ne contient aucune donnée correspondant à cette zone. Il est impossible au robot lors de ses déplacements de passer par cette zone, même si l'obstacle n'y est plus et même si l'expérimentateur met l'ampoule lumineuse à cet endroit. Cette zone n'existe tout simplement pas pour le robot ! Figure 17.1 – Bras de robot et carte auto-organisatrice. Figure 17.2 – Absence de codage pour les obstacles dans l'espace du robot. Comment faire quelque chose que personne ne fait ? En tant que mémoire, il est facile de refaire ce qui a été vu, entendu, ressenti – pratiquement impossible d'innover, c'est à dire trouver des manques dans la carte codant les situations. En plus, même si vous vous adonnez au tabou, vous le ferez seul car qui d'autre va suivre ? Certains tabous sont très connus, comme celui de la nudité dans la société française du XXIème siècle. Il a subi durant le siècle précédent quelques assauts, mais se maintient. La nudité étant « tabou », voir une fille dévêtue est rare et donc attirera notre attention. Les publicitaires en usent et en abusent, de même que les cinéastes, les animateurs de télévision et les créateurs de mode. Bref, sous le couvert de provocation, ces gens-là s'assurent que nous voyons bien ce qu'ils ont à nous vendre. Tous les Français au sortir de l'enfance respectent ce tabou de la nudité. Puis, les années passant, petit à petit, quelques uns d'entre eux vont constater que ce tabou n'apporte rien, voire limite leur qualité de vie, et vont s'en passer. Nous les retrouverons par exemple sur les plages naturistes, où il sera facile de constater que le gros des bataillons à une solide expérience de la vie derrière lui. Ce n'est pas un hasard. En effet, comment connaître les avantages et désavantages liés à une chose qu'on ne fait pas ? Il faut du temps pour que nous trouvions dans notre quotidien des opportunités d'essayer que nous saisirons – beaucoup de temps ! Ces opportunités sont grosso modo proposées à tous de manière équitable, pourtant peu d'entre nous les saisissent. Seuls ceux qui les voient peuvent le faire, les autres ne sont pas prêts. A la différence d'un tabou, le préjugé est partagé par une minorité de personnes dans votre société. De fait, il est socialement valorisé de se débarrasser de ses préjugés (et à l'inverse de respecter les tabous). Connaître ses préjugés est facile : votre entourage se fera un plaisir de mettre en évidence tout ce qui n'est pas normal dans votre comportement. Cela peut être la phobie des araignées, le peur de la différence (racisme), ou l'infatuation (lorsque votre ego ne peut pas rentrer dans la même pièce que vous parce qu'il est trop gros). Comment perdre ses préjugés ? Comment les avez-vous eu ? Qui vous les a transmis ? Pourquoi les avez-vous respecter ? Un préjugé est un jugement trop rapide d'une situation, qui ne laisse même pas le temps d'analyser effectivement la situation. Du coup, aucune réelle nouvelle expérience ne peut avoir lieu, et le préjugé persiste. Il suffit pourtant de vivre quelques situations en rapport avec votre préjugé, pour que votre cerveau emmagasine quelques informations complémentaires qui permettront une véritable analyse lors des prochaines situations. Vous avez peur des araignées : intéressez-vous à elles ! Faites un effort, ça vaut le coup. 18. Raisonner sans logique ? Comme nous l'avons vu au chapitre sur l'intelligence (§11), comprendre quelque chose, c'est prendre connaissance d'une relation entre éléments jusqu'à lors indépendants. Il s'agit de deux informations dont l'activation de l'une (sur une carte auto-organisatrice) n'active pas le neurone codant pour l'autre et réciproquement. Lorsque j'ai compris, et appris, alors l'activation de l'un des neurones active automatiquement l'autre. Une succession d'activations, débutant avec l'information initiale et se terminant avec l'information finale, doit être créée. Ceci ne peut être obtenu que si chacune des actions (mentales) appliquées a pour résultat un neurone et un seul finalement actif (représentant d'une connaissance intermédiaire). Une action dont le résultat aboutit à de nombreux neurones actifs ou aucun, n'a pas d'avenir. Les actions mentales disponibles ont obligatoirement été vécues. Elles correspondent à des actions classiques de manipulation des informations du Monde, et permettent de savoir si des informations sont : identiques, différentes, semblables, complémentaires, nouvelles. Ces actions proposent aussi de réaliser des opérations spatiales sur les informations telles que rotation ou homothétie, etc. Actions de comparaison entre deux informations sur une même carte auto-organisatrice (fig. 18.1) : Identique : l'activation générée par l'une et l'autre se recouvre entièrement. La première information est présentée, l'activation correspondant sur la carte devient une hyperpolarisation. La seconde information arrive sur la carte, rien ne se passe (il y a pas d'activation créée). Différente : l'activation générée par l'une et l'autre sont différentes. Lorsque la seconde information arrive sur la carte, de nouveaux neurones sont activés (il y a beaucoup d'activations créées). Semblable : l'activation générée par l'une et l'autre se recouvre en grande partie. Lorsque la seconde information arrive sur la carte, certains neurones voisins sont activés (il y a peu d'activations créées). Figure 18.1 – Comparer 2 informations avec une même carte corticale. Actions de complétude impliquant une carte auto-organisatrice de plus haut niveau (fig. 18.2) : Une information active sur une carte de plus haut niveau les concepts auxquels elle est liée. Les connexions réciproques en provenance de la carte de plus haut niveau activent alors sur la carte initiale les autres informations moins (soustraction) l'information initiale (qui depuis est passée dans un état hyperpolarisé. Ces informations sont les «complémentaires». Par exemple, si l'activation initiale est homme, alors l'un des concepts liés est humain et les activations résultantes correspondent à femme, enfant, animal, avec un décours temporel dans l'activation (animal sera plus long à s'activer que femme). La carte initiale propose automatiquement les informations complémentaires de la plus proche à la plus éloignée, les unes après les autres. Si ensuite une seconde information est reçue par la carte, et que rien ne se passe, il s'agissait d'une information complémentaire, dont la proximité peut être déduite de l'intervalle de temps qui sépare la présentation des deux informations. Figure 18.2 – Compléter une information avec une carte corticale. Actions de transformation impliquant une carte auto-organisatrice « motrice » (fig. 18.3) : La carte motrice est celle impliquée dans la réalisation des comportements (§6). L'activation due à la première information est modifiée à partir du retour de la carte des (Situation finale – situation initiale, action). Rotation : Si cette action est une rotation, alors la variation correspondante est appliquée. Situation initiale + (Situation finale – situation initiale) = situation finale après rotation. Homothétie : Il suffit que l'action choisie soit une homothétie, on applique alors la variation de situation associée... Figure 18.3 – Transformation des données avec une carte « motrice ». Actions de manipulation impliquant plusieurs cartes auto-organisatrices (fig. 18.4) : Le raisonnement déductif va du général au particulier. Il tire les conséquences d'une loi, d'un principe, d'une règle générale et les applique à un cas particulier. Par exemple : Socrate est un homme. Tous les hommes sont mortels. Déduction : Socrate est mortel. Comment réaliser un raisonnement déductif avec des cartes auto-organisatrices ? La première phrase rend le neurone « Socrate » actif en même temps que celui codant le concept « homme ». La seconde phrase rend le neurone « hommes » actif en même temps que celui codant pour le concept « mortel ». Si les concept d' « homme «  (au singulier) et d' « hommes » (au pluriel) sont déjà liés (ce qui est normalement le cas) alors ces 4 activations en parallèle deviennent cohérentes et disparaissent, ce qui valide l'activation réciproque entre les neurones « Socrate » et « mortel », et la mémorisation de cette nouvelle information. Le raisonnement inductif va du particulier au général. Il envisage un cas précis pour en tirer les implications à un niveau général. Par exemple : Socrate est mortel. Socrate est un homme. Induction : Les hommes sont mortels. Le neurone « Socrate » est actif en même temps que « mortel ». De même pour « Socrate » et « homme ». Les neurones de « homme » et « hommes » sont liés, et donc aussi « hommes » et « mortel ». Le raisonnement causal s'appuie sur les causes d'un fait, d'une situation, d'un phénomène pour en tirer des conséquences. Par exemple : Les hommes finissent tous par mourir. Conclusion : les hommes sont mortels. Le neurone « hommes » et « mourir » sont connectés, de même que « mourir » et « mortel », d'où la liaison de « hommes » avec « mortel ». Figure 18.4 - Les raisonnements déductif, inductif et causal mettent en jeu 3 cartes corticales. Le raisonnement analogique établit un rapport inhabituel entre deux domaines et en montre les ressemblances. De ce rapprochement naît une conception nouvelle (fig. 18.5). Ce type de raisonnement s'appuie sur des images, des comparaisons. Par exemple : Socrate est mortel car c'est un homme et que tous les hommes sont mortels. Par analogie, Rex m'aime car c'est un chien et que tous les chiens aiment leur maître. L'action qui met en relation les Socrate et les Hommes, est utilisée pour mettre en relation Rex et les Chiens. Figure 18.5 – Le raisonnement analogique met en jeu 2 cartes corticales, dont une « motrice ». Le plus déconcertant dans cette revue des différents modes de raisonnement est que leur réalisation « neuronale » est identique. Une fois posée les informations fournies, et ajoutées les informations appartenant à la connaissance commune, la conclusion est immédiate. Nous en déduisons donc que le raisonnement n'existe pas en tant que processus. Nous devons le voir comme la mise en oeuvre d'une mémoire associative accessible par son contenu. Le modèle de la carte auto-organisatrice a été proposé par T. Kohonen21 en 1977. Nous avons vu dans ce chapitre qu'une algèbre impliquant ces cartes permet de réaliser toutes les opérations intellectuelles que savent faire les hommes (même s'ils sont allés longtemps à l'école). 19. Est-ce qu'on vieillit ? Le corps vieillit. L'ostéoporose et le cancer guettent ceux qui boivent du lait22, les problèmes de tension ceux qui salent trop (ce n'est pas leur faute, la capacité à discerner le goût salé s'altère et il faut saler 9 fois plus pour maintenir la même sensation), la dénutrition et le manque d'énergie ceux qui n'ont pas compris que les réserves de graisse diminuent avec l'âge, comme diminuent aussi les capacités d'absorption de l'intestin (une personne âgée doit manger plus qu'avant pour récupérer autant d'énergie de sa ration alimentaire). Les performances des capteurs baissent (ouïe, vue, goût, etc.) et les neurones eux-mêmes sont usés (moins rapides). Dans ce contexte de déclin des performances de notre corps, beaucoup sont tentés par réduire les risques de chute (1ère cause de mortalité de la personne âgée) ou autre, en évitant toute prise de risque inutile. Comment limiter les risques ? Par exemple en contrôlant son environnement et en évitant toute « nouveauté ». Cela s'appelle des habitudes ou la routine. C'est à proscrire absolument ! En quelques mois la personne perd son autonomie cognitive, et de facto son autonomie physique. En effet, s'il n'y a plus de nouveauté dans notre vie, alors il n'y a plus de situation nouvelle, plus rien pour attirer notre attention, plus rien pour alimenter en stimulation les cartes corticales de haut niveau. Celles-ci vont devenir moins précises. Nous nous en apercevrons parce que cette personne deviendra moins rapide à répondre, moins capable de résoudre un nouveau problème, moins apte à comprendre. A terme, les routines de protection du corps mises en place seront effectivement nécessaires – puisqu'une perte d'autonomie cognitive sera apparue (incapacité à gérer la nouveauté). Pour éviter la perte d'autonomie cognitive, il faut garantir l'alimentation des cartes corticales de haut niveau en stimulations. Il faut donc vivre des situations nouvelles, voire les rechercher. Nombre de personnes âgées l'ont deviné qui ont un emploi du temps plus chargé à la retraite que lorsqu'elles travaillaient. De plus, les études publiées en 2009, impliquant des populations suivies pendant plus de 7 ans, montrent que la seule différence face aux maladies neuro-dégénératives (type maladie d'Alzheimer) découle du niveau de stimulation intellectuelle. Plus vous avez des occupations stimulantes, moins vous avez de chances d'être frappé par la maladie. La différence atteint 50% entre les hauts et bas niveaux de stimulation cognitive23. La chose importante, démontrée par ces études, est qu'il n'est jamais trop tard pour bénéficier de la protection fournie par la stimulation cognitive. J'ai déposé un brevet et co-fondé une entreprise24 en 2007 dans le but de proposer des outils de stimulation cognitive aux senior. Les études scientifiques que nous avons menées pour évaluer l'efficacité de nos programmes d'entraînement de la mémoire et de l'attention démontrent qu'en 12 semaines – à raison d'une heure par semaine – les personnes entraînées changent. Certaines se remettent à lire, arrêtent les somnifères devenus inutiles, se découvrent de nouveaux centres d'intérêt, etc. L'une de nos études a été menée en EHPAD (88 ans de moyenne d'âge). Les participants ont répondu à un questionnaire de qualité de vie avant et après les 3 mois d'entraînement (1 heure par semaine). Aussi incroyable que cela paraisse, 70% des points considérés comme négatifs dans leur vie avaient disparu à l'issu des 3 mois. Nous obtenons des résultats25 tout aussi extraordinaires avec des personnes plus fragiles, souffrant de troubles cognitifs légers (en anglais Mild Cognitive Impairment ou MCI) comme le montre la figure 19.1. Devant une telle efficacité de la stimulation cognitive, nous avons décliné des versions pour des personnes plus jeunes (dès 40 ans) car plus on commence tôt, mieux c'est ! Figure 19.1 - Répartition des sujets âgés sains (Control) et des sujets souffrants de troubles cognitives légers (MCI) avant (A) et après (B) l’entraînement (1 heure par semaine durant 3 mois). On note une dispersion différente des deux groupes avant l’entraînement avec une importante hétérogénéité des sujets MCI. L’entrainement homogénéise la population MCI, dont les performances se rapprochent de la population saine. Pourquoi un programme informatique change la vie des utilisateurs ? Simplement parce qu'il introduit dans leur vie des situations nouvelles qui vont stimuler leurs cartes corticales de plus haut niveau. Les exercices sont calculés pour être suffisamment difficiles pour obliger le traitement à atteindre les plus hauts niveaux – sans être impossibles à faire. Le contexte des exercices est pensé pour être celui de la vie quotidienne des utilisateurs, afin qu'ils puissent immédiatement appliquer leurs nouvelles capacités dans leur quotidien. Plus d'informations sur www.memo-technik.fr Nous avons vu que nos capacités cognitives pouvaient, dans le cas d'un mauvais entretien, baisser. Qu'en est-il de notre état d'esprit ? Ma façon de penser peut-elle vieillir ? C'est une question mal posée, comme l'était celle de la conscience, du libre-arbitre ou de l'intelligence. Le vieillissement de notre façon de penser n'existe pas. Nous pensons qu'en vieillissant nous changerons de mentalité, de façon d'être. Il n'en est rien. Nous sommes induits en erreur par le fait que les personnes plus âgées que nous observons sont différentes de ce qu'elles étaient plus jeunes. Effectivement, elles sont plus lentes, moins promptes à s'enflammer, plus sages, moins avides, plus patientes que nous. Mais ont-elles changé ? Sachant qu'elles sont le reflet de leurs expériences, alors être âgé signifie avoir eu plus d'expériences. Mais ces expériences ne sont pas différentes de celles que nous vivons déjà à l'âge adulte, et donc elles ne nous changent pas fondamentalement. Ce qui change par contre, c'est notre corps, moins rapide, moins leste, moins fort, moins sûr. Naturellement, nous nous mettons à l'écouter, à l'économiser. Ces comportements changent la manière dont nous sommes vus par autrui, mais ils ne nous changent pas nous. Ainsi, si une terrible affliction me frappait et qu'il faille que je m'économise aujourd'hui comme si mon corps avait 95 ans, mon entourage resterait convaincu que je n'ai pas changé dans ma façon de penser. Pourtant, un observateur étranger, à qui l'on ferait croire que j'ai effectivement le double de mon âge, serait prêt à jurer que ma façon d'être, de penser, n'est pas celle d'un homme de seulement 47 ans. Notre façon de penser évolue cependant avec le temps – pas parce que le temps passe, mais parce que nous accumulons plus d'expériences. Du coup, nous relativisons mieux ce qui est effectivement important de ce qui n'est que poudre aux yeux, puisque les relations subtiles entre les choses deviennent évidentes au fur et à mesure que les expériences s'accumulent et que les différentes cartes auto-organisatrices se construisent. Cette expérience permet de mieux choisir (sagesse), et donc d'être moins prompte sur les situations « tout venant », elle permet aussi d'être sûr que certaines choses reviennent périodiquement et que la patience ne coûte rien, elle nous fait paraître plus lent car nous avons pris l'habitude d'économiser notre corps, nos muscles, nos sens. En accumulant de l'expérience, nous changeons notre façon d'être. En accumulant de l'âge, nous ne changeons pas notre façon d'être. Age et expérience ne sont pas forcément corrélées. J'ai plaisir à gagner en expérience car se faisant je perçois de mieux en mieux le monde, ses relations subtiles, et donc je suis encore plus souvent en harmonie avec celui-ci. Chaque situation vécue entre en résonance avec l'un de mes réseaux de neurones (construits d'après mon vécu), ce qui fait disparaître cette activation. Il en résulte une diminution des activités neuronales : un apaisement. Personne ne veut échanger cette expérience acquise, même contre un corps jeune. Pourquoi ? Parce que personne ne se sent vieux ! Tous, nous découvrons avec stupeur qu'en gagnant en expérience, on gagne en sérénité, en qualité de vie, tout en restant nous-même. Le corps fatigue, certes c'est une réalité, mais perdre la paix de l'Esprit est un tribut trop cher payé pour un corps de 20 ans et son inexpérience. Et ceux (il en existe) qui se disent prêt à changer ? Plaignez-les car ils sont vieux et n'ont pas accumulé suffisamment d'expériences pour vivre en toute sérénité. Ils ont un corps usé et un Esprit inquiet. 20. Quelles sont les bases neuronales des maladies mentales ? Notre société est ainsi faite que rencontrer un malade est un événement rare pour la plupart d'entre nous. En effet, les malades sont pris en charge par l'hôpital, les EPHAD (maisons de retraites), etc. - dans tous les cas, ils ne circulent pas. Si nous croisons un malade, celui-ci attire immédiatement notre attention (attention exogène) car, par définition, le malade est hors-norme (il tousse, il se plaint, il se déplace difficilement, etc.). De fait, l'activation neuronale induite par la rencontre va parvenir aux plus hauts niveaux d'organisation et ne pas disparaître. Il s'ensuit un état de stress pour nous : une activation qui ne veut pas disparaître car elle ne résonne pas avec les souvenirs que nous avons de notre environnement sain. La solution collective trouvée pour réduire cette cause de stress est d'aider les malades à guérir le plus rapidement possible. En France en particulier, l'accès au soin est gratuit pour chacun (la Santé est financée par la collectivité), à charge pour le malade de tout faire pour guérir. Il est cependant des maladies dont on ne guérit hélas pas encore. Comment peut-on changer le regard de tous afin que le malade soit considéré comme une personne à part entière, et non comme un objet de pitié ou de curiosité ? Un meilleure compréhension des causes des maladies, et donc de leurs effets, peut y contribuer. C'est le but de ce chapitre. Nous allons passer en revue quelques unes des maladies impliquant le cerveau. Ce sera bref et nécessairement imprécis, mais pas obligatoirement faux. La folie / le génie ? Dans les deux cas, un comportement dont les raisons et la logique échappent à l'observateur, sauf qu'après quelques explications le génie est compréhensible, mais pas le fou. Comment peut-on avoir un comportement illogique ? Par exemple, sauter d'un but à l'autre avant que l'objectif ne soit atteint (comportement incohérent), ou avec des buts qui ne sont pas en accord avec la situation (comportement hors de propos) comme l'illustre la figure 20.1. Figure 20.1 – Un comportement incohérent pour un observateur : changer trop rapidement de buts. Dépression La France est le pays le plus touristique de cette planète. Son climat, sa cuisine, ses vieilles pierres, ses paysages, ses 35 h, sa couverture médicale, ses prestations en cas de perte d'emploi, sa protection des salariés, ses avantages « acquis », etc., font l'envie à tous. Pourtant, la France est championne du Monde de la consommation d'antidépresseurs. Pourquoi ? Qu'y a t-il de pourri au Royaume de France ? La dépression se caractérise par une perte complète de la motivation, de la capacité à décider et à entreprendre. Nous avons vu au chapitre « comportement motivé » qu'il existe des « buts » qui jouent le rôle de sémaphores et permettent, quelle que soit la situation rencontrée, de choisir parmi les situations voisines possibles, celle qui nous rapproche de « ce » but à long terme que nous poursuivons. Si les sémaphores ont disparus alors il sera impossible de décider quelle situation voisine privilégier et donc quelle action entreprendre (fig. 20.2). Figure 20.2 – La dépression : une absence de buts. L'absence de décision ne signifie aucunement la disparition de la question (que faire dans cette situation ?). De plus, le temps continue à passer et une nouvelle question va se présenter (que faire dans la nouvelle situation ?). Rapidement, un tel cerveau sera saturé de questions non répondues. Son activation au niveau neuronal sera maximale, pour un résultat comportemental nul (perçu par un observateur comme de l'apathie). Les neurones sont des cellules vivantes qui se fatiguent si elles sont trop sollicités. Une activation neuronale maximale induit rapidement de la fatigue pour tous les neurones. Un neurone fatigué répond moins vite, ou plus du tout, à une sollicitation. Les réponses verbales d'une personne nerveusement fatiguée seront donc lentes et approximatives. La description que je viens de faire est celle d'un cercle vicieux : l'absence de neurones de « but » induit une sur-activation neuronale, qui induit une fatigue des neurones, qui empêche l'émergence de foyer d'activation neuronaux de type « but ». Comment tout ceci a t-il commencé ? On distingue deux grands types de dépression : la dépression réactionnelle en réponse à un accident de la vie (perte d'un être cher par exemple) et la dépression chronique (liée au surmenage ou au stress par exemple). La perte d'un être cher signifie (cf. §amour) que subitement, votre quotidien a changé. Si vous partagiez votre vie avec cette personne, il n'est pas faux de penser que 50% de vos neurones codent des situations/souvenirs qui l'impliquent. Qu'advient-il de ces neurones maintenant que ces situations ne se reproduiront plus ? Comme les neurones sont des cellules vivantes qui ont besoin d'être excitées de temps à autre (plusieurs fois par seconde), ils vont s'exciter spontanément. Cette excitation spontanée ne parviendra que très rarement à se synchroniser avec suffisamment d'autres neurones pour que le résultat soit une activation neuronale cohérente et interprétable sur la carte de verbalisation. Quelques fois seulement par jour des souvenirs de l'être cher vont spontanément émerger à notre « conscience » (cf. §conscience). Ce sera la partie émergée de l'iceberg : tout au long de la journée les activations neuronales intempestives vont surcharger et bruiter le système nerveux. La caractéristique d'un être cher, c'est qu'il fait partie de votre vie et donc les buts qui gouvernent nos comportements dépendent de lui. La personne ayant disparu, les buts ont disparus avec elle, à tout le moins les neurones « buts » ne peuvent plus être activés puisqu'ils étaient associés à des situations impliquant l'autre. En résumé, des buts qui disparaissent subitement, une surcharge d'activité neuronale incohérente (et donc impossible à synchroniser et à faire disparaître) et nous voilà embarqué dans un cercle vicieux dépressif. La dépression réactionnelle est donc normale, ce qui n'empêche pas de vouloir en réduire les effets et la durée. Avant de nous intéresser à comment, jetons un oeil sur la dépression chronique. Prenons le cas de quelqu'un dont les attentes, les envies, les buts, ne sont jamais satisfaits. Chaque situation qu'il vit ne se synchronise pas avec ce qu'il ressent. De fait, chaque situation génère une excitation neuronale qui va parvenir au plus haut niveau des cartes corticales, et ne jamais s'éteindre. Nous sommes donc en présence d'une activité impossible à synchroniser et à faire disparaître – comme dans le cas de la dépression réactionnelle. La spirale infernale est donc amorcée différemment, mais à terme les effets neuronaux et les effets comportementaux sont identiques. Comment éviter la dépression ? Comment soigner la dépression ? Il semble difficile d'éviter d'être affecté par le perte d'un être cher (dépression réactionnelle), par contre comment se fait-il que notre quotidien ait génèré des attentes qui ne résonnent plus avec notre quotidien actuel ? En fait, il faut admettre que notre environnement valorise des situations qui sont inatteignables. Nous faisons nôtres ces buts à haute valeur sociale (don de soi, respect des règles, jamais fatigué, jamais peur, jamais en défaut, toujours souriant, toujours efficace, toujours poli, etc.), puis nous constatons au quotidien que nous ne sommes pas à la hauteur de nos buts. Ce qui nous arrive ne résonne pas avec ce que nous devrions vivre, et nos neurones en subissent le contre-coup : une sur-stimulation que l'on appelle aussi un stress. Le chapitre « Comment être plus heureux ? » détaille différentes solutions pour éviter le stress et la dépression. Les anti-dépresseurs sont nombreux. Votre médecin vous prescrira d'abord celui qui marche dans environ 70% des cas. Après une dizaine de jours, s'il n'y a pas d'effet positif, il vous changera de traitement pour vous prescrire le second anti-dépresseur le plus efficace. Si vous faites partie des 20% de la population qui réagit à ce médicament, tant mieux pour vous. Pour les 10% des malades restants, il faudra essayer un troisième anti-dépresseur, etc. Pourquoi ce qui marche pour certains ne fonctionne pas chez d'autres ? C'est pourtant la « même » dépression. Ce sont les mêmes symptômes, qui impliquent donc les mêmes fonctions mentales. Pourtant, il semble logique de penser que ces fonctions mentales ne sont pas réalisées avec le même type de neurones selon les individus. C'est de mon point de vue un excellent exemple de la puissance de la neuroplasticité. Pourquoi, avec le temps qui passe des choses, qui ne l'étaient pas, deviennent stressantes ? Par exemple, lorsque l’on travaille 10 ans au même endroit, on devient un spécialiste de ce métier, de ce qui va nous arriver dans la journée. Le travail devient une routine, ce qui sort de la routine est ce dont nous avons alors conscience. Si le boulot ou son environnement est stressant, alors le stress prend le pas sur le quotidien puisque celui-ci en étant prévisible, n’arrive plus à la « conscience ». Notre quotidien devient alors uniquement constitué des choses stressantes : le stress envahi notre vie, alors que le monde n'a pas changé. (Solution : changer de boulot). Troubles de l'attention Les troubles de l'attention attirent de plus en plus l'attention ! Ils ont été récemment médiatisés et nous sommes tous sensibles au fait qu'ils touchent aussi les enfants. Un enfant incapable de fixer son attention plus de quelques instants est considéré comme hyperactif. Il est vrai que pour un observateur naïf, enchainer les activités les plus diverses sans s'interrompre peut faire croire à une énergie débordante impossible à canaliser. Ce n'est pas le cas. L'enfant est simplement incapable de fixer son attention. Tout et n'importe quoi mobilise son attention exogène, de même pour son attention endogène. Comment cela est-il possible ? Nous avons vu au chapitre « §attention » que l'attention dépend des prédictions faites par chaque carte auto-organisatrice. Le système attentionnel transfére la nouveauté vers des niveaux d'abstraction plus élevés, afin que l'information y soit « comprise ». La synergie des attentions exogène et endogène est nécessaire pour permettre de véhiculer rapidement et efficacement l'information. Cette synergie entraîne de facto une focalisation sur la tâche en cours. Lorsque cette synergie fait défaut, il ne peut y avoir focalisation et le système nerveux reste ouvert à toute perturbation. Pas de doute que des études futures permettront d'identifier les lieux impliqués dans l'hyperactivité. Voici quelques hypothèses (fig. 20.3) : Est-ce la prédiction à l'échelle de la carte auto-organisatrice qui est moins efficace (problème de connexion au niveau des voisinages) ? Est-ce que les connexions réciproques sont moins nombreuses et donc l'attention endogène serait insuffisamment focalisée ? Est-ce que l'organisation des cartes corticales est affectée par ces problèmes de focalisation, qui retentissent en retour sur les capacités d'extraction des régularités et donc de prédiction ? Figure 20.3 – Eventuels lieux impliqués dans l'hyperactivité. Comment rééduquer les personnes souffrant de troubles de l'attention ? Manipuler l'environnement pour qu'il n'y ait que peu d'occasions de stimuler l'attention exogène (appauvrir l'environnement). Veiller à ce que les expériences vécues soient complètes (c'est à dire que les situations s'enchaînent dans la durée). Au besoin, ralentir la vitesse à laquelle évolue l'environnement. Stimuler l'activité des connexions réciproques responsables de l'attention endogène en verbalisant la situation et en manipulant l'environnement pour qu'il y ait toujours plusieurs modalités sensorielles impliquées (en prenant soin qu'elles soient cohérentes). Vérifier que l'organisation des cartes corticales de bas niveau est correcte (éviter les « ailes de papillon », cf. §TnC) et, le cas échéant, compléter ou refaire leur apprentissage afin que la continuité topologique de la projection des situations du monde soit respectée (cf §dans quel monde vivions nous ? »). Dyslexies Les troubles de l'attention sont souvent associés à des dyslexies. Est-ce légitime ? On distingue plusieurs types de dyslexie : dysphasie, ….. Les « dys » sont reconnues et diagnostiquées à partir de tests impliquants les fonctions cognitives (langages, résolution de problèmes, lecture, écriture). Dans tous les cas, il s'agit de fonctions cognitives de haut niveau, qui nécessitent un long apprentissage. Vraisemblablement, l'apprentissage ne s'est pas bien déroulé, puisque les performances finales sont différentes de la moyenne. En tant qu'observateur naïf, nous pensons que les performances sont inférieures à la moyenne, qu'il manque quelque chose. La réalité est autre. Vous entendez le son « a » et le reconnaissez comme tel même prononcé par un homme, une femme, un grippeux, un enfant, un étranger, en début de mot, au milieu d'un mot, en fin de mot, dans un nom, dans un verbe, etc.. Prenons l'hypothèse que les régularités extraites par les cartes auto-organisatrices soient telles que la personne entende et reconnaisse un son « a » pour chacun de ces cas. Il sera dès lors difficile de trouver des régularités dans la langue, puisque tout n'est que cas particulier. Si nous prenons le Chinois écrit comme exemple, il y a un motif pour pratiquement chaque mot, l'apprentissage en est très long par rapport à celui d'une langue basée sur un alphabet. Dans le cas des dyslexies liées à la lecture, la disparition des troubles de lecture à l'âge adulte dépendra uniquement du nombre de livres lus, donc de la durée de l'entraînement. Je vous propose de faire une analogie entre le temps supplémentaire impliqué pour apprendre le Chinois écrit (vs le Français) et l'effort supplémentaire imposé au dyslexique pour devenir un lecteur normal. Certaines dyslexies seraient donc dues à un apprentissage trop efficace et une absence de généralisation. Remède : vérifier que les cartes auto-organisatrices généralisent correctement, au besoin manipuler la base d'apprentissage pour que les exemples (situations) implique une supervision. Il sera impossible de se tromper si à chaque situation est associée une information fournie par le superviseur (parent, éducateur, etc.). Autisme Le nombre de cas a augmenté de 57% entre 2002 et 2006. En 200626, un enfant de 8 ans sur 100 est autiste (USA). 4% des enfants nés en 2010 seront autistes. Si cette tendance se confirme, 10% des enfants nés en 2018 seront autistes ! Les causes de l'autisme sont encore inconnues, vraisemblablement liées à des facteurs environnementaux comme la pollution. Dans le cadre de cet ouvrage, nous sommes surtout intéressés par le fait qu'une des hypothèses pour expliquer les troubles affectant les autistes repose sur une maturation trop rapide de certaines cartes corticales, notamment celles impliquées dans la reconnaissance des visages et des expressions faciales, dont nous comprenons la nécessité pour la communication sociale. Cette hypothèse présente l'avantage d'être en cohérence avec le ressenti des parents qui pendant les deux premières années de leur enfant (autiste) ne soupçonnent rien – et même le trouvent plus éveillé et en avance que les autres enfants de sa classe d'âge. La période critique pour l'apprentissage de cette compétence se terminerait trop tôt, avant l'acquisition de ladite compétence. Sommeil Beaucoup (20 à 30%) de personnes estiment que la qualité de leur sommeil n'est pas bonne. La consommation française de somnifères (Benzodiazépine) est d'ailleurs la plus importante du Monde. Pourtant, lorsque l'on cherche à objectiver leurs problèmes de sommeil, on s'aperçoit que la durée du sommeil est correcte, les différentes phases de sommeil, qui culminent avec le sommeil paradoxal, sont présentes. Il semble donc que ce soit la qualité de l'endormissement qui pêche. Avons-nous besoin de dormir ? Oui, les expériences de privation de sommeil prouvent qu'après quelques nuits blanches, votre caractère en restera altéré toute votre vie et si vous prolongez l'absence de sommeil vous mourrez. Pourquoi avons-nous besoin de dormir ? Ce n'est certes pas pour reposer le corps (muscles), qui est aussi bien assis que couché. Est-ce pour reposer les neurones ? Non, car les enregistrements EEG montrent que durant l'intégralité de votre sommeil, vos neurones continuent à travailler (décharger) à peu près aussi souvent que lorsque vous êtes éveillé. Par contre, lorsque nous sommes couchés, nous pouvons arrêter de contrôler nos muscles sans prendre de risque de chute par exemple. Durant le sommeil, nous coupons les connexions qui relient le cerveau avec la périphérie (reste du corps), tant au niveau des actionneurs (muscles) que des capteurs. Du coup, nous pouvons rêver de courir sans bouger une fibre musculaire et pour nous réveiller il faudra crier. Il semble que le sommeil est une période durant laquelle notre corps n'est pas opérationnel. Si nous sommes réveillé en pleine nuit, il nous est difficile de trouver nos marques et d'être efficace. Nous avons même la sensation que notre cerveau est brouillé. C'est effectivement le cas. Durant le sommeil – surtout la phase de sommeil paradoxal – les informations de la journée sont mémorisées durablement. Il y a transfert d'une mémorisation électrique en une mémorisation physique. Pendant la journée, les activations cohérentes entre neurones (informations) induisent des modifications d'efficacité à court terme des synapses. Ces modifications à court terme induisent pendant le sommeil des modifications à long terme – mais le passage de l'un à l'autre est discontinu. Tout ne peut pas être transféré au même instant. Si l'on stoppe le transfert avant la fin, alors notre cerveau est dans un état « instable » vis à vis des informations stockées. Son efficacité sera donc moindre. Si l'on a rien, ou très peu de choses, à transférer en mémoire à long terme alors il n'y a pas de raison de s'endormir. Rien de tel que d'apprendre des choses nouvelles chaque jour pour s'assurer un endormissement rapide et un sommeil de plomb. Découvrez des choses nouvelles, lisez, discutez, faites, etc., et vous allez tomber de sommeil. Rester dans la routine, les habitudes, bref les choses que votre cerveau sait déjà faire à la perfection et comme il n'y aura rien à mémoriser, votre cerveau n'aura pas besoin de dormir. TOC Lorsque vous faites plusieurs fois de suite la même chose comme vérifier que la porte est bien fermée, ou que les crayons sont bien alignés, ou que vous vous êtes bien laver les mains, cela s'appelle un TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs). Ce n'est pas particulièrement grave, si ce n'est que vous perdez du temps, et que vous risquez de vous abimer la peau à force de frotter. Par contre, pour votre entourage cela est souvent mal vécu. En effet, ces comportements répétitifs donnent à penser à un observateur naïf qu'il voit la folie en action. Comment expliquer cette répétition des comportements ? Lors du chapitre « §comportement motivé », nous avons vu que les comportements sont initiés et définis par des buts, en fait des situations qui jouent le rôle de sémaphores. Lorsque la situation-but correspond à la situation actuelle, alors ce but est effacé, et l'on passe au but suivant qui définit un nouveau comportement. Si l'effacement se fait mal, alors la situation-but précédente persiste et le comportement précédent est réalisé à nouveau (fig. 20.5). Pourquoi la situation-but ne s'efface t-elle pas correctement ? Y a t-il trop d'attention endogène et/ou pas assez d'attention exogène ? Figure 20.5 – TOC : problème d'effacement des buts atteints. Traumatisme crânien Le traumatisme crânien se définit par une perte de connaissance après un choc à la tête. La durée de la perte de connaissance peut être de quelques secondes, ou se prolonger des années (coma). Ce qui est certain, c'est que environ 50% des traumatisés crâniens se plaignent 5 ans plus tard de troubles de leur capacité d'attention. Pourquoi ? Parce que lors du choc, il y a eu décélération brutale et comme le cerveau est constitué de régions anatomiques différentes qui n'ont pas la même densité, certaines zones ont bougé plus que d'autres. A la frontière entre ces régions, il y a eu un cisaillement des connexions (une région s'éloigne de l'autre). Il faut noter que ces cisaillements affectent les connexions à grande distance – c'est à dire entre cartes corticales. Les connexions à l'intérieur d'une même carte ne sont pas affectées (une même carte signifie une même région anatomique et donc la même densité). Ce cisaillement entre les régions se produit au niveau du cerveau dans son ensemble. On parle alors de lésion « diffuse ». Les effets d'une lésion diffuse sont très variables, et dépendent des circonstances du choc et de la localisation des différentes cartes corticales qui varie beaucoup entre les individus. Ce qui est commun en terme de lésions est cependant facile à appréhender : ce seront les processus attentionnels. En effet, l'attention endogène et exogène implique les connexions entre les cartes. D'autre part, plus on monte haut dans la hiérarchie des cartes auto-organisatrices, plus les régularités extraites dépendent d'un nombre de cartes important, provenant de régions différentes. Il est donc normal qu'à la suite d'un traumatisme crânien, les capacités cognitives (lecture, planification, résolution de problème, etc.) soient prioritairement affectées (fig. 20.6). La thérapie et la rééducation passe par la stimulation de l'attention. Le plus tôt, le mieux – mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. Il y a 1 million de traumatismes crâniens par an en France. La chute est la première cause de mortalité chez la personne âgée. Figure 20.6 – Le traumatisme crânien affecte en priorité les fibres « longues ». AVC Un AVC (Accident Vasculaire Cérébral) est la rupture d'une artère alimentant une région du cerveau. Les neurones qui dépendaient de cette artère pour leur nourriture et leur oxygène vont rapidement mourir. Comme il n'y a pas de relation très précise entre le réseau artériel et la localisation fonctionnelle des cartes corticales, les effets cognitifs engendrés par le disparition des neurones sont donc très variés. Dans un certain nombre de cas, le malade décède sur le coup. Si ce n'est pas le cas, la plupart du temps, la lésion n'affecte qu'un des deux hémisphères cérébraux et le malade est atteint d'hémiplégie – un des côtés (droit ou gauche) du corps est paralysé (selon que l'hémisphère, gauche ou droit, est lésé). La mort instantanée d'un grand nombre de neurones perturbe le fonctionnement de tous les réseaux neuronaux. Cependant, avec les mois qui passent, on assiste à une récupération de fonctions qui avaient disparues suite à la lésion (marche, utilisation du côté paralysé, ré-apprentissage du langage, de la lecture, de l'écriture, etc.). Cette récupération ne se fait pas sans mal. Les personnes doivent littéralement ré-apprendre, c'est à dire repartir du tout début (fig. 20.7). Par exemple dans le cas de la lecture, il faut apprendre chaque lettre, chaque syllabe, etc. Comme les situations vécues impliquent des « a », des « b », etc., alors des cartes corticales extraient et mémorisent ces régularités. Ces cartes existaient préalablement à l'AVC et mémorisaient d'autres données. Elles sont obligées de se modifier pour tenir compte aussi de ces « nouvelles » situations. Il va sans dire que la neuroplasticité d'un cerveau jeune est plus efficace que celle d'un cerveau âgé - malheureusement, les risques d'AVC sont inversement proportionnels à l'âge. Figure 20.7 – Compensation après AVC ( Accident Vasculaire Cérébral). Maladies neurodégénératives (Alzheimer) La maladie d'Alzheimer affecte environ 1 million de personnes en France, avec 200 000 nouveaux cas par an. En fait, ces chiffres officiels sont faux. La maladie étant diagnostiquée après 10 à 20 ans d'évolution, le nombre de personnes atteintes est d'au minimum 3 millions, voire 5 millions. Rapporté à l'échelle de l'individu : à 60 ans, une personne sur 10 est atteinte. A 70 ans, ce nombre passe à une personne sur 6, puis à une personne sur 3 chez les plus de 80 ans. Si le diagnostic de la maladie d'Alzheimer se fait de nombreuses années après l'apparition de la maladie, c'est que la neuroplasticité masque les effets délétères de la maladie. La neuroplasticité reconfigure les circuits neuronaux pour compenser la disparition des neurones. Ce n'est que lorsque 70% des neurones (soixante-dix) ont disparu que les symptômes deviennent visibles, que l'on consulte et que l'on est éventuellement diagnostiqué. Comment fait notre cerveau pour fonctionner avec – dans certaines régions – 50 à 60% de neurones en moins, sans que nous nous en rendions compte ? En fait, la redondance du cerveau est d'un facteur 10 environ, ce qui signifie que pour une tâche donnée, nous avons 10 fois plus de neurones que strictement nécessaire. Ce que je viens d'écrire est FAUX ! C'est pourquoi je vous conjure de bien vouloir prendre le temps de lire la suite. Nos neurones pilotent nos muscles, par exemple ceux qui assurent notre posture. A chaque instant, seules 10% (au maximum) de nos fibres musculaires sont contractées. L'instant suivant, d'autres fibres musculaires (pour un total de 10%) seront contractées et ainsi de suite. Il y a donc un roulement, avec 9 périodes de repos pour 1 période de travail. Nos fibres musculaires ne peuvent pas faire plus, elles dépensent beaucoup d'énergie pendant la contraction – énergie qu'elles doivent re-emmagasiner. C'est aussi la même chose pour nos neurones. Une décharge électrique d'un neurone est un événement considérable à l'échelle de la cellule. La différence de champ électrique entre le milieu extérieur et l'intérieur de la cellule nerveuse est de -70 mV au repos. Si l'on ramène cette valeur en Volt par mètre, on obtient 70 millions de V/m (la taille de la membrane cellulaire est d'environ 1 nm). Lorsque vous vous trouvez au pied d'un pylône à haute tension, vous êtes à une dizaine de mètre d'un courant de 300 000 volts. Vous expérimentez donc 30 000 V/m, et pourtant cela grésille et vos cheveux se dressent. Imaginez 2000 fois plus ! Dans ces conditions, les ions (qui sont des molécules chargées électriquement) pénètrent ou sortent (selon leur charge) de la cellule en passant à travers la membrane. Des pompes ioniques sont au travail en permanence tout le long de la membrane cellulaire pour rejeter à l'extérieur les ions en trop. Ce que nous appelons un neurone au repos ne l'est absolument pas ! Lorsque la dépolarisation se produit, des canaux s'ouvrent dans la membrane et les ions en trop à l'intérieur de la cellule se précipitent à l'extérieur, tandis que ceux qui faisaient le forcing pour entrer entrent. Rappelez-vous, il s'agit de charges électriques dans un champ de potentiel de 70 MV/m. Il n'y a là aucune place pour la politesse, ce n'est même pas une bousculade, à l'échelle des molécules c'est un malstrom ! Pas de doute qu'il y ait un effet d'entraînement et qu'au lieu que la dépolarisation s'équilibre à 0 mV, celle-ci monte jusqu'à 30 mV avant que les pompes ioniques puissent reprendre le contrôle de la situation et ramener petit à petit la cellule à son potentiel de repos. Ici encore, il y a un effet d'entraînement et les -70 mV sont dépassés. C'est ce que l'on appelle la phase d'hyperpolarisation, pendant laquelle il est extrêmement difficile d'obtenir une nouvelle dépolarisation. Tout fini cependant par retourner à la normale (fig. 20.8). Figure 20.8 - Passage d'un potentiel d'action au niveau de la membrane de l'axone a) Equilibre ionique (au repos). b) Arrivée d'un potentiel d'action (dépolarisation). c) Après la dépolarisation : l'hyperpolarisation. Ce paragraphe de la vie d'un neurone au travail vous a montré qu'être un neurone n'est pas une sinécure, et qu'il a besoin de « repos » entre deux excitations sinon il meurt. Nous comprenons alors toute la nécessité qu'il y a à ce que les neurones se relaient – comme les fibres musculaires – même s'il s'agit seulement de maintenir le même niveau d'excitation (pour les fibres : la même position). Nous savons que les fibres musculaires sont recrutées à quelques % à chaque instant. Ces fibres musculaires sont connectées à des neurones moteur qui sont eux aussi quelques % seulement à être actifs à chaque instant. Ces neurones moteurs sont connectés à d'autres, qui sont aussi seulement quelques % à chaque instant de tous ceux capables de faire la même chose. En résumé, à chaque instant, parmi tous les neurones capables de traiter correctement la situation, seulement 10% environ sont actifs. Si à cause d'une maladie neuro-dégénérative, 50% de vos neurones ont disparu, alors pour faire face à chaque instant avec exactement le même nombre de neurones qu'avant vous devez recruter 20% d'entre eux (au lieu de 10%). C'est possible, mais fatiguant pour le système. Les crises d'épilepsie sont le résultat d'un recrutement simultané de 100% des neurones. Lorsque la crise touche les neurones du cortex moteur, alors 100% des fibres musculaires sont excitées – muscles agonistes et antagonistes en même temps. Normalement, face à une telle tension, le muscle se déchire ou le tendon s'arrache ou les os se brisent. L'idée qu'il faut mettre un bout de bois dans la bouche d'un épileptique débutant une crise est raisonnable, sinon les dents risquent d'exploser. Adrenaline Dans des situations moins pathologiques, comme par exemple dans le cas d'un stress important, un afflux d'Adrénaline facilite l'excitation des neurones, qui sont donc plus nombreux à traiter la situation. Le traitement et la prise de décision sont alors plus rapides. De même, les ordres envoyés aux muscles proviendront de neurones moteurs plus nombreux que d'habitude. Votre force sera décuplée. En doublant le nombre de neurones moteurs qui envoient une excitation aux muscles, il y a doublement du nombre de fibres musculaires contractées et donc doublement de la force. Les effets de l'Adrénaline ne durent que quelques instants, mais durant ces moments votre cerveau est plus rapide. Vous ressentez, réfléchissez, décidez et exécutez 2, 3 ou 10 fois plus qu'à la normale. Vous avez la sensation que le temps a ralenti. J'ai vécu ceci adolescent lors d'un accident de moto. Ma moto s'est encastrée dans le plateau d'une camionnette que je n'avais pas vue (il faisait nuit et il pleuvait). Instantanément, j'ai su que j'avais un accident, j'ai pris le temps de faire en sorte que mes jambes ne frappent pas sur le guidon au moment où je m'envolais. Avant d'atterrir sur le goudron, j'ai fait attention de ne pas taper avec la tête (même si j'avais mon casque). Ca a duré longtemps. Pour les témoins, lorsqu'ils ont tourné la tête à cause du bruit, j'étais déjà par terre. A l'hôpital, j'ai constaté que les deux coutures intérieures de mon jean avaient lâché sur toute la longueur des cuisses. Pendant un instant j'ai été « Hulk » et ce sont mes muscles, avec un recrutement à 100% des fibres musculaires dû à l'Adrénaline, qui ont explosé mon jean. Redondance et neuroplasticité : Nous avons vu qu'il est normal que nous puissions vivre avec moins de neurones, car il y a redondance et neuroplasticité, c'est à dire plus de neurones que strictement nécessaire et la possibilité de changer leurs fonctions dans le temps. Lorsque les symptômes deviennent visibles, c'est que la neuroplasticité ne réussit plus à modifier les neurones restants pour exécuter correctement le traitement des situations. Quelles sont les fonctions qui nécessitent le plus de neurones ? La mémoire impliquent énormément de neurones, surtout la mémoire des situations que nous vivons (mémoire épisodique). Ce que vous avez mangé hier au repas de midi est différent (j'espère pour vous) de ce que vous avez mangé avant-hier et de ce que vous mangerez aujourd'hui. Ce souvenir est associé à des couleurs, des odeurs, un lieu, une date précise, un état d'esprit, etc., bref beaucoup de choses et donc beaucoup de neurones dont nous savons qu'ils sont surmenés dans une maladie neurodégénérative. La mémorisation se fera donc mal, surtout que ces neurones n'ont qu'une seule occasion pour apprendre. A l'inverse, la mémoire culturelle, celle qui correspond au sens des mots, aux faits (1515 : Marignan), etc., n'est pas affectée au début de la maladie car ces informations ont été apprises il y a longtemps et que nous avons eu beaucoup d'occasions différentes pour les ré-apprendre le cas échéant. Souvenirs d'enfance Souvent avec étonnement, les personnes âgées découvrent des souvenirs enfouis et oubliés de leur jeunesse. Pourquoi ? Parce que les souvenirs sont des activations cohérentes d'une assemblée de neurones impliquant de nombreuses cartes auto-organisatrices. Les premiers souvenirs – ceux que nous avons mémorisés dans notre enfance – impliquaient par définition la grande majorité des neurones puisque ce sont ces souvenirs qui ont construit les cartes. Plus le temps a passé, plus nos cartes se sont organisées et sont devenues détaillées. Plus les cartes sont détaillées et moins de neurones sont requis pour archiver un souvenir (puisqu'un souvenir n'implique que quelques neurones par carte). Lorsque les neurones disparaissent, les souvenirs sont affectés – surtout les récents qui ne sont pas codés de manière redondante. Il devient donc difficile de réactiver l'ensemble de l'activation cohérente entre neurones correspondant à un souvenir récent. Les neurones restants font partie de divers souvenirs. Comme les souvenirs anciens ont été codés de manière redondante, ils sont moins affectés et se réactivent plus facilement. Un même neurone peut certainement appartenir à des centaines de souvenirs, mais seuls parviendront à notre « conscience » les souvenirs suffisamment « forts » pour activer nos cartes corticales dédiées à la verbalisation : ceux impliquant le maximum de neurones. Stress et maladie neurodégénérative D'où viennent les maladie neuro-dégénératives, telle que la maladie d'Alzheimer ? Une hypothèse27 est que le stress vécu par l'individu induit un stress de ses neurones, qui libèrent des « radicaux libres » (oxydants), qui attaquent les cellules, qui doivent se fatiguer encore plus pour réparer, etc. Un argument à l'appui de cette hypothèse est que les personnes souffrant d'inflammation articulaire suffisamment invalidante pour qu'on leurs prescrivent un anti-inflammatoire puissant (anti-oxydant), ne développe pas la maladie d'Alzheimer. Cette hypothèse expliquerait pourquoi la maladie d'Alzheimer n'est pas une dégénérescence localisée, les radicaux libres générés par le stress baignant a priori l'ensemble des neurones du cerveau. Il serait utile de pouvoir caractériser l'impact du stress sur la survenue de la maladie. Il faudrait pour cela pouvoir évaluer la quantité de stress auquel s'expose un individu au cours de sa vie. Nous savons que le stress existe, qu'il entraîne la dépression (cf. plus haut) et peut conduire au suicide (cf. §suicide) – mais il n'est pas facile à mesurer. Dans une même situation, l'un sera stressé et l'autre pas. Nous avons vu que le stress est généré par une absence de résonance entre l'activation neuronale générée par la situation actuelle et les attentes de notre cerveau. Ces attentes sont notamment spécifiées par les buts qui organisent nos comportements. Il est aisé de comprendre qu'une situation vécue différente de nos buts, ne va pas entrer en résonance et donc ne va pas disparaître. Le niveau d'activité globale du système est augmenté : le stress commence. Le stress dépend donc des buts qui nous définissent individuellement. Nous verrons dans le chapitre « Comment être plus heureux ? » qu'il est facile de réduire notre niveau de stress. Stimulation cognitive Aujourd'hui, les études28 sur les cohortes (populations suivies pendant 7 ans) montrent que le niveau de stimulation cognitive est la seule cause connue des différences observées dans la population. Ceux qui ont eu une vie active, et qui persiste à la retraite, ont 50% de chances en moins de débuter la maladie. L'influence de la stimulation cognitive s'exerce sur la neuroplasticité, en la favorisant (cf. §vieillit, fig. 19.1). 21- Pourquoi le Bouddhisme29 à 3 000 ans d'avance ? L'ignorance initiale engendre tous les problèmes qui affectent la vie des hommes. C'est à cause de cette ignorance initiale que les hommes sont le jouet de leurs émotions, de leur environnement. L'ignorance initiale, c'est de croire que les personnes (soi et autrui) et les objets existent par eux-même et que si on les extraient de leur environnement, ils existent encore. En fait, c'est l'environnement (c'est à dire nous, les observateurs humains) qui donnons aux gens et aux objets une individualité et, ce faisant, nous nous leurrons ! Un objet n'est pas beau, utile, solide ou désirable. Ces qualificatifs sont accordés par une communauté, mais une autre communauté aura des avis différents. Ce que nous trouvons désirable s'accorde avec ce que notre entourage trouve désirable, mais cette qualité varie selon les groupes humains – donc nos désirs, nos valeurs, ce qui nous définis, tout ceci est « groupe dépendant ». Objet et homme n'ont donc pas l'existence intrinsèque que nous croyons. C'est cette croyance fausse qui est désignée par les Bouddhistes par le terme ignorance initiale. Si nous sommes convaincus que nous sommes la cristallisation de nos souvenirs, et que le libre-arbitre n'existe pas, alors objet et personne nous apparaissent sous leurs vrais visages et nous ne sommes plus soumis à l'ignorance initiale. Il est difficile d'échapper à son Karma, à ce que la naissance (génome, milieu socio-culturel) laisse deviner pour chacun d'entre nous. Nous pouvons le comprendre car l'entourage va exercer son influence en sélectionnant nos expériences, et nous serons la cristallisation de ces expériences. Pour échapper à son Karma, il faut changer, c'est à dire modifier notre comportement. Ceci ne peut être réaliser qu'en modifiant la nature et/ou le nombre de situations qui parviennent à nos sens (par rapport à ce que propose notre environnement normal). La méditation, en générant des situations virtuelles qui sont néanmoins prises en compte – et donc structurantes pour notre cerveau – est un moyen de changer notre comportement vis à vis du comportement « normal » que laisse présager notre Karma. La méditation de type concentration a pour objet de faire vivre des situations spécifiques qui n'existent pas dans nos vies, avec l'ambition de nous permettre de les vivre dans le futur. Par exemple, avoir plus de compassion à offrir en imaginant des situations où l'on se montre compatissant. Ce résultat est possible car les neurones traitent et mémorisent de la même manière les situations réelles ou virtuelles. Plus il y aura de neurones dédiés à comportement de compassion, plus il nous sera facile de le mettre en oeuvre. La méditation de type analytique a pour objet un objet, et donc à terme, disposant de plus de neurones pour analyser cet objet, nous verrons mieux les relations qu'il entretient avec les autres objets. Interdépendance et réincarnation sont des principes communs à toutes les écoles bouddhistes. Ces principes découlent automatiquement d'une vision claire du Monde pour quelqu'un ayant échappé à l'ignorance initiale. Le Monde est continu, les personnes agissent donc les unes sur les autres (et réciproquement). Les hommes sont des cristallisations de leur environnement, et donc si l'environnement survit à la personne et que quelqu'un (par exemple un bébé) se retrouve à la place laissée vacante, on peut le qualifier de réincarnation. Interdépendance, c'est le fait que nous agissons sur autrui tout autant que autrui agit sur nous. Si je fais du mal à quelqu'un, cela créé un sentiment négatif chez lui, qui le rend un peu moins gentil que ce qu'il aurait pu être dans sa relation avec autrui. De mon fait, cette personne agit moins gentiment que normal avec quelqu'un d'autre, etc. Un jour ou l'autre, quelqu'un ne sera pas aussi gentil que prévu avec moi. Une bonne ou mauvaise action revient toujours à son auteur. Le temps ou l'espace ne compte pas, car la mauvaise action a été ressentie, elle a été mémorisée, elle fait maintenant partie de la vie de celui qui l'a reçue. Il faudrait un miracle pour que jamais elle n'impacte son comportement. Il est donc logique et économique de faire le bien autour de soi, car il nous sera rendu. L'attitude non-violente des bouddhistes – la compassion – est donc la seule attitude cohérente avec la compréhension de l'absence de libre-arbitre ! 22. Comment obtenir un disque d'or ? Qu'est ce qui fait d'une chanson un « tube », d'un interprète une « star » ? Le minimum d'une bonne chanson est d'obtenir l'attention de l'auditoire. Ceci peut être réalisé de plusieurs manières. Par exemple : 1.Mettre dans la même phrase des choses qui normalement s'opposent, mais dont le public comprend l'interaction. 2.Raconter une histoire pleine de rebondissements, et qui surprend le public. 3.Jouer avec le public en trouvant des rimes improbables. 4.Un refrain facile à retenir. 5.Mixer tout ceci. 1. Si deux choses normalement s'opposent, alors elles sont mutuellement exclusives. Dans la vie courante, c'est soit l'une, soit l'autre – jamais les deux ensemble. Les deux réunis dans la même phrase est donc nouveau – ce qui entraîne l'attention. L'attention disparaîtrait très vite (en se transformant en bruit) s'il s'avérait que cette juxtaposition n'avait aucun sens. Mais si la concomitance de ces deux éléments dans le contexte définit par la chanson est logique alors l'effet est extraordinaire. Il y aura mémorisation du fait que pour une fois, ces deux choses mutuellement exclusives peuvent coexister. C'est la remise en cause de leur caractère exclusif, dont les effets se feront d'autant plus ressentir que cette remise en cause paraissait impossible. L'effet associé disparaîtra lorsque la coexistence sera actée, pas avant. Cela peut prendre longtemps. Durant tout ce temps, à chaque fois que l'on écoutera la chanson, nous le ferons avec attention. Il n'y aura pas d'érosion de son caractère de nouveauté, puisqu'elle restera nouvelle par rapport à nos souvenirs/connaissances. Un exemple démonstratif : quelques couplets de la chanson « Etre une femme » de Michel Sardou. « … Femme des années 80 Mais femme jusqu'au bout des seins Ayant réussi l'amalgame De l'autorité et du charme Femme des années 80 Moins Colombine qu'Arlequin Sachant pianoter sur la gamme Qui va du grand sourire aux larmes Etre un P.D.G. en bas noir Sexy comme autrefois les stars Etre un général d'infanterie Rouler des patins aux conscrits ... » 2. Une histoire pleine de rebondissements est une succession d'images/tableaux/événements dont nous saisissons a posteriori la logique. Lorsque nous écoutons une phrase, notre cerveau propose instantanément de continuer celle-ci à partir de notre vécu. Si nous y parvenions, alors l'histoire serait prévisible et il ne se passerait rien de « nouveau » : notre attention serait minimale. Par contre, si à chaque instant, le lien qui relie les éléments n'est pas prévisible – mais existe cependant, alors nous ramons constamment derrière l'interprète à essayer d'établir le lien (logique) qui lie les événements les uns aux autres. Dès que le lien est établi, alors notre cerveau est en paix (synchronisation des activités entre les événements perçus), sauf que la chanson continue, et qu'un nouvel élément est à relier aux précédents. Une façon de construire aisément une histoire de ce genre est d'écrire une histoire avec des transitions logiques entre événements, puis d'enlever les transitions. L'histoire sera beaucoup plus courte et beaucoup plus captivante. L'auditeur fera de lui-même les transitions manquantes si elles sont à sa portée. Un exemple parmi tant d'autres : la seconde strophe de la chanson « Les lacs du Connemara » de Michel Sardou nécessite pour celui qui l'entend pour la première fois beaucoup d'attention pour reconstruire les liens logiques entre chaque ligne : « … Au printemps suivant Le ciel irlandais Etait en paix Maureen a plongé Nue dans un lac Du Connemara Sean Kelly s'est dit Je suis catholique Maureen aussi L'église en granit De Limerick Maureen a dit oui ... » 3. Lorsque le texte de la chanson rime, nous savons que chaque phrase se terminera avec une syllabe particulière et connue à l'avance. Nous pouvons donc essayer d'après l'histoire en cours de deviner cette rime. Si nous y arrivons, alors nous avons réussi à prédire, et notre intérêt sera faible. Si nous n'y arrivons jamais, mais que la logique de l'histoire reste complète, notre frustration et notre attention seront maximales. 4. Le refrain, lorsqu'il est facile à retenir et à chanter, est une pause pour notre attention. En effet, pendant quelques mots ou phrases, le futur devient prévisible. Le nombre de neurones actifs diminue du fait que les neurones prédits sont effectivement ceux qui correspondent à la situation suivante. La pré-activation découlant de la prédiction est en phase avec la situation. La propagation de l'activité neuronale relative à cette situation s'arrête là. La réduction de l'activité neuronale générale est ressentie comme reposante et agréable. Interprète : Dans le cas d'une chanson, l'interprète est aussi très important. Il doit faire vivre une expérience extra-ordinaire au public durant la chanson. Ceci est obtenu notamment lorsque l'interprète « vit » lui-même sa chanson. Michel Sardou est dans ce domaine celui que je préfère aujourd'hui. Ce qui est très intéressant avec un artiste dont la carrière est aussi longue, c'est que l'on peut écouter son interprétation de la même chanson à 10, 20 ou 30 ans d'écart. J'y discerne pour ma part une nette amélioration de sa capacité à vivre ses textes, et j'échange 10 interprétations de l'époque de ses 20 ans contre une seule après son 60ième anniversaire ! Lorsque l'interprète vit sa chanson avec compétence, alors son ton de voix, ses expressions et ses gestes sont en phase avec l'histoire que raconte la chanson. Pour le public, l'interprétation renforce le pouvoir d'évocation des mots, de la logique brisée et des rimes improbables. La chanson (l'histoire) attire l'attention et le rôle de l'interprétation est d'augmenter le nombre de neurones impliqués. Ces neurones sont ceux qui sont associés à notre mémoire épisodique (la mémoire des événements de notre vie) par opposition à la mémoire sémantique des faits (culturels). En résumé, une chanson bien écrite et bien interprétée est l'occasion de réunir un maximum de neurones, tant ceux impliqués dans l'analyse des situations, que ceux liés à nos souvenirs personnels. Le refrain est une pause dans cette activation généralisée, elle permet de « récupérer » car les neurones sont vivants et ils se fatiguent lorsqu'ils sont trop souvent actifs (par rapport au niveau d'activité habituel). Notre plaisir dépend de la disparition de l'activation d'une grande assemblée de neurones. Ceci est obtenu lorsque deux populations de neurones entrent en résonance (synchronisation). Cette résonance existe parce que des choses imprévisibles et de prime abord sans lien, sont évoquées - qui finalement font partie d'un même tout. Tout au long de la chanson, il y a création de populations neuronales séparées (« conflit sémantique »), puis synergie et résonance, puis création à nouveau, suivie d'une résonance, etc. Le rythme des oscillations (conflit / résonance) est à mettre en phase avec la musique pour augmenter l'efficacité. 23 - Pourquoi certains se suicident ? 195 000 tentatives de suicide par an en France qui se terminent à l'Hôpital, plus de 10 000 suicides chaque année – la seconde cause de mortalité chez les 15-35 ans après les accidents de la route. Les femmes sont plus nombreuses à faire des tentatives, les hommes plus nombreux à réussir leur tentative. On se suicide à tout âge, beaucoup après 65 ans, surtout si l'on est seul et il y a beaucoup de récidives dans ce domaine. Pourquoi ? Au chapitre §comportement, nous avons vu comment une situation-but permet de choisir à chaque instant une action qui nous approche de ce but. Ces buts sont ce qui nous définit. Lorsque nous atteignons effectivement l'un de ces buts que nous nous sommes fixés (gagner au loto si l'on veut devenir riche, se marier avec l'élu(e) de son coeur, atteindre tel objectif professionnel, etc.) alors nous sautons de joie, nous connaissons un grand bonheur qui va durer quelques minutes, quelques heures, voire quelques jours. Mais, il est aussi possible de définir sa vie par des buts que l'on veut éviter, et qui nous aideront à choisir à chaque instant l'action qui nous éloigne de ce non-but (fig. 23.1). Par exemple, je peux vouloir ne pas être pauvre (plutôt que d'être riche), je peux vouloir ne veux pas vivre sans lui/elle (plutôt que de l'épouser), je peux vouloir ne pas rester cantonné à ce poste (plutôt que d'essayer d'atteindre telle responsabilité), etc. Un spectateur ne fera pas la différence entre les actions choisies pour s'éloigner de la pauvreté et celles choisies pour se rapprocher de la richesse. Pourtant, il y aura une grande différence le jour où ce non-but que l'on cherche à éviter, est atteint (malgré tout nos efforts). A ce moment, l'on connaît l'inverse du grand bonheur : le grand malheur. Ce que l'on redoutait le plus, ce qui à quoi on pensait sans arrêt pour que cela n'arrive pas – est arrivé ! Figure 23.1 – Génération de comportement par des buts à éviter (non-buts). Pas étonnant que le ciel s'écroule, que le terre s'ouvre et que le désespoir atteigne son paroxysme. Nous nous retrouvons en terre inconnue car, par définition, un but, ou un non-but, n'est pas souvent atteint. La connotation négative associée au non-but rejaillit sur l'ensemble des situations envisageables depuis la situation vécue. Nous ne savons que faire à ce moment-là, puisque nous vivons ce type de situations pour la première fois. Quelque chose qui nous faisait peur, très très peur, est arrivé. Les neurones associés au non-but et à la peur se synchronisent avec la situation courante et stoppent leur activité. Les seuls neurones actifs sont alors les neurones associés à cette peur. C'est donc l'angoisse maximale, comme on ne l'a encore jamais connue, avec aucune idée pour s'en sortir. Le futur n'est que malheur – et le suicide un comportement logique face à une telle situation. Comment éviter le suicide ? Etre un optimiste et définir sa vie à partir de buts à atteindre (et pas de non-buts à éviter). Comme ça, lorsque le but est atteint c'est positif et - s'il n'est pas atteint – ce n'est pas grave. Par exemple, l'une des grandes inquiétudes que nous avons vis à vis du vieillissement, c'est la perte d'autonomie éventuelle. Plutôt que de se fixer comme objectif (1) de ne pas avoir de maladie neuro-dégénérative, choisissons comme objectif (2) d'avoir une vie cognitivement stimulante. Au quotidien cela engendre exactement les mêmes comportements (puisque pour éviter la maladie il faut être cognitivement actif, cf. §maladie). Mais, si la maladie devait nous frapper, nous en serions beaucoup plus malheureux dans le cas (1) que dans le cas (2). Comme nous n'avons pas de libre-arbitre (cf. §libre-arbitre), ce n'est pas nous, mais notre entourage, qui fixe nos « buts ». Ceux-ci étant fixés en référence à ceux en cours dans notre environnement, il y a des familles à tendance suicidaire (se définissant par des non-buts). On comprend mieux aussi le pourquoi de la récidive : si vous avez un non-but – alors il doit y en avoir d'autres (et donc d'autres occasions de grands malheurs). Comment savoir si votre vie est guidée par des non-buts ? Y a t-il des choses que vous ne voulez absolument pas ? Si oui, changez ces non-buts en buts. Il suffit de vouloir l'inverse de ce que vous ne voulez absolument pas. Avez-vous des grandes peurs ? Si oui, étudiez-les. Apprivoisez vos peurs en vous préparant à ces situations. En y pensant de manière constructive, le caractère de nouveauté tend à disparaître. De plus, cela vous permettra d'envisager d'autres actions que le suicide pour sortir de cet état malheureux. Bien sur, il n'est pas agréable de réfléchir à des questions comme les suivantes, mais c'est peut-être le prix à payer pour survivre en cas de malheur : Qu'est-ce que je fais si un de mes enfants décède avant moi ? Qu'est-ce que je fais si je découvrais que mon conjoint me trompe ? Qu'est-ce que je fais si l'élu(e) de mon coeur ne répond pas à mon attente ? Rappelons-nous aussi qu'un grand bonheur – comme un grand malheur – ne dure pas. Le fait de vivre (des heures ou des jours) dans la situation en question, rend cette situation normale et donc réduit son caractère heureux ou malheureux. Dans le cas de la prévention du suicide, le temps qui passe va effacer petit à petit le caractère malheureux. Pour laisser sa chance au temps, il faut gagner du temps. Par exemple, décider que l'on ne veut pas mourir avant d'avoir vu/fait/entendu/ressenti ceci ou cela. Si possible quelque chose qui prend du temps, comme un voyage lointain. Pour ma part, je veux avoir vu Tahiti avant de mourir - mais je me garde bien d'y aller ! Ces précautions peuvent aider à éviter les épidémies de suicide : des suicides qui n'auraient pas eu lieu si le premier n'avait pas eu lieu. Par définition, si le premier ne s'était pas suicidé, les autres n'en auraient pas entendu parler et n'y auraient pas pensé. Le plus tôt cette série s'arrête, au plus nous sauvons des vies. 24 - Quelle est la différence entre un homme et une femme ? Il n'y a pas de différence physique mesurable entre les cerveaux des hommes et des femmes. La taille du corps calleux joignant les deux hémisphères – que l'on a longtemps cru plus épais (et donc contenant plus de fibres) chez les femmes – est identique entre les deux sexes. La taille du cerveau chez la femme est plus réduite que chez l'homme, mais dans exactement les mêmes proportions que la différence de taille et de poids du corps complet. Donc pas l'ombre d'une raison physique au niveau cérébral pour expliquer les différences de comportements que l'on observe entre l'homme et la femme. Certains scientifiques vont d'ailleurs jusqu'à questionner l'existence de différences intrinsèques, et les travaux relatifs aux compétences scolaires leurs donnent raison : les filles sont dans les faits aussi douées que les garçons en mathématiques, en géométrie, etc. Une hypothèse crédible pour expliquer cette absence de différence met en avant le fait que ces compétences sont acquises. Disposant des mêmes enseignements (classes mixtes), les cortex des deux sexes réussissent les mêmes apprentissages. Là où la différence est sensible, c'est au niveau des processus cognitifs eux-même, qui sont des processus plus fondamentaux sur lesquels l'apprentissage n'intervient que pour renforcer une fonctionnalité. Parmi les processus fondamentaux les plus démonstratifs d'une différence, il y a l'attention partagée (faire attention à deux choses à la fois) et la planification (organiser le futur). Les différences dans ces deux domaines sont évidentes. D'où viennent-elles ? Rappelons-nous que le cerveau est une mémoire des événements. Les événements sont les informations parvenues à nos capteurs sensoriels. Ces événements se caractérisent par un certains nombre de valeurs dans un certain nombre de modalités (ou dimensions). Ces modalités sont variées : ouïe, odorat, tact, vision, mais aussi vitesse, accélération, couleur, température, forme, luminance, etc. Un événement est codé par un sous-ensemble de valeurs et non pas par toutes. Par exemple, l'événement peut avoir une couleur, une forme, une vitesse (et ressembler à une Porsche rouge) et aucun goût ou température (ce qui est normal). Il y a cependant deux modalités qui sont associées à tout événement : le lieu où il se produit et la date à laquelle il se produit. Notre cerveau associe donc à chaque événement mémorisé le lieu et la date. Nous en prenons conscience lorsque nous trouvons la réponse à des questions telles que : qu'ai-je fais hier à 15 h ? et, est-ce que je suis déjà venu ici ? Posons l'hypothèse que l'homme et la femme ne soient pas égaux dans l'utilisation de ces deux index et voyons où cela nous conduit. Imaginons que (fig. 24.1) : l'homme utilise comme élément principal le lieu, la femme utilise comme élément principal la date. L'attention partagée est mise en évidence dans la « double-tâche », une expérience durant laquelle il faut réaliser deux choses en même temps. Aucune de ces deux activités ne doit pouvoir se faire automatiquement. Il faut que chacune vous oblige à « réfléchir », c'est à dire qu'elle implique les cartes corticales des plus hauts niveaux d'abstraction. En fait, il est impossible de faire deux activités impliquant les mêmes cartes corticales en même temps. Par contre, il est tout à fait possible de passer rapidement de l'une à l'autre et inversement. Si le passage est suffisamment rapide (quelques fois par seconde), alors un observateur pourra croire que nous faisons les deux choses à la fois. Quand vous passez de la tâche A à la tâche B, vous devez mémoriser où vous en êtes dans la réalisation de la tâche A – pour repartir de ce point là dès que vous aurez fini un petit morceau de la tâche B. Par exemple, si vous suivez répondez au téléphone (A) tout en cuisinant une nouvelle recette (B), pour avoir un discours cohérent avec votre interlocuteur il faut impérativement se rappeler de ce qu'il vous a dit, de ce que vous avez dit, de ce dont vous voulez lui parler, à chaque fois que vous vous interrompez pour avancer dans la préparation : une première fois pour un coup d'oeil au livre, une seconde fois pour ouvrir le réfrigérateur, une troisième pour vous saisir de 3 oeufs, une quatrième pour les oeufs qui restaient à prendre, une cinquième pour trouver un fouet, une sixième fois pour casser le premier oeuf, une septième fois pour jeter la coquille vide, etc. Comme nous le constatons, beaucoup d'interruptions avec nécessité de se rappeler exactement où l'on en est dans la réalisation de chaque tâche. Même si entre le moment où nous avons quitté la tâche A et le moment où nous l'avons reprise, il ne s'est écoulé qu'un instant, durant cet instant les cartes corticales de buts ont été activées par un autre but (celui de la tâche B, cf. « §motivation et comportement »). Pour pouvoir remettre en place le comportement A et qu'il soit cohérent, il faut retrouver en mémoire de travail le but A et son contexte. C'est facile si vous posez la question à la mémoire avec la date : Qu'est-ce que j'étais en train de faire il y a un instant ? Comme le temps avance toujours, il n'y a jamais deux instants partageant la même date, et donc impossible de se mélanger les pinceaux. C'est beaucoup plus risqué si vous posez comme question à votre mémoire : Qu'est-ce que je faisais à cet endroit là ? Car, plus le temps passe et plus il y a eu de choses en cours à cet endroit là et donc plus il y a de risques de se tromper ou de devoir réfléchir pour vérifier que ce qui émerge à la conscience est bien la bonne réponse . Dans le contexte de la double-tâche, le tenant d'une stratégie de recherche en mémoire impliquant préférentiellement la date sera plus rapide et plus efficace. Qu'en est-il dans le cadre de la planification – autrement dit la projection dans le futur pour l'organiser ? Si vous utilisez un index spatial, alors vous envisagez votre journée comme ceci : Le réveil sonne, je sors du lit, je passe aux toilettes, puis la salle de bain. Je repasse par la chambre pour m'habiller, puis la cuisine pour le petit déjeuner. Les bols sont dans le placard du dessous, les couverts dans le tiroir de droite. Dès que l'aiguille de la pendule est sur 45, je sors et monte dans la voiture. Je vais passer par là et là. Si c'est encombré plutôt par là. Je devrai trouver une place de parking devant le bureau, sinon certainement dans la rue qui prend sur la droite 20 mètres après. Je monte les 62 marches de l'escalier, ouvre la porte du bureau, et je m'assois et commence à bosser. Il faudra que j'appelle le personne qui habite à Trifoullis-les-Oies et aussi mon collègue de l'agence de Chaumac. Pour le repas du midi j'irai mangé à l'angle de .. Si vous utilisez un index temporel, alors vous envisagez votre journée autrement : le réveil va sonner à 7h25. Encore 4 minutes et 30 secondes couché pour profiter, puis 30 secondes pour les toilettes, 5 minutes pour la douche et il me restera 10 minutes pour le déjeuner – comme les toasts cuisent en moins de 2 minutes, ça suffira largement pour en faire deux séries. A 7h45, je démarre la voiture. J'en ai pour 20 minutes s'il n'y a pas d'embouteillage – sauf qu'aujourd'hui c'est mardi et que le mardi n'est pas un bon jour. Il faudra peut être que je passe par ailleurs, mais j'ai peur de me perdre. C'est pas grave, j'attendrai. De toute façon, hier j'ai fait 25 minutes de trop au boulot, je peux me permettre d'être en retard aujourd'hui. Il me faudra 1 minute pour monter l'escalier, ce qui me laisse au moins 3h45 de boulot jusqu'à midi avec un pause bienvenue de 10 minutes à 10h00. A partir de 9h00, faudra que j'appelle M. Dupont, il n'arrive jamais avant au bureau. Ce sera aussi le bon moment pour téléphoner à mon collègue de l'agence « je me rappelle plus où exactement » mais c'est celui qui a une voix charmeuse. A midi : restaurant. Où, je ne sais pas encore – par contre pas plus de 30 minutes... Chacune de ces deux personnes va faire arriver à son travail à l'heure et faire ce qu'il doit faire. Pourtant comme nous l'avons vu, la première est spécialiste du spatial et devrait facilement arriver à destination en suivant un plan, tandis que la seconde personne ne devrait avoir aucun mal à se rappeler des dates d'anniversaire de son conjoint et celle de son mariage. L'entreprise est un lieu où (normalement) l'efficacité prime. Je ne suis donc pas surpris de constater que les patrons ont des secrétaires de direction « femme » qui gèrent leur agenda et planifient leurs RDV (rendez-vous), tandis que les patronnes ont des secrétaires de direction « homme » qui s'assurent que le timing entre les RDV tient compte des trajets nécessaires (entre autres). Les compétences des uns prenant en charge les difficultés des autres. Le couple est également un lieu où index temporel et index spatial peuvent se compléter. Tout d'abord, comme nous l'avons vu au chapitre « §rester en couple », l'attention est un ingrédient nécessaire. Cette attention est générée et entretenue par des comportements imprévisibles. Organiser sa vie selon les endroits où l'on doit passer génère de facto des situations incompréhensibles pour celui qui s'organise selon un timing précis (et réciproquement). Mais les différences vont beaucoup plus loin. La manière dont nous nous représentons le Monde dépend la façon dont nous avons accès à nos souvenirs. Ainsi, pour un spécialiste du spatial, c'est à dire des trajectoires et des lieux, le monde et ses éléments apparaissent principalement d'après leurs positions relatives et leurs relations de voisinage. Si ces éléments sont des concepts, alors les relations de voisinage entre éléments sont ce que nous nommons « la Logique ». De plus, si le lieu le change pas, alors la situation ou l'humeur ne change pas. S'il a dit une fois « je t'aime » dans cette maison, cela reste valable jusqu'à nouvel ordre (et vous ne l'entendrez plus). Si vous avez dit un jour « je me sens bien ici », il sera rassuré pour le restant de ses jours et vous l'ennuierez en lui demandant chaque jour comment il va. Pour une spécialiste du temps, c'est à dire capable de considérer chaque instant comme unique, alors le présent n'a pas de rapport avec le passé. Chaque instant est nouveau. Il est donc normal de se demander souvent si l'autre vous aime encore, et de se plaindre qu'il ne vous le dise pas assez souvent. De la même manière, l'humeur est une chose variable – puisque dépendante du temps qui passe et non pas du lieu. Il est donc raisonnable de faire attention à l'humeur d'autrui, de s'en inquiéter, et de prendre soin d'informer les autres de son état d'esprit avec (par exemple) un code vestimentaire, et de se plaindre du manque d'intérêt de l'autre. 25. Le sexe, c'est quoi ? Le sexe influe sur nos émotions, notre humeur, nos ambitions, nos désirs et nos frustrations – bref le sexe influe sur notre vie. Comment ? Pourquoi ? La TnC (Théorie neuronale de la Cognition) cible le fonctionnement du cortex et des processus cognitifs associés. Dans le cas du sexe, il faut rechercher ailleurs que dans le cortex les centres neuronaux impliqués, par exemple au niveau de l'Amigdale. Les terminaisons nerveuses associées à la verge, ou au vagin, arrivent ici. Les hormones sont des neuro-transmetteurs à longue distance. Elles peuvent être générées ailleurs que dans le cerveau, par exemple au niveau des gonades (organes de la reproduction : testicules ou ovaires) dans le cas de la Testostérone. Le niveau de ??? dépend de l'état des gonades. Entre des testicules remplies de sperme et des testicules vidées de leur semence, il y a une grande différence. De la même manière, un utérus en pleine préparation pour accueillir un ovule est très différent d'un utérus à une autre période. Nous en déduisons donc que le niveau d'hormone ??? dépend - et en même temps agit – sur l'activité des gonades. L'hormone ??? agit, en la facilitant, l'excitation de l'Amigdale. Les connexions qu'entretiennent les neurones de l'Amigdale avec certains neurones du cortex impliquent donc une excitation plus fréquente de ces derniers. En fait ces neurones corticaux jouent le rôle d'un point de focalisation, puisque plus souvent activés que les autres neurones du cortex (dont l'activation dépend a priori des situations vécues). Les réseaux neuronaux dans lesquels interviennent ces neurones seront donc plus souvent actifs que d'habitude. Le sujet se met à penser au « sexe » plus souvent qu'à son tour. Dans le cas de l'homme, le taux d'hormone ??? diminuera rapidement après l'éjaculation qui correspond aussi au fait que les testicules deviennent « vides ». Il se mettra alors rapidement à penser à autre chose. Pour la femme, les choses sont différentes. L'état de l'utérus change plus lentement : l'évolution se mesure en jour. Elle est donc prête à recommencer l'acte sexuel beaucoup plus rapidement. Il serait plus exact d'ailleurs de dire « continuer » que recommencer. Nous sommes donc le jouet de nos hormones en ce qui concerne le sexe. Ca change, dans tout le reste de ce livre nous sommes le jouet de notre environnement. 26. La neuro-éthique : retour de la censure en Science ? A t-on le droit de faire des recherches, et de publier des ouvrages tel que celui-ci, qui risquent de réduire la liberté des personnes en faisant disparaître le libre-arbitre et/ou la conscience ? Certains neuro-scientifiques pensent que nous n'avons pas le droit de faire ce genre de recherches car les conséquences seraient désastreuses : le bonheur des hommes en pâtirait. Selon eux, la croyance dans le libre-arbitre responsabilise l'homme, l'aide à se dépasser. Il est vrai que les expériences de manipulation psychologique telles que celles de la soumission librement consentie30 et de l'adhésion fonctionnent à merveille. L'homme est manipulable – ils en sont persuadés – et la croyance dans le libre-arbitre est un garde-fou contre la dictature. A les entendre, la disparition du libre-arbitre affecterait l'homme à un tel point que nous ne pourrions plus être heureux. Remarquons en passant que ces scientifiques admettent de facto l'absence de libre-arbitre comme un fait scientifique. Pour eux, l'absence de libre-arbitre ne fait aucun doute – mais il ne faut pas en parler, et essayer de noyer le poisson en faisant croire que ce fait est encore à démontrer ! Ce qui est plus intéressant, c'est d'essayer de comprendre pourquoi des scientifiques se voilent ainsi la face et pourquoi ils préfèreraient que ce résultat demeure inconnu. Il n'est pas anodin que des scientifiques entraînés à douter de tout et entraînés à accepter les faits prouvés, soient ici en opposition complète avec leur entraînement professionnel. Ceci découle obligatoirement d'un conflit entre leur compétence de scientifique et leur condition d'hommes (et de femmes) au sein de la société occidentale, à l'avantage de cette dernière. De fait, la croyance dans le libre-arbitre est ancrée en nous à un niveau tel, qu'une remise en question ne se conçoit pas – même pour les personnes logiquement les plus susceptibles de l'accepter. Si c'est impossible pour des (quelques) scientifiques, alors que peut-on espérer du grand public ? Les changements sont très difficiles à accepter par tous, et ceci quel que soit le domaine. En effet, cela rend obsolète des circuits neuronaux existants et oblige à un nouvel apprentissage neuronal. C'est vécu comme une situation intermédiaire stressante, que personne n'embrasse aisément. Peut-être que le changement serait plus « acceptable » si les bénéfices liés à la nouvelle situation (absence de libre-arbitre) étaient plus évidents. Quels sont-ils ? Absence de libre-arbitre signifie que vous êtes prévisible, que ce qui vous plaît est prévisible, et que l'on peut donc augmenter votre niveau de bonheur d'une manière plus sûre (scientifique même !). Comment ? La réponse est au dernier chapitre « §comment être plus heureux ? ». Le constat que nous devons faire ici et maintenant, c'est que l'illusion du libre-arbitre nous empêche de participer avec tous les moyens possibles à notre quête de bonheur individuel. C'est cela que nous dénient les pseudo-scientifiques plus inquiets des incertitudes liés aux changements que de l'amélioration de la qualité de vie individuelle. Sous couvert d'éthique, de neuro-éthique (sic) certains censeurs voudraient nous empêcher de rechercher efficacement le bonheur – voilà qui n'est pas éthique du tout ! 27. Pourquoi les extra-terrestres s'en foutent ? La théorie neuronale de la cognition (TnC) décrite dans les chapitres précédents propose un fonctionnement de notre cerveau, qui colle aux faits et fournit des prédictions vis à vis des pathologies qui l'affecte. Cette théorie donne toutes les indications nécessaires pour que nous puissions construire des artefacts (robots) conscients, qui montreront émotions et sentiments, humour et intelligence, dépression et peurs (cf. chapitre §29-robot-conscient). Ce sera un élément supplémentaire à l'appui de l'idée qu'il est bien possible que nous fonctionnions de cette façon. Quelles sont les retombées de cette connaissance sur les questions existentielles qui tracassent les hommes depuis la nuit des temps : Que faisons-nous sur cette Terre ? Quelle est notre place dans l'Univers ? Si nous sommes la cristallisation de nos souvenirs et que la conscience est une illusion découlant de notre capacité à verbaliser, alors nous n'avons aucun libre-arbitre. Nous sommes des mémoires biologiques de notre environnement proche. Est-il fréquent que naissent des mémoires ? Notre empreinte sur notre environnement est considérable, est-ce normal pour une mémoire ? Avons-nous une destinée ? Quel est notre futur ? (cf. chapitre « §futur »). Nous n'avons pas de futur écrit, la disparité des civilisations et des cultures témoigne qu'il n'y a pas de destinée prévue. Pourtant l'une d'elle est en tête (Occident), mais elle ne sait pas la vérité (les Bouddhistes en sont bien plus proches). Je pense que quand nous saurons tous tout sur la TnC, alors notre attitude changera. C'est obligatoire et cela vient des connaissances. Il y aura un retour à plus d'harmonie avec la Nature. Comme il s'agit de connaissance, toute civilisation évoluée doit un jour découvrir sa vraie nature (cristallisation), c'est imparable ! Partant de ce fait, nous pouvons estimer que les civilisations extraterrestres avancées sont déjà passées par là. Elles ont donc certainement gagner en humilité et en altruisme. En ont-elles perdu le goût d'explorer, d'apprendre, de découvrir les différentes facettes de la cristallisation du vécu impliquant d'autres formes de vie (autres capteurs, autres complexités de structures neuronales, autres environnements, etc.) ? La mémoire est aussi fréquente que la vie. Car l'évolution garantit que les systèmes à mémoire sont plus performants que ceux sans mémoire. La vie extra-terrestre est-elle altruiste ? A partir d'un certain niveau de complexité – certainement ! Car cela découle de l'intérêt individuel bien compris. Où sont-ils ces extra-terrestres ? Loin et pas aussi intéressés par nous que ça ! Pas plus que bon nombre d'entre nous ne sont intéressés par la vie des abeilles. Et s'il est effectivement impossible de dépasser la vitesse de la lumière, alors qui peut vouloir quitter son environnement pour revenir dans 1 000 ans après avoir (peut-être) vu des animaux étranges ? Ce n'est plus le désir de conquêtes qui motive, seulement le désir de connaître, est-ce suffisant ? Moi, j'enverrai plutôt un « double » cognitif (artefact), apte à mémoriser, réfléchir, comprendre – mais irait-il ? Aparté : La formation de la vie sur terre – de l'ADN – est extra-terrestre31. Des météorites de plusieurs milliards d'années (3,5 milliards d'années, alors que la terre a 4,8 milliards d'années) contiennent des traces de bactéries avec des filaments d'ADN. On pense de plus que l'ADN n'a pas pu se former sur terre (dans la « soupe » initiale). Il semblerai que les brins d'ADN ne peuvent « naître » que dans l'espace ! Nous sommes donc d'origine extra-terrestre – plus spatiale que terrestre d'ailleurs. Pour ma part, je ressens beaucoup d'humour dans ces découvertes récentes et peu médiatisées (cf. §humour). 28. Sommes-nous immortels ? Arrivé ici, vous devriez pouvoir admettre que le libre-arbitre et la conscience masquaient une incompréhension des processus neuronaux à l'oeuvre. En y réfléchissant un peu, si nous sommes uniquement la « cristallisation » de nos expériences vécues, alors pourquoi avoir peur de mourir, puisque nous n'existons pas ! Pourquoi ne pas croire en la réincarnation ? Puisque notre environnement habituellement nous survit et que la personne qui nous remplacera dans notre environnement proche (famille, ami, job, société) vivra les expériences qui nous forment : il sera donc « formé » (modifié) de manière identique. Il nous ressemblera de plus en plus, parce qu'il vivra ce que nous aurions dû vivre. Comme de plus, le monde est continu et que les hommes – leur mémoire – sont « continus » eux-aussi, nous pouvons garantir que notre entourage proche évoluera peu et donc que notre « successeur » nous ressemblera beaucoup. Il pourrait passer pour notre réincarnation. Notons que nous influençons autant notre entourage que ce qu'il nous influence. Nous sommes liés. En fait, un peu de ce que nous sommes (c'est à dire nos comportements) a été mémorisé par notre entourage. Personne n'est unique. Chacun d'entre nous est réparti sur de multiples cristallisations et donc plusieurs autres corps (ceux de notre entourage). Ce partage ne s'effectue pas après notre mort, mais tout au long de notre vie. Tant que notre entourage existe, nous ne pouvons pas mourir car nous sommes la cristallisation des interactions avec cet entourage. Nous sommes donc éternels, et en même temps multiples puisque en interaction avec chacune des cristallisations que nous rencontrons. De fait, ces cristallisations en rencontrent d'autres et, au final, nous sommes une infime partie de chaque partie du tout (de l'humanité). Gaia, la planète consciente, existe t-elle? A partir du moment où l'on a une explication au « miracle » de la conscience, celle-ci disparaît au profit d'un processus tout à fait logique et normal, qui recouvre le même ensemble de faits pour l'observateur. Nous pouvons continuer à appeler les effets observables du processus de verbalisation « conscience ». Ce processus n'est pas partagé par l'ensemble du règne animal car il implique une complexité corticale réservée aux hommes. Cependant, les animaux sont eux-aussi équipés de neurones et d'un cortex. Chaque animal se comporte donc en référence avec les circuits neuronaux retenus par la sélection naturelle, et les modifications induites par son vécu, dans son environnement. Puisque nous partageons tous le même environnement – la planète Terre – alors la cristallisation de chacun d'entre nous (homme ou animal) est liée à celles des autres (hommes et animaux). Les cristallisations de toutes les formes de vie sur Terre sont de fait liées. Je crois que nous pouvons en déduire que Gaia existe. Gaia a t-elle une conscience planétaire ? Je pense que non, car il lui faudrait une autre planète pour lui servir de mentor et lui apprendre une « verbalisation » à ses dimensions. 29. Comment construire un artefact cognitif ? Un artefact est une réalisation (humaine) qui n'est pas naturelle. Dans le cas qui nous intéresse, c'est un robot ou un ordinateur équipé de capteurs et d'actionneurs. Un artefact cognitif peut aussi être appelé « conscience artificielle » – terme faux, mais plus parlant. Pour mémoire, le chapitre §conscience explique que la conscience n'existe pas. Un artefact cognitif est a priori capable de réussir le fameux « test de Turing ». Dans ce test, vous devez dire si l'interlocuteur, avec lequel vous communiquez au moyen d'un clavier et d'un écran, est un être humain ou un robot. Bien que rudimentaire, l'interface (clavier + écran) est efficace. Chaque jour, sur les sites de rencontres, des couples se forment et parviennent à des niveaux élevés d'intimité et de compréhension sans autre outil de communication. La question que nous devons nous poser est de savoir si nous disposons déjà aujourd'hui des moyens techniques pour construire un artefact cognitif ? Calculons donc rapidement une estimation grossière des puissances de calcul nécessaires (fig. 29.1). Figure 29.1 – Architecture d'une conscience artificielle. Cortex primaire sensoriel Capteur visuel (oeil) : résolution : 1000 x 1000 px, soit 1 M (million) de px Rafraîchissement : 25 image /s Total à traiter : 25 M px/s Capteurs somesthésique (corps, peau, articulations, muscles), auditif (ouïe), etc. : Total à traiter : la quantité de données du capteur visuel, soit 25 M/s Cortex moteur Actionneurs : Taille du cortex moteur équivalente à celle du corps : 25 M/s Parole : identique au cortex moteur, soit 25 M/s Cortex (autre) : Nombre total de neurones : 10 x la taille des cortex primaires, soit1 Milliard de neurones. Nombre de cartes auto-organisatrices par niveau d'abstraction : 100 Nombre de niveau d'abstraction : 10 étages Nombre total de cartes : 1000 cartes Nombre de neurones par carte : 1 M (1000 x 1000) Nombre de connexions : 10 000 / neurone, soit 10 000 x 1 Milliard = 1014, soit 10 Tera. Fréquence moyenne d'activation neuronale : 4 Hz Nombre de calculs / s : 4 G (pour les neurones) et 40 T (pour les Connexions), 40 tera flop/s. Conclusion : en 2010, 600 PCs sont suffisants pour programmer une conscience artificielle. La puissance de calcul d'un PC de l'année 2010 est de 70 GFLOPS (mieux que l'ordinateur le plus puissant du monde en 1993). A l'allure ou progresse les performances des ordinateurs (loi de Moore32), un seul PC suffira en 2018. Faut-il avoir peur d'une conscience artificielle ? Y a t-il des risques à construire des consciences artificielles, telle que Skynet du très célèbre film Terminator ? Cela dépend des moyens que l'on met à disposition de l'entité. Peut-elle nous les prendre ? La conscience artificielle montre un comportement qui est le reflet de ses expériences vécues. Rien n'interdit de penser que si son vécu est biaisé vers la violence, alors ses décisions apparaîtront violentes, égoïstes et inhumaines – mais ni plus ni moins que certains hommes. En fait, notre propos ici a été de montrer comment construire une conscience artificielle en tout point semblable à une conscience humaine. Il en résulte que les comportements au final sont de même nature ! Peut-on y mettre des freins (type les 3 lois de la robotique chères à I. Asimov33) ? Le problème c'est que l'intérêt à construire une conscience artificielle réside notamment dans sa capacité à prendre des décisions en lieu et place d'un homme. Ces décisions sont complexes, et la conscience artificielle – comme n'importe quel homme – peut se tromper. Ce qui est plus grave c'est qu'une conscience artificielle peut être dotée de moyens d'actions hors norme, tant dans sa vitesse de réflexion qu'au niveau de ses capacités de mémoire. Comment alors réussir à se prémunir des « erreurs » qu'elle peut faire ? Comment être sûrs que nous ne sommes pas manipulés ? Sommes-nous prêts à laisser à des consciences artificielles la gestion du Monde, un peu à la manière dont les classes défavorisées subissent les décisions économiques des nantis ? Ma crainte c'est que nous n'ayons plus aujourd'hui d'autres choix ! C'est la fuite en avant « technologique » avec ses risques et ses succès. L'alternative serait un changement des mentalités de chaque individu de cette planète. Ce changement pourrait être initié par la connaissance nouvelle de ce que nous sommes, de ce que nous ne sommes pas et de ce que nous faisons réellement sur cette Terre. Ce livre peut-il être à l'origine de ce changement des mentalités  ? 30. Quel est notre futur ? Disposant d'une théorie neuronale de la Cognition dont nous avons vu la puissance explicative tout au long de cet ouvrage, nous sommes en droit de nous demander en quoi celle-ci peut éclairer notre futur individuel et collectif. L'absence de libre-arbitre ne signifie nullement que notre futur individuel soit écrit. Des événements et des situations imprévisibles influent sur ce que nous sommes. Bien évidemment, ces événements sont imprévisibles seulement pour ceux – les hommes en particulier – dont la connaissance n'embrasse pas l'ensemble des interactions de cette planète. Un accident est prévisible pour celui qui sait tout. Mais comme ce n'est pas notre cas, à notre échelle « humaine », le futur n'est pas écrit. Certains objecteront que même pour celui qui sait tout, il y a des incertitudes inévitables (principe d'incertitude d'Heisenberg) sur la position ou la vitesse des objets quantiques qui nourrissent des trajectoires chaotiques – de facto imprévisibles. Cela ne fait que confirmer notre constat : notre futur n'est pas écrit ! Le futur n'est pas écrit – mais, nous appartient-il ? En l'absence de libre-arbitre, qui ou quoi définit nos comportements ? Nous avons vu au chapitre §comportement que certains neurones sur des cartes corticales de hauts niveaux d'abstraction jouent le rôle de sémaphores ou buts, et que nos comportements sont construits vis à vis de ces buts. Ces buts (mode, pouvoir, beauté, argent, amour, reconnaissance, partage, etc.) doivent donc être considérés comme les raisons de nos comportements : nos raisons de vivre. Qui ou quoi a retenu certains buts pour moi, et pas d'autres buts ? Ces buts correspondent à des activations neuronales sur des cartes de haut niveau d'abstraction. Il faut donc attendre que ces cartes s'organisent pour qu'elles puissent mémoriser des buts. Il semble que nous ne changeons pas facilement de buts au cours de notre vie. Les quelques fois dans l'Histoire où un homme (ou une femme) a changé d'objectifs de vie (durant sa vie adulte) sont considérés comme des miracles – c'est à dire des choses qui n'arrivent jamais. C'est le cas notamment d'un certain nombre de Saints de la religion chrétienne, à commencer par Matthieu, l'un des 12 apôtres et rédacteur du 1er évangile. Avant sa rencontre avec Jésus, il est collecteur d'impôts pour les romains à Capharnaüm. Sa conversion provoqua l'indignation autour de lui car sa profession était décriée. C'est de toute évidence une discontinuité par rapport à la perception qu'en ont la majorité des personnes à cette époque. Pas pour Jésus cependant qui lui dit « Suis-moi » et pas pour Matthieu qui se levant le suivit34. Pourquoi nos buts personnels ne changent-ils pas avec le temps qui passe, avec l'évolution de notre société ? Y a t-il une période critique durant laquelle ces buts se forment et à l'issue de laquelle les choses se figent et deviennent définitives ? Si c'est le cas, alors les quelques miracles que nous connaissons doivent être considérés comme des cas pathologiques (une période critique qui a eu lieu deux fois). Il y a de nombreux exemples de périodes critiques dans le développement du cerveau. Par exemple, l'« imprégnation » (empreinte psychologique) est la période critique durant laquelle les oisillons identifient leurs parents comme étant le premier objet mobile qu'ils voient. À leur naissance. Normalement, il s'agit du parent qui couve l'oeuf. Mais Konrad Lorenz, prix Nobel de Physiologie ou Médecine en 1973 et inventeur de l'Ethologie, a démontré chez les oies cendrées que si la première chose vue est un homme, alors les oies vont suivre celui-ci partout, l'imiter, et être l'objet des parades amoureuses. Cela se passe de la même manière si la première chose que voient les oisillons est un ballon rouge. Chez le chaton, il existe une période critique de quelques semaines (12) après la naissance durant laquelle le cortex visuel primaire s'organise. Si durant cette période, il n'y a que des barres verticales dans l'environnement visuel du chaton, alors ce chaton sera aveugle aux barres horizontales à l'âge adulte. Il se cognera dans un mur peint de barres horizontales, tandis qu'il verra parfaitement les barres verticales déjà vues durant sa période critique. Pire, si les paupières d'un chaton sont cousues afin qu'il ne puisse pas voir, et qu'on lui rende la vue à l'issue de la période critique, ce chat sera définitivement aveugle. Pourtant ses yeux sont fonctionnels, c'est son cortex visuel qui – n'ayant pas reçu de stimulations – s'est reconverti dans le traitement d'autres données (non visuelles). Des périodes critiques existent donc, notamment au niveau du cortex. Si nos cartes des « buts » sont aussi sujettes une période critique, alors ceci explique la rigidité des objectifs de vie d'un individu dans un monde pourtant en évolution. Les buts (définis durant cette période critique) autour desquels s'organisent nos comportements (pour le restant de notre vie) ont été « décidés » en l'absence d'un certain nombre d'informations que nous découvrirons plus tard. Nos comportements deviendront donc en principe de plus en plus incohérents vis à vis des connaissances que nous allons acquérir. Le caractère Pour un observateur extérieur, le fait que le comportement d'un individu ne soit pas adapté au contexte, met en évidence le « caractère » de cet individu et fait ressortir son individualité (fig. 30.1). Nous pouvons en conclure que la période critique durant laquelle se décident nos buts personnels va être la cause, au fur à et mesure que le temps passe, de plus en plus de discontinuités entre nos comportements et l'environnement. Dans ce contexte, il n'est peut-être pas souhaitable de vivre trop longtemps – car nous serons de plus en plus (trop ?) décalé par rapport à notre environnement (cf. §immortalité). Figure 30.1 – La carte des « buts » définit le caractère de l'individu. Sachant que nos buts sont acquis relativement tôt – adolescence – il nous faut maintenant examiner ce qui sélectionne nos buts parmi tous les buts possibles. Les buts retenus sont ceux qui retiennent l'attention de notre entourage. Ce faisant, ils sont valorisés par rapport à d'autres buts possibles, qui eux ne retiennent pas l'attention de notre entourage. Ce qui retient l'attention de notre entourage (et de notre communauté), ce sont les choses qui, par rapport au quotidien, sortent un peu de l'ordinaire. La société Quelles sont les choses que la communauté reconnaît ? Cela dépend des communautés. Il y a beaucoup de sociétés humaines très différentes sur cette planète, qui se différencient justement par l'objet de leur attention. Cette diversité des cultures donnent à penser que le hasard joue une part très importante dans ce qui définit au final une société35. Le hasard propose et la sélection naturelle retient les cultures dont les buts sont efficaces – pas les plus nobles ou les plus respectueux de la Nature, ni même les plus agréables à vivre. Ces buts vont peut-être même entraîner notre perte individuelle (cf. §maladie) et/ou collective. Solutions (issue de la TcN) aux grands problèmes actuels Comme nous l'avons vu au chapitre §vieillissement, plus les expériences s'accumulent, plus des cartes de haut niveau d'abstraction parviennent à s'organiser en extrayant des régularités de plus en plus subtiles de l'environnement. Des artefacts cognitifs comme ceux décrits au chapitre §artefact serait par définition immortels et donc capables d'extraire à terme des régularités insoupçonnées et incroyablement subtiles. Il y a un lien direct entre extraction de régularités et intelligence (cf. §intelligence), c'est pourquoi un artefact cognitif immortel doit être capable de découvrir des solutions « géniales » aux problèmes que nous rencontrons. Le chapitre suivant (§heureux) s'appuie sur les notions de continuité du monde (§monde) et d'absence de libre-arbitre (§libre-arbitre) pour proposer des outils efficaces pour qui veut améliorer son niveau de bonheur personnel. La TnC démontre que notre bonheur personnel est augmenté par un comportement altruiste. Si cette conclusion est adoptée par chacun d'entre nous, alors le monde changera radicalement et il n'y aura plus de problèmes insurmontables. Un artefact cognitif (cf. §artefact) construit de main d'homme et démontrant empathie, amour, joie et peine, humour et peur, sentiments et émotions, éclairs d'intelligence et bêtise, pourrait être LA preuve dont nous avons besoin pour admettre que le cerveau humain peut être compris et qu'il obéit aux principes décrits ici. 31. Comment être plus heureux ? La continuité du Monde dans lequel nous vivons (chapitre §monde) et le fait que nous soyons des mémoires (chapitre §TnC) impliquent que nos actions vont obligatoirement nous revenir. Si je parle méchamment à quelqu'un, il va obligatoirement mémoriser cet incident. Cet incident influera sur son comportement dans le futur et il sera moins gentil que normal avec une autre personne. Cette autre personne mémorisera de la même manière cette interaction et sera amenée à se comporter moins gentiment que prévu avec quelqu'un d'autre, etc... Un jour ou l'autre, quelqu'un sera moins gentil que ce qu'il aurait pu être avec moi en réaction à ma « mauvaise » action initiale. Heureusement, c'est la même chose qui se produit dans le cas d'une bonne action : un jour ou l'autre quelqu'un sera plus gentil avec moi que normal. Nous en déduisons donc que plus votre bonheur personnel vous importe, plus vous êtes égoïste et plus vous vous devez d'être altruiste. Nous avons vu au chapitre §TnC qu'une synchronisation entre les activités neuronales générées par la situation et celles induites par la mémorisation réduit l'activation neuronale générale. A cette diminution d'activité est associée une sensation de paix, de sérénité, dont l'ampleur est inversement proportionnelle à l'activité neuronale résiduelle. Comment faire pour que l'ampleur de la sensation de bien-être soit la plus grande possible ? Il y a deux moyens : 1.Plus la synchronisation est « parfaite », moins il existe d'activités résiduelles et plus l'amplitude de la variation avant-après est grande. Comment obtenir une synchronisation parfaite ? En ayant des buts de vie qui soient atteignables et réalisables à 100%. 2.Plus le nombre de neurones impliqués dans la situation ou dans les buts est grand, plus la variation de l'amplitude avant-après sera grande. Comment garantir le plus grand nombre possible de neurones impliqués dans le codage d'un « but » ? Il suffit que ce but soit important pour vous, que vous y pensiez souvent. Chaque pensée concernant ce but ajoute des neurones à sa représentation. En résumé : se fixer des buts auxquels nous tenons et qui puissent être réalisés à 100% est une bonne stratégie pour être plus heureux. Ces buts doivent pouvoir être atteints le plus souvent possible (par exemple dans la journée), car c'est la réalisation du but qui est génératrice de bonheur et non pas la nature du but qui est atteint ! Zénitude : Nous avons vu au chapitre §libre-arbitre que nous n'avons pas de libre-arbitre. Plutôt que de s'en plaindre, nous pouvons en user pour améliorer notre qualité de vie. Par exemple, les gens qui font des bêtises et qui se faisant nous énervent (notamment sur la route), ces personnes n'ont pas de libre-arbitre. Elles ne l'ont donc pas fait exprès. C'est l'environnement dans lequel elles vivent qui les conditionne. Elles sont le jouet de cet environnement, un peu comme un feuille peut être emportée par le vent ou une pomme subir l'attraction de la gravitation. En voulez-vous à une pomme de tomber d'un arbre – même sur votre tête éventuellement  ? Ce serait ridicule – comme il est ridicule de prendre pour soi le comportement d'autrui. A l'échelle de la société : La philosophie bouddhiste (cf. §Bouddhisme) admet l'absence de libre-arbitre et la continuité des effets. Quels sont les effets d'une telle connaissance sur la société ? Les balinais, comme les tibétains, semblent même plus heureux que la plupart des Occidentaux. Les relations avec autrui sont plus détendues, les craintes sont moins nombreuses, l'appât du gain est moins fort. Ces pays sont d'ailleurs des destinations de voyage privilégiées pour les Occidentaux. Dos de couverture : C'est écrit dans la Déclaration d'Indépendance des USA(4 juillet 1776) car c'est important : « Tous les hommes sont créés égaux, ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». L'objectif de ce livre est de nous aider dans cette quête en faisant disparaître quelques illusions (telles que le libre-arbitre, la conscience ou l'intelligence) et en établissant l'efficacité scientifique de certains comportements (tels que l'altruisme et l'amour) et en jetant les bases neuronales des « maladies mentales ». Le Dr Claude Touzet est Maître de Conférences à l'Université de Provence. Sa carrière scientifique s'articule autour de 3 axes complémentaires auxquels il a consacré ces 20 dernières années : 1.Intelligence Artificielle et réseaux de neurones artificiels. 2.Robotique Autonome et coopération entre robots. 3.Sciences Cognitives et entraînement de la mémoire et de l'attention. Cette pluri-disciplinarité est au coeur de sa Théorie neuronale de la Cognition et des répercussions qu'elle induit sur notre vision du Monde. Distinctions récentes : il est lauréat du Concours national de l'innovation du Ministère de la recherche (2005 et 2008), du Programme Asgard (Norvège, 2006), du Trophée national de INPI (2008), du Trophée Act'Santé (2009), du 8ème Festival des Sciences et Technologies (2009) et médaille de Bronze des Donneurs de Sang (sa distinction préférée). C. TOUZET, Les réseaux de neurones artificiels : introduction au connexionnisme, 150 pages, Préface de Jeanny Hérault, EC2 éd., Paris, 1992. GLOTIN, H., P. WARNIER, F. DANDURAND, S. DUFAU, LETE, B., TOUZET, C., ZIEGLER J.C., and GRAINGER, J. A., "An Adaptive Resonance Theory Account of the Implicit Learning of Orthographic Word Forms", Special Issue of J. Physiol, Paris (Neurocomp 2008), online access. S. DUFAU, LETE, B., TOUZET, C., GLOTIN, H., ZIEGLER J.C., and GRAINGER, J. A., "Developmental Perspective on Visual Word Recognition: New Evidence and a Self-Organizing Model", European Journal of Cognitive Psychology, in press. C. TOUZET, "Modeling and Simulation of Elementary Robot Behaviors using Associative Memories", International Journal of Advanced Robotic Systems, Vol 3 n° 2, June 2006. C. TOUZET, "Distributed Lazy Q-learning for Cooperative Mobile Robots," International Journal of Advanced Robotic Systems, Vol. 1, No. 1, January 2004, pp. 5-13. C. TOUZET, "Robot Awareness in Cooperative Mobile Robot Learning," Autonomous Robots, Vol. 8 , No. 1, January 2000, pp. 87-97. J. M. SANTOS & C. TOUZET, "Exploration Tuned Reinforcement Function," Neurocomputing, Vol. 28 , No. 1-3, September 1999, pp. 93-105. C. TOUZET, "Neural Reinforcement Learning for Behaviour Synthesis," Robotics and Autonomous Systems, Special issue on Learning Robot: the New Wave, N. Sharkey Guest Editor, Vol. 22, No. 3-4, December 1997, pp 251-281. C. TOUZET, P. DEMOULIN, B. BURLE, F. VIDAL and F. MACAR, "Neuromimetic model of interval timing," Proceedings of the 13th European Symposium on Artificial Neural Networks, Bruges, B, 2005, pp. 393-398. C. Touzet et B. Alescio-Lautier, Système de mesure et de stimulation de l'activité neurologique, brevet INPI n°2902917 du 28 décembre 2007.